HISTORIQUES
Ce fut le lendemain ou le surlendemain de cette alerte que don Fernand de Valor eut avec don Pedre de Maza la querelle dont nous parlerons plus bas,
Malech cite dans cette tirade le nom de Vénégas. Le chef de cette famille qui se trouvait à Grenade, se rendit à Madrid pour solliciter en faveur des Morisques ; il eut la prudence de ne pas revenir. Un de ses parens refusa d’être nommé par les insurgés , roi d'Alméria. Le général Vénégas , l’un des derniers vice-rois du Mexique , appartenait à cette maison.
(e) Ici est un anti-chronisme un peu fort. Don Juan est déjà présenté comme le vainqueur de Lépante , et cette affaire bril- ‘Jante n’eut lieu qu’un an après la fin de guerre de l’Alpujarra. :
Après de telles erreurs commises par Caldéron sur des faits ,
contemporains , La Huerta n’a pas bonne grâce à reprocher à . Corneille lanachronisme qu'il a commis dans le Cid , et auquel il était forcé par son système dramatique. LL
(f) L'Alpujarra a, suivant don Diégue de Mendoce , seise lieues de long et onze dans sa plus grande largear. La population morisque du royaume de Grenade était de quarante-cinq mille hommes en état de porter les armes ; mais ils ne prirent pas tous part à la guerre. C’est par une affectation fort inutile que l’auteur donne Galère , Berja et Gabia pour les trois principales villes de l’Alpujarra. Galere en est fort loin , Gabia et Berja n’ont joué aucun rôle important dans cette guerre ; mais il fallait au poëte des termes de marine pour faire ses allusions. Il n’existe nulle part de lieu d’où Pon puisse voir &la fois Galère et Berja , éloignées de vingt-cinq lieues. C’est comme si un peintre, supprimant toute la Sierra-Nevada, montrait la mer dans un tableau qui représenterait Alhambra. Mais, Pictoribus atque poetis , etc.
(8) « Don Fernand, ayant quitté son épée comme les autres cavaliers , né quitta point sa dague : Don Pedre Maza, alguazil major et xxiv , Vengagea à la déposer ; don Fernand lui répondit : c'est un oubli de ma part ; mais un cavalier comme moi peut entrer partout avec ses armes. — Vous ne devez point , répliqua don Pedre , les porter dans le conseil, où d’autres ausst bons que vous ne les portent pas. — Personne n'est aussi bon que
moi, dit alors don Fernand »... Lá-dessus don Pedre s'approcha de lui, et, en vertwde son office, lui óta sa dague. Don Fernand ne résista pas à son autorité; mais il s'écria enflammé de colere : Vous avez agi comme un vilain , et je jure par la couronge de mes ancétres, dont je suis digne , Que je me vengerai de vous et de quelques autres qui vous approuvent , de maniere à ètre pleinement satisfait. Le corrégidor voulut le faire arrêter, mais il séchappa. » ( Ginés Pérez de Hita , chap. II.)
Cest au reste, une grande naiveté de don Juan de Mendoce, de dire : Il vaut mieux que je m'attribne cette faute que de laisser penser que ce soient les ordres du roi qui fient cause ce soulevement. |
(4) Le marquis de Mondéjar ( Hurtado de Mendoce) commenga la guerre de l’Alpujarra , et n’y fut pas heureux. Vers la fin de 1569, il fut rappelé à Madrid , et laissa le commandement des.troupes à ce don Juan de Mendoce , que Caldéron a mis en scene. Le marquis fut cependant rétabli dans son gouvernement, mais il ne fut plus chargé du service actif, et fit seulement partie du conseil de don Juan d'Autriche, á qui son frère, Philippe-le-Prudent , avait donné des pouvoirs illimités, à condition qu’il ne pourrait rien faire sans l'avis des conseillers qu’on lui donnait.
