‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 73 sur 82 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Le pied des murs de Galere.

TUZANI, ALCOUSCOUS.

TUZANI.

Je te confie, Alcouscons, ma vie et mon honneur. Si l’on sait que j'ai quitté Gabia pour venir ici, je perds l'honneur et la vie. Garde ma jument (®) pendant que j'entre dans ce jardin, j'en ressortirai bientôt, il faut que je sois de retour dans la place qui

m'est confiée, avant qu'on s y sait aperçu de mon absence.

ALCOUSCOUS.

Toujours prêt à te servir, bien que tu ne m'aies pas laissé le temps de poser cette besace ; moi rester au poste, sans remuer pied ni patte.

TUZANI.

Si tu bouges, vive Allah! tu móurras de ma main. (Maléha paraît à une porte. )

MALÉHA.

Est-ce toi ?

TUZANI.

Quel autre pourrait être aussi empressé ?

MALÉHA.

Entre, ne t'arrête pas, de peur qu’on ne t'aperçoive du mur. | ( Ils sortent. )

ALCOUSCOUS seul.

Vive Allah! moi prêt à m'endormir ; rude jouteur que le seigneur sommeil, mettre tout de suite son homme à terre... Triste métier que celui de se méler des amours d'autrui. Tous les autres artisans travailler pour eux ; mais celui-là, non... Là, lá, jument, ho!.. Revenons à mon conte pour dissiper le sommeil. Le vordonnier faire pour lui des souliers, le tailleur se couper un habit neuf; le cuisimer goûter ses ragoúts, le pátissier écorner un páté et le manger. Enfin, il n'étre que le courtier d'amour qui ne fasse rien pour lui; lui, assaisonner le plat, et point manger, coudre l’habit et point le revêtir. Là... là... Ho.... ho.... La jument partir, courir, galoper. Là, là, jument, reviens, fais ce que demander Alcouscous , reviens. à la pareille... La première chose que toi demander, moi le faire tout de suite. ( /l court et revient. ) Impossible à atteindre ! bel ouvrage , Alcouscous! que faire? maître va revenir demander sa jument pour arriver à temps à Gabia. C'est lui: Alcouscous, donne-moi ma bête. — Maître, moi ne l'avoir pas. — Qu'en avoir fait. — Elle s'être échappée. — Par où. — Par ces montagnes. —Toi, mourir : et zigue, zague, voilà deux coups de poignard dans ma poitrine. S'il faut mourir, Alcouscous , mieux vaut choisir sa mort; au lieu de l’acier prendre le poison; va pour le poison, aussi bien moi, sans ma jument, ne pouvoir supporter la vie. (Jl tire une outre de sa besace et boit. ) Meilleur mourir ainsi. Cest plus propre qu être baigné dans son sang. Comment ça va? pas assez

JOURNÉE 11, SCÈNE IV. . 43 mal; le poison, il étre trop faible, et si vouloir mourir, faut revenir au poison. ( 71 boit. ) Déjà commencer lPinflammation ; me chauffer bien Pestomac; pour éviter la douleur, faut revenir au poison. (11 boit. ) Bien, faire bon effet, mes yeux se troubler, ma tête-s’embarrasser, ma langue s'épaissir. Moi mourir bientót, mais ne pas laisser pour empoisonner les autres; il faut pas être méchant, faut achever le poison. ( 11 boit. — On 8u-, tend derrière la scène. Sentinelles de Galère! aux armes ! On voit des feux sur les montagnes. ) Quest cela ? des éclairs ; soit, bientôt entendre le tonnerre.

(Tuzani et Maléha entrent.)

MALÉHA.

Tuzani, les sentinelles des tours d'alarme, ont allumé les feux.

| TUZANL | Sans doute, dans l'obscurité de la nuit, Parméé chrétienne s’est rapprochée dé Galère.

MALÉHA. | Pars, mon ami, déjà toute la place est. en alarmes.

TUZANI.

Et faut-il qu'on dise de moi, que je laisse ma dame assiégée par les ennemis?

MALÉHA.

Hélas ! | TUZANI.

