ACTE II, SCÈNE IV
DON PEDRO
Sa mère est une pauvre villageoise et ne connaît pas plus le monde qu'un enfant à la mamelle f mais peu importe. Il n'est pas bien difficile de la convaincre et de la tirer d'erreur , et, maigre son ignorance ^ dans très-peu d'heures elle saura qui la trompe.
LE BARON
Qui est donc celui qui ose....
DON PEDRO
Il y a des fripons qui ne vivent que de ruse et de tromperie t
LE BARON
Que me dites-vous ?
DON PÉDRO
Oui , monsieur ; mais heureusement toutes les issues sont gardées, et j'espère....
Mais qu'y a-t-il et que se passe-t-il ?
DON PÉDRO
Peu de chose. Un certain individu qui ignore , à ce qu'il paraît, à qui il a affaire, ment, vole, flatte ma sœur , introduit la discorde dans la famille , et cause à tous mille chagrins... Mais le misérable qui nous traite ainsi fera amende honorable ce soir, ou nous l'enterrerons demain.
LE BARON, 86 troublant.
Comment ?. . . quoi ! . . . monsieur don Pedro, veuillez m'excuser... j'ai à e'cr ire... j'ai été vous cher-
4io LE BARON,
cher... seulement pour avoir le plaisir'de vous voir,
et... puisque...
DON PEDRO
Fort bien.
LE BARON
Quoique la prudence consommée qui vous distingue suffise pour mettre à fin de plus grsindes entreprises , si vous voulez vous servir de moi , je me réjouirai infiniment de concourir de tous mes moyens au but que vous vous proposez.
DON PÉDRO
Bien reconnaissant.
LE BARON
J'ai pour vous beaucoup d'affection , et toutes les fois que je vous regarde, je pense à Pero Nunez de Bargas, mon • bisaïeul. Son portrait qui est chez moi vous ressemble tant , que. . . . •
DON PÉDRO
En vérité ?
LE BARON
Oui, la même douceur dans le regard, le sourcil bien arqué, et ce nez prolongé, robuste, et...
DON PÉDRO
Certes , voilà un plaisant hasard. Qui penserait que....
LE BARON
Comment ?
DON PÉDRO
Je dis qu'il faut être bien malheureux. Un sei- "gneur d'une si haute importance ressembler à un pauvre diable , c'est jouer de malheur.