(2) Le marquis de Los Velez, qui pendant long-temps remporta chaque jour une victoire décisive sur les Mores qu'il retrouvait le lendemain , ne voulut pas servir sous les ordres du frère du roi. Il leva le siége de Galère un peu avant que les troupes de don Juan n'arrivassent pour relever les siennes , et rentra dans son château de Velez-le-Blanc.
(k) Aben-Huméya ne vit pas le siége de Galére ; il fat tué le 22 octobre 1569 , et don Juan n'arriva sur cette place qu ‘au commencement de janvier 1570.
(2) Galere était sur un rocher isolé , entouré de hauteurs plus considérables, dont il est séparé par de profondes fondrières. La place n'avait d'autres murs que l'escarpement dont elle était bordee. Le siége commença le 19 janvier ; un premier assaut par la partie basse ne réussit pas. On'eht recours aux mines. Apres lexplosion de la première , le 27 janvier , second assaut,
HISTORIQUES. - 487 oir les Espagnols furent repoussés avec perte de neuf cents hommes. Le 7 février, explosion de deux nouvelles mines; assaut par les deux extrémités de la ville ; les Espagnols entrérent dans la place à huit heures du matin , enlevérent toutes les maisons l’une apres l’autre, et ne furent maîtres de la place qu’à cinq heures du soir. 11 y périt environ trois mille Morisques. On n’aurait point tué de femmes si don Juan , voyant que les soldats quittaient l’assaut pour conduire leurs prisonnieres au camp, ne les avait fait massacrer par ses écuyers. Il en mourut ainsi quatre cents , à ce que dit Marmol. Pérez de Hita porte le nombre des femmes égorgées à huit cents. Plusieurs furent tuées par leurs peres ou leurs maris. On fit environ quatre mille esclaves , soit femmes , soit enfans. La place avait soutenu trois assauts , et vingt jours de tranchée ouverte. Tijola tint un mois entier et fut évacué par la garnison.
(rm) C’est bien à tort que Caldéron impute ici à Philippe 1 des sentimens d'humanité ; le 19 octobre 1569 , il avait donné des ordres de faire la guerre à outrance { à sangre y fuego).
(n) La division se mit parmi les Morisques , à la fin de 1570. Leur roi, Aben-Abo, oncle et successeur d’Aben-Huméya, voulait la paix, mais il en était empêché par la crainte des Turcs auxiliaires qu'il avait dans son armée. Apres qu’en vertu de ses pouvoirs, Habaqui eut conclu un traite , il fit pendre son plénipotentiaire : alors les divers chefs firent leurs arrangemens sans lui, et l’inconstant Aben-Abo , abandonné de toutes parts , finit par être vendu par un de ses amis, et conduit au supplice au commencement de 1571. Une fois les Mores désarmés, la paix conclue avec eux fut indignement violée, et ils furent déportés dans la Manche et la Nouvelle-Castille.
(o) Caldéron a embelli les circonstances de la mort d'Aben- Huméya , qui d’abord fut tué à Andarax et non pas à Berja. Son père et son frere don Alonse étaient prisonniers ; il écrivit à don Juan d’Autriche pour demander qu’il fussent bien traités. 11 lui fut répondu. Cet échange de courriers fit croire à des négociations , et le peuple, qui le supportait impatiemment tyran, fut disposé à le supposer traître. Dans ce temps, il
(22) Pour Autriche, Mondejar , Los Velez, frénetiques, Figueroa , Avila.
(23) (Lit) « Serait le fils de la cinquième planète (Mars), comme il est celui du cinquieme Charles. »
(24) Ces quatre vers, dont j'ai dú faire huit, sont au commencement de la scene un couplet de chant. Ici 1ls deviennent le texte d’une glose ; et une glose en espagnol est une suite de stances dont chacune finit par un des vers du texte proposé. Je n'ai jamais trouvé fort belles ces difficultés vaincues , et ici elles ne sont guere à leur place. Mais eussai-je eu envie de les louer , le travail aussi pénible qu'ingrat que me coûte la pitoyable traduction que j'en ai faite, wen aurait dégoûté.
