ACTE III, SCÈNE X, a
DON JUAN
Ah ! femme légère^ qui paies ainsi ma constance ; est-ce pour cela que tu as voulu me voir encore une fois ? pour m'accabler de cette nouvelle trahison concertée pour m'arracher la vie? Moi qui m'étais déjà séparé de toi ; moi qui , résolu de fuir, ne voulais te revoir jamais.... Pourquoi m'avoir dit de Tenir? pourquoi ?..; J'étais donc trompé par toi; la tendresse n'était qu'un piège.... Ah ! qu'on se persuade facilement ce qu'on désire! Moi, brûlant d'amour pour toi , je crus tes paroles sincères , au point que je fus bientôt aussi tendre que tu es belle ; ^t c'est ainsi que tu me récompenses !
DONl ISABELLE.
Songez à ce que vous dites. Si votre passion Vous entraine au point que quelqu'un de la maison puisse vous entendre, mon époux...
DON JUAN
Oui, je le vois; tu lui as dit qu'il n'avait rien à craindre, que l'amour que tu m'as témoigné n'était qu'une apparence trompeuse; et, pour m'en convaincre, tu as voulu pousser l'iniquité jusqu'au bout; tu lui as offert de m'outrager, et d'ajouter à mes peines la douleur la plus amère qu'il fût possible d'y ajouter ; tu le lui a promis ainsi ; eh bien , remplis, remplis ta promesse.... Mais, perfide, quelle excuse peux-tu me donner ? il ne t'en reste pas. Tu te tais , infidèle , parce que tu sais que ton silence me désespère! Adieu, je m'en vais; sois contente, Isabelle; oui, je m'en vais : je ne te reverrai jamais , ne crains rien. Et peut-être U viendra un jour
244 I^E VIEILLAKD ET LA JEUNE FÏLrLÈ, où , livrée au deuil et à la douleur, tu te souviendras de moi, poursuivie par la mémoire funeste d'un perfide triomphe... Adieu, je vaismourir; ton amant ne soupire qu'après le moment de finir une vie qu il déteste : et je ne serai pas assez malheureux | quand j'aspire à la perdre , pour que mes vœtix ne soient pas exaucés par les tempêtes déchaînées «^ ( // Ure dt sa poche des papiers qu^il déchire. ) Plût à Dieu que je pusse ainsi oublier mon erreur passée , ma dëuleur, ta tendresse mensongère ! .y». Ah I que dis-jePt.. non ,. .. qu'elles périssent ! qu'elles périsseiri; I Je ks croyais un soulagement à ma tristesse : elleâ sont de toi.,.. Trompeuses lettres! Regarde-les, c'est tdn écriture ; qu'il n'en reste auQune trace ! . . .
DONA ISABELLE
Que faite&-vous? Grand Dieu !
DON JUAN
Non; laisse, laisse-moi.
DONA fSABELLÉ.
Ciel! Monsieur....
DON JUAN
Je n'en veux plus^ non; elles me ra|)pellent ta perfidie.
DONA ISABELLE
'Malheureuse ! quel nouveau coup m'accabte ! Sortez , monsieur.
DON JUAN
Oui, cruelle, Il en e*ît temps; tu eà librt maintenant.
(H sorf par li poriè dé ^roit*.)