‹ Caldéron (volume 5)Chapitre 168 sur 250 · ACTE îî, SCÈNE T. 3ii · texte numérisé non relu

ACTE îî, SCÈNE T. 3ii

VOUS que nous avons manji;é à diner dimanche dernier^ don Sërapîo ?

DON SF.RAPIO.

Moi, madame? commenft voulez-vous que...

DO>A MARIQUITA

Eh bien, que Dieu me punisse si tout le ban<quet ne s'est pas réduit à une livre de concombres bien gros et bien jaunes que j'achetai à la porte-, et à un demi-pain qui restait de la veille. Nous étions cependant six bouches à nourrir, et le moins afTamé aurait avale un chevreau et une demi-fournée de pain sans se lever de sa chaise.

DONA AGUSTINA-.

Voilà sa chanson : toujours se plaignant quelle travaille beaucoup et qu elle ne mange pas. Je mange moins encore , moi , et je travaille plus en une demi-heure , quand je me mets à corriger quelque scène ou à régler l'illusion d'une catastrophe , que toi en causant et en lavant la vaisselle, ou en t'occupant d'autres ouvrages ignobles et mécaniques.

DON UERMOGÈNES.

Oui , Mariquita , en cela , ma respectable dona Agustina a raison. Il y a une grande différence d'un travail à l'autre', et les expériences de tous les jours nous apprennent que toute femme qui est lettrée et qui sait faire des vers , se trouve , ipso facto , dispensée du fardeau des devoirs domestic|ues. Je le prouvai un jour duns une dissertation que je lus à l'académie des cynocéphales ; je soutins que les vers se font avec la glande pinéale , et les

3ia Là COMÉDIE NOUVELLE,

caleçons avec les trois doigts appelés pollex , index et infamis. C'est-à-dire que le premier travail exige toute la subtilité de l'esprit^ tandis que pour le second il ne faut que l'habitude de la main ; et je conclus y à la satisfaction de tout mon auditoire ^ qu'il est plus difficile de faire un sonnet que d'attacher une manche de chemise^ et que plus de louange est due à la femme qui sait composer des dizains et 4es rondeaux , qu'à celle qui n'est bonne que pour faire une sauce aux tomates, une fricassée de poulet ou,ujQ n^outon braisé .....

DOJÎA MARIQUITA.

C'est donc pour cela qu'on ne voit chez nous ni sauces, ni moutons braisés, ni poulets, ni fricassées , et dans le fait , quand on mange des vers , on n'a pas besoin de cuisine.

DON HERMOGÈNES.

Fort bien. Il en sera ce que vous voudrez , ma chère idole ; mais si jusqu'à présent vous avez sou:^ fert quelques privations , angustam pauperiem , comme dit le profane, à dater d'aujourd'hui ce sera tout autre chose.

DONA HARIQUITA.

Est-ce que le profane dit qu'on ne sifflera pas ce soir la comédie ?

DON HERMOGÈNES.

Non , madame , on l'applaudira.

DON SÉRAPIO.

Elle durera un mois, et les acteurs se fatigueront à force de la rejfrésenter.

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