‹ Caldéron (volume 5)Chapitre 226 sur 250 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

Les prëcédeiis , LE BARQN.

LE BARpSr.

Fermettez-You^ que pour