SCÈNE V
» DON PEDRO , les précédens.
DON ANTONIO
Comment, vous voilà déjà ici? Bt la comédie, ou en est-elle ?
DON PEDRO, s'asseyant.
Pour Dieu , ne me parlez pas de comédie ! 11 y a f long-temps que je n'ai passé un plus mauvais moment.
DON ANTONIO
Qu est-il donc arrivé ?
DON PEDRO
Ce qui est arrivé ! Que j ai eu à sonfirir^ grâees à votre recommandation^ presque tout le premier acte, et, pour surcroît, un.e tonadille insipide et gra- | veleuse comme c'est l'usage. Je trouvai l'occasion de m'e'chapper, et j'en profitai.
DON ANTONIO
Mais à quoi faut-il s'en tenir quaint au mérite de la pièce ?
DON PEDRO
On n'a rien vu de pis sur le théâtre , depuis que les muses de galetas se sont chargées de l'alimenter. Enfin , j'ai eu le bonheur d'en sortir... mais ce que je me reproche le plus , c'est d'avoir cédé à votre îm- , portunité... aussi ai-je pris la fernie resolution de n^aller jamais voir de pareilles sottises ; elles ne m'amusent pas ; au contraire , elles me remplissent de... de... non, j'tfime bien mieux n'importe laquelle de nos comédies antiques, quelque mauvaises qu'elles soient : elles sont sans règles et renfei^ ment des extravagances ; mais ces extravagances et cette absence de règles sont filles du génie et non de la stupidité. Elles ont des défauts énormes, j'en conviens ; mais certainement il arrive quelquefois qu'elles intéressent et touchent le spectateur au point de lui faire oublier ou excuser tout ce qu'il a pu rencontrer de choquant dans ce qui précédait. Maintenant, comparez nos auteurs à la douzaine avec les anciens , et dites-moi si vous n'aimez pas mieux Caldéron , Solis , Roxas et Moreto , quand ils