(25) Ici le texte est équivoque et me paraît incorrect. Dans tous les cas, le lecteur n’aura guere perdu à la lacune que j'ai laissée , qu’une ville qui « au milieu d'une mer de rochers , battue par des vagues de fleurs , est assujettie au vent , etc. »
6) (Litt.) Ajoutez : « Dans ces montagnes où le soleil luimême se perd quoiqu'il les parcoure chaque jour. »
G7) (Litt.) Ajoutez : « Mélancolique báillement du rocher, qui , sans doute opprimé par le poids des édifices , voulut gémir, et, gémissant toujours , n’a pas depuis fermé cette bouche. »
(5) Les Arabes se servent de préférence de leurs jumens dans leurs expéditions de nuit ; ¡ls craignent que les chevaux ne les fassent découvrir par leurs hennissemens.
(29) (Litt.) TUZANI.
Quels sont ces Etna , ces Mont-Gibel , ces Vésuve , ces vol-
cans que ces montagnes ont conçus dans leur sein et qu’elles enfantent ainsi ?
ALCOUSCOUS.
Que parlez-vous de voiles (Mongiles , pour Mongibelos ) , de grondins ( Besugos , pour Vesubios ), de scorpions ( alacranes , pour volcanes ), lorsque tout n'est que feu et que fumée ?
Ge) (Litt.) « Qui est morte comme une merveille, ainsi que vivante elle était la merveille de ces contrées. » Allusion au : mot maravilla , qui signifie une fleur éphémère.
E) (Liu.) Ajoutez : « Et puisque Galere, à qui on n’a pas en vain donne ce nom , se brisant au miheu des mers de
Le Malech , personnage historique , se nommait Géronimo; c'était l’un des cavaliers les plus considérés de Purchena. Il quitta son pays des premiers pour se joindre à Aben-Humeya, qui lui donua le commandement des Morisques de l’Almanzore ; depuis il fit insurger tout ce canton. Ce fut aussi lui qui s’empara de Galere ; il se distingua constamment dans la guerre; il fut un de ceux qui contribuerent le plus à reprendre les négociations de pacification qu’Aben - Abo avait rompues. Il était frère et non pas pere de Maléha.
Caldéron écrit son nom Malec , et dans cette forme il voudrait dire roi. Maleh , qui est le nom sous lequel l’ont désigné tous les contemporains , signifie en arabe ou matelot , ou civil , agréable. Maléha veut dire belle. J'ai préféré ce nom à celui de Maléca, à cause de la douceur de la prononciation.
(c) Don Fernand Muley de Valor était fils de don Antonio Muley , et arriere-petit-fils de Muley qui, au temps de la prise de Grenade, était un des premiers du royaume. Ce Muley se fit chrétien ; le roi Ferdinand fut son parrain , lui conserva ses biens , et les augmenta encore.
Les biens de don Fernand étaient à Valor , dans Alpujarra, et il y avait une parenté nombreuse ; mais sa résidence ordinaire était à Grenade, dont il était xx1v. Pérez de Hita le peint ainsi : « C'était un jeune homme de vingt-deux ans, brun, n’ayant que peu de barbe , les yeux noirs , les sourcils barres, bien fait , et montrant dans son port qu'il était de sang royal ; aussi était-il estimé de tous les Morisques. »
Il avait des raisons d’être mécontent. Des que l'on commença à soupconner le prochain soulèvement , les principaux Morisques de Grenade vinrent s’offrir en otage au président de Ja chancellerie. Il refusa cette offre, mais on fouilla dans les car. tons du greffe, et, ranimant d’anciens proces, on fit arrêter plusieurs Mores, et entre autres don Antonio Muley , pere de don Fernand. « Ce dernier , dit don Diegue de Mendoce , était riche , dissimulé et offensé ; les Mores faisaient cas de lui , parce qu'il avait déjà vengé en partie son père , en tuant l’un des accusaleurs et une partie des témoins. »
Louis del Marmol le représente au contraire comme un jeune