SCENE PREMIERE
Une autre partie des environs de Galere.
- TUZANI, ALCOUSCOUS endormi.
TUZANI, se croyant seul.
N urr sombre et froide , C’est à ton silence que mon espérance confie mes entreprises, mon amour son bonheur, mon âme sa victoire. Bientôt, dissipant ton obseurité, plus brillante que les étoiles, Maléha , ma douce proie, m'étreindra de ses bras amoureux. Sur les ailes de mes désirs, je suis déjà arrivé au pied de Galère. Que cette profonde coupure où la nature forma sans art des labyrinthes impénétrables , soit Vasile de mon fidèle coursier. Personne ne me voit, attachons-le à cet arbre, gardien plus fidèle que le misérable qui hier... (1 bronche sur Alcouscous.) Tout alarme un cœur épris. Qu'est-ce? Non, ce n'est pas à tort que mon âme est tout émue par un aussi triste augure. Quand je m'approche du mur, mes pas sont arrêtés par un cadavre : tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai rencontré aujourd’hui, me remplit de tristesse , d'hor-
JOURNÉE III, SCÈNE I. 437 reur et d'épouvante. Malheureux ! qui as trouvé ton sépulcre sur ces arides coteaux ! Que dis-je? heureux mille fois, toi que la mort a pour jamais affran-
chi des angoisses qui me tourmentent! Je lutte con-
tre une terreur involontaire.
\ ALCOUSCOUS, se réveillant.
Qui marcher sur mon pied?
TUZANI, se croyant seul, - Que vois-je ? qu’entends-je ? Qui es-tu ?
| ALCOUSCOUS.
Alcouscous , à qui toi ordonner d'attendre la bête, et être resté ici sans avoir vu personne. Il être trop tard pour revenir à Gabia ; mais toujours au départ les amans être paresseux.
| TUZANI.
Alcouscous! Que fais-tu lá ?
ALCOUSCOUS.
Pourquoi le demander, si être ici depuis que maitre aller voir Maléha au jardin ?
TUZANI.
Se peut-il? Comment, depuis hier au soir tu es encore là ?
Hier-au soir, non. M'étre endormi depuis un petit. moment, après m'être empoisonné pour que maître ne tuát pas moi pour la fuite de la jument. Mais la bête être revenue, et moi n'être pas mort. Allah être bon et miséricordieux ! Allons.
TUZANI.
Quelle folie! Tu étais ivre la nuit dernière.
ALCOUSCOUS. |
Si le poison enivrer l’homme , moiétre 1vre; avoir la bouche sèche comme un briquet, et la langue comme l’amadou.
| TUZANI.
Va-t'en, je ne veux pas qu'une autre fois tes sottises. me fassent perdre mon bonheur. Hier je manquai , à cause de toi, l’occasion la plus heureuse , et je ne veux pas du moins qu ‘aujourd’ hui mes soins deviennent inutiles.
ALCOUSCOUS.
Pas ma faute; faute à Zara, qui me dire être du poison.
(On entend du bruit.) | TUZANI.
J'entends des gens venir de ce côté : cachonsnous en attendant qu'ils soient passés.
(Ns se cachent, Garcés entre avec quelques soldats.)
GAR CES, une mèche à la main.
Ceci est l'ouverture de la mine qui pénètre sous le rempart. Approchez, approchez en silence ; placez-vous, personne ne nous voit. ( Z{ sort seul et rentre. ) Le feu est mis à la mèche : éloignons - nous pour attendre que ke rocher éclate, en élevant jusqu'aux cieux des nuages de fumée et de poussière. Partons; mais aussitôt après l'explosion , élançonsnous sur la brèche qu'elle fera , e; soutenonsnous-y jusqu'à ce que nous soyons secourus par la
troupe qui est déjà placée en embuscade dans les environs.
(Us sortent.) | TUZANI.
As-tu entendu ce qu'ils ont dit ?
ALCOUSCOUS.
Pas un mot.
TUZANE C'est sans doute une patrouille qui parcourt la montagne : j'ai dû me cacher. Sont-ils partis? — * ALCOUSCOUS. +.
Ils sont loin. y TUZANI. |
Approchons-nous du mur. (On entend un coup de canon. ) Qu'est cela ?
Le canon avoir bouche qui parler bien haut; mais moi ignorer son langage. ( On entend l'explosion de la mine. ) O Mahomet, par Allah, protégemoi ! | | |
TUZANI:
Il semble que la terre entiére soit ébranlée sur
les póles qui la soutiennent.
DON LOPE, derrière la scène.
La mine a éclaté. En avant tous! à la brèche!
TUZANI (+9).
Où suis-je, Grand Allah ? Déjà la ville est dans la confusion d'une alarme imprévue; le sein du rocher, déchiré par le salpêtre, se soulève pour en ébranler les fondemens. Serais-je noble, serais-je amant, si je ne m'élancais au milieu des flammes, si je ne
44o LE SIÉGE DE L'ALPUJARRA,
gravissais les débris de ces murs ? Poarvu qu'au milieu de ces désastres, je puisse enlever au danger ma belle Maléha, que m'importent la ruine de Galère
et celle du monde entier ?
(D sort. ) ALCOUSCOUS.
Moi n'être noble, ni amant, si dans cette bagarre n'aller pas sauver Zara. Mais c'est égal : jamais manquer d'amans et toujours étre assez de nobles. Si moi pouvoir sauver ma peau, que m'importent la ruine de Galére et celle de ma chére Zara ?
: | (11 sort.)