Souffrirai-je que Von croie que j'ai tourné le dos au péril?

43a LE SIÈGE DE L'ALPUJARRA, MALÉHA.

' Oui,-ton honneur est à défendre Gabia; peutêtre est-ce sur ce point que Pennemi s’est porté. Mon ami, songe à ton devoir.

TUZANI.

Dans quel étrange embarras je me trouve placé! mon honneur et mon amour m'appellent à la fois. MALÉHA.

N'écoute que la voix de l'honneur.

- TUZANI.

Je e les satisferai ensemble.

MALÉHA.

Comment ?

TUZANL Je vais t'emmener avec moi. Soit que je t'abandonne, soit que je reste à tes côtés, je me perds également; partons; que du moins ma fortune et mon amour courent une même chance. Viens , une jument, à qui les autans portent envie, t'éloignera de ce danger.

MALÉHA.

En suivant mon époux, quel risque puis-je courir? Je suis à toi.

TUZANI.

Hola! Alcouscous.

ALCOUSCOUS, se réveillant.

Qui m'appelle ?

| | PUEANI C'est moi. Donne-moi ma jument.

ALCOUSCOUS, La jument ? a | ; h TUZANI. à Qwattends-tu ? | - ALCOUSCOUS.

Moi, attendre la jumert; elle m'a dit qu’elle al-

ler revenir.

TUZANI.

Où donc est-elle ?

ALCOUSCOUS. 1% Li

Elle avoir été se promener sur ces montagnes ; ; mais étre jument de parole et reparaltre, bientôt,

FUZANE! 2

| Vive Allah! Mestre. D es

: ALGOUSCOUS. . ‘

Ne pas s >xpprocher d'Alcouscous ; ik être empoisonné et tuer par son haleihe.

dt UZAN .

Ta mort sera le prix de ta faute.

(Il tire sa dague , Maléha veut l'arrêter et se blesse ) ,

MALÉHA.

Arrête, je t'en prie. Ahie!: ,. , : .,...

| TUZANL Quas-tu.? CN ANT E MALÉHA.

En voulant arrêter ton bras, je me suis blessée

à la main. , TUZANI, >

La vie de ce misérable paiera ce sang.

Tom. If. Calaéron. oB!

e MALÉHA.

Par ma vie! Tuzani, je t'en prie; ne le tue pas.

TUZA NI. |

Quelle fureur ne serait calmée par cette prière? La blessure est-elle profonde ?

MALÉHA.

Ce n’est rien. |

TUZANI.

Étanche le sang avec ce mouchoir.

MALÉHA.

Tu vois qu'il ne m'est pas possible de te suivre; pars sur-le-champ. Lors même que Galère serait assiégée, elle ne sera pas prise en üh jour; et, dès demain , je partirai avec toi. Ce passage sera encore quelque temps ouvert.

. TUZANI.

Cette douce espérance me donne la force de to-

béir.

MALEHA.

Qu’Allah te garde!

YUZANI..

Pour toi. Sans toi, je voudrais perdre la vie.

ALCOUSCOUS.

Si toi désirer mourir, demeurer là un peú de poison délicieux, - MALÉHA.

Adieu donc. e TUZANI.

Je pars désespéré.

Je demeure désolée.

Quelle est l'étoile funeste.

MALÉHA.

Quel est le sort ennemi.

| TUZA NI.

Qui, suspendant toujours mon bonheur ...

MALÉHA.

. Qui , mettant obstacle à mes désirs....

TUZANI | … Suscite deux fois ane arnrée chrétienne pour le troubler? a Dune ou MALÉHA. . o o . t. Yu Hi ... Fait deux fois fuir Lamour devant les foudres de Mars. . : , > oil »3 o +: Rest CES * De. sortent.) | AÉCOUBCOUS, seal. : ? 0 ‘+: o 9°

“Waisje notittr où dorit? Les savans diré. étre tout un ;'Et'S être ‘vrai; Car, par Máhromet! né savoir si roi dormir ou moürir. Fatrt marcher éhi-

core en attendant d'expirer. ‘" (Jl bori en‘elsancelant: )

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