ACTE II, SCÏINE VI
MQGNOZ.
Je Teux parler ; je ne suis point un chien de chasse qui évente tout sans crier. Oui^ monsieur^ à chaque pas des rapports, des embûches , des querelles , deà pourparlers.
DON ROCH
Je comprends en partie ton raisonnement, Mu-
gnoK : son caractère est en effet tel que tu le dis.
MDGNOZ.
Eh, parbleu! ce n'est pas le caractère; Tâge^ rage, c'est là , c'est dans l'âge qu'est tout le mystère « Les hommes et les femmes sont tous , à peu de chose près , taillés sur le même modèle. Les enfans aiment à jouer, à faire tapage, à courir et à faire enrager les chiens. Les jeunes filles , faisant de leur mouchoir de poche une espèce de mantille , vont à la messe , se font des visites, se disent mille complimens, et fytt des dîners et des collations dans des petites assdMfes d'étain. Aussitôt qu'ellci^ sont un peu grandes, elles oublient ces amusemens, et ne pensent plus absolument qu'à tel ou tel jeune homme, qui un Jour au sortir de la maison leur fit un signe à la dérobée. Madame leur mère veille sur elles, leur cite mille bons exemples , et leur fait le soir repasser un vieux livre où se trouvent je ne sais quelles belles choses sur la pudeur et la modestie ; le père croit qu'il possède dans sa petite fille un prodige de vertu, et elle pendant ce temps-là pense à son beau don Diego , lequel hume le grand air, et pas^ les nuits entières aj^uyé contre la muraille , attendant lociçasion de vmr une. porte ouverte par oii dona Mencia
seo LE VIEILLARD ET LA JEUKE FILLE, paisse lui dire : Bonjour, cavalier. Tous deux deman* dent à grands cris qu'on les marie au plus vite» et en cela ils n'ontpas tort. Pourquoi ne le demandaient-ils pas, quand Tun, avec des polissons comme lui^ jouait dans la cour au cheval fondu ; et quand Fautre , dans Tantichambre avec les petites filles du toi^nagjB faisait des marionnettes avec des serviettes, leur servait des petits plats de poussière de char]xiii et de sciure de bois? Pourquoi? parce qu'avec les années il faut que nous changions d'inclination ; et quand apprecbcf l'ëpoque oh le sang nous bout dans les veines et nous pousse à la galanterie , les j«ttMs gens se passionnent pour les jeunes filles ; tl 1ï*f à pas de remède ; cbaeun s'attache k sa ekacitiie« N'est-ce pas cela ? Et de penser que c'est le caractère qui càtÉse cette inclination ^ c'est folie ; ou bien il faut dire que tout le monde a le même caraclèt^ k un certain âge. Je le vois par moi-même , m6n^ sieur ; j'ai été enfant , puis jeune homme , et j*ai eu k ces époques tous les petits travers d'un enfiurrt (sit d'un jeune homme. Cela s'est passé bien vite. Plftt k Dieu que je pusse en douter ! Mais je n*espère pas ( ecHnment l'espérer ! ) et ne m'imagine point pat hasard, qu'aucune jeune personne à l'âge où la fbrce et la chaleur surabondent en elle , aille s'amouracher de ma tournure.... Ce serait uqe extravagance ; et quoiqu'il soit douloureux d'en convenir, monsieur don Roch de Urrutia , il faut que nous apprenions à nous connaître.
DO> ROCH
Mn^noz, tais-toi, tais-toi, tais <- toi; pour Dieu,
ACTk II, SeÈVE VL !ttM
ne parlons plus de cela, ear chacune de tes paroles me fend le CQ^ur.
'' Muow oai.
Ah l sî je poH'VFaift m'expliquer cyitttme je FentcBds I
DON ROCH
^ ! qu as-tu donc de plus à dire? Maudit soit....
UVGVOZ.
^" Lé butor qui...
DON ROÇU.
Tais-toi.
MUGNOZ.
Je me tais, et je me sauve.
- ( Il va pour lortir. )
Reviens, écoute.
MUGNOZ.
J'écoute, et je reviens.
DON ROCH
Mugnoz , ne t'ai-je pas déjà dit que tu as raison , que tout ce que tu viens de dire est la vérité même ? mais , Mugnoz , quidjacienclum? Veux-tu que je me jette dans un puits? veux-tu...
MUGNOZ.
Moi, monsieur, je ne veux absolument que dire iaouEi façon de penser^ sans déguisement et sans détours.
DON ROCU.
Tu me l'as déjà dite mille fois, et chaque fois que je te vois prêcher sur ce sujet, tu me mets au sup- * plice... Ce que je veux , c'est que tu te caches.
aos LE VIEILLARD ET LÀ JEUNE FILLE,
MUGNOE.
Où? i^.-.
DON ROGH.
Ici, allons, entre vite. Personne ne Tient; allons^ Mugnoz.
MUGNOZ.
Par l'âme de mon grand-père, une plus lourde sottise ne sortirait pas du ceryeau d'un âne. Ne voyez-vous pas...
DON ROGH.
Mugnoz, va-t'en, sors de chez moi bien vite, Ta- I t'en ; fais ton paquet.
MUGNOZ.
Mais...
DON ROGH.
Va-t'en, je ne veux te revoir de la vie; va-t'en, sors.
MUGNOZ.
Eh bien, je me cache. •
DON ROGH.
Par-ici.
MUGNOZ.
Allons. '
(Il commence à «e mettre sous le cMnxpé» ) DON ROGH.
Aussitôt que tu seras dessous, tu peux t' étendre tout de ton long, et te reposer.
MUGNOZ.
J'entends bien.
DON ROGH.
Est-ce que la cachette est trop petite ?