SCÈNE VI
L'extérieur de la place de Bear. Ñ | A
LIDORE sur le mur de la place, Soldats morisques. y
LIDORE.
Arborez ce drapeau blanc pour qu'il soit vu du
camp des chrétiens. . : DR
T UZANI , entre sur la scène.
Au milieu des piques et des hallebardes, j'ai pu garantir ma vie, et mé voici prés des murs de Berja. UN SOLDAT, derrière la scène, Avant qu'il entre dans la ville, tirez-lui un coup de mousquet.
| ( Des soldats entrent.)
TUZANI.
Vous n'étes point assez nombreux : essayez de m'envelopper.
LIDORE.
C'est toi, Tuzani, mon frére et seigneur.
TUZANI.
Lidore , tous ces gens-là me poursuivent.
| LIDORE.
Ne crains rien.
DON JUAN, derrière la scène.
Parcourez tous ces bois, n’y laissez pas un arbre,
496 ‘ LE SIÉGE DE L'ALPUJARRA, une branche, que vous ne l'ayez trouvé. Mais qu aperçois-je ? Un signe de paix sur les murs de Berja!
,. ., __ LIDORE (Isabelle).
. Généreux don Juan d'Autriche, fils de l'aigle généreux qui regarde face à face le soleil, une femme, si tu veux l'écouter, va mettre à tes pieds toutes ces montagnes où jusqu ici le courage et le désespoir ont. trompé tes nobles espérances. Je suis donne Isabelle Tuzani, qui, opprimée par la violence, ai vécu dans l'Alpujarra, musulmane au dehors et catholique dans le coeur. Je suis la femme , je suis , hélas! la veuve d'Aben-Huméya , dont la mort déplorable vient d'ensanglanter la couronne et les armes. Les Morisques , sachant que tu accordais une amnistie générale, voulurent se rendre : telle est l'inconstance des hommes, que ce qu'ils ont tracé un jour, ils cherchent à Peffacer le lendemain. Voyant que la valeur d'Aben-Huméya tâchait de ranimer leur courage éteint, la compagnie de ses gardes entra dans son palais, et le capitaine, se saisissant des portes, pénétra jusque dans la salle du trône en lui disant : Rends-toi au roi d'Espagne. — Moi , me rendre! s'écria-t-il; mais au moment où il saisissait son épée, un soldat frappa d'une pertuisane sa tête qui, quelque temps couronnée, reçut le coup de sa mort comme elle avait porté les signes de sa gloire. Il tomba, et avec lui tombèrent tant de glorieuses espérances qui tenaient le monde en suspens. Avec lui finirent ces hauts faits qui pouvaient ébranler l'Espagne, plus encore par les maux dont ils la menacaient, que par leur importance réelle. Une partie du
JOURNÉE III, SCÈNE VI. . * 477 peuple crie : Vive la maison d'Autriche ! Une partie n’obéit encore qu’à moi. Si lávantage de voir à tes pieds la couronne du vaillant Aben-Huméya mérite que tu accordes à un guerrier le pardon que tu as promis á tous , étends tes faveurs j jusque sur Tuzani, sur le noble frère d' Isabelle, qui aime mieux être ta captive, qu'occuper le trône où elle est encore reine. ,
DON JUAN
Votre demande, illustre Isabelle, ‘est le prix d'une -
trop bonne nouvelle , pour que je puisse ne pas
vous l’accorder. Le vaillant Tuzani yivra, et la re-
nommée écrira sur le bronze l’action la plus héroique qu'ait jamais inspiré l'amour.
Je suis à tes pieds. Et moi, être aussi pardonné ?
DON JUAN
Oui.
TUZANI.
C'est ainsi que finit AIMER APRÈS LA “MORT, OU LE SIÈGE DE L'ALPUJARRA.
FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE JOURNÉE