BÉATRIX, LÉONOR
| BÉATRIX
Isabelle, fais placer des lumières dans l’autre salle; tu m'y attendras, tandis que pour me délasser du travail, je me divertirai un moment à la grille de cette croisée.
| LÉONOR
Je vous obéirai. ( Waut. ) Il est fâcheux de servir,
JOURNÉE II, SCÈNE IV: —* 293 et plus fácheux encore de servir lorsqu'on n’a point la confiance. Béatrix et Inès se cachent de moi. Celle-ci vient de sortir, l’autre l’attend sans doute. Je veux leur laisser le champ libre ; je sais comment finissent toutes ces cachoteries. Je me rappelle que chez moi je prenais les mêmes précautions; j'avais confiance dans quelques-unes de mes femmes, j'avais soin d'écarter les autres. Ne me tourmente plus, perfide mémoire ; à présent, Léonor, tu sers. Écoute, regarde et tais-toi.
(Elle sort.) ¿ (Inès entre. ) INES,
Vous ne direz pas que je me sois retardée.
BÉATRIX
Je t’âttends dans ce salon , pour savoir ce que l'a dit don Diègue. Qu'y a-t-il en?
INES, :
J'ai joué mon rôle à merveille. Il vient sur mes pas sans se douter que vous le demandiez. C'est à vous à jouer le vôtre, en vous montrant très en colère, et surtout contre moi.
> BÉATRIX, très-haut.
Inès, regarde qui entre dans la maison.
INÉS.
Ah ! mademoiselle , c'est un homme.
. Qui ose ainsi.
294 IL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PIRE, ( Don Diègue entre. ) DON DIÉGUE: :
Un infortuué quí , prosterné à vos pieds, vous offre mille fois sa vie.
BÉATRIX
Qu'est ceci, Inés? | INES, Oh! j'avais bien fermé la porte.
BEATRIX
Tu ments; c'est une de tes fourberies, tu ne resteras pas une heure chez moi.
DON DIEGUE
Pourquoi gronder Inès, charmante Béatrix, si c'est moi qui suis la cause de vos ennuis? Épuisez sur moi les traits de votre colère, je serai trop heureux que vous daigniez vous venger.
= BÉATRIX
Vous pouviez, seigneur don Diègue, vous épargner toutes ces folies, en songeant que ce que vous avez osé espérer, est devenu pour jamais impossible.
DON DIÈGUE
Je n'ai jamais cru que mon mérite pút obtenir un tel bonheur.
BÉATRIX
Et vous devez le présumer aujourd’hui moins que
jamais.
DON DIÈGUE
Ne puis-je savoir....
. JOURNÉE 11, S£ÈNE IV. .: 295:
BÉATRIX
Ce n’est point par des outrages qu'on mérite de l'amour.
DON DIÈGUE
Je veux dissiper ces soupçons.
BÉATRIX
Cela vous sera difficile.
DON DIÉGUE. |
Moins peut-être que vous ne le pensez.
o, __ BÉATRIX.
Don Diégue, l'heure est hasardeuse, cette porte est ouverte; un malheur peut arriver. Allez-vousen, ne me perdez pas.
| DON DIÉGUE.
Le sort m'offre cette chance, je ne la dédaignerai pas. Je sortirai, mais lorsque vous m'aurez entendu.
BÉATRIX. | | Puisqu il fat que j'achète à ce prix son départ, Inés, veille à cette porte. Je vous écoute.
DON DIÈGUE. | Je partis de Valence, belle Béatrix....
INES, rentrant efirayée.
Malheureuse !
BÉATRIX
Quy a-t-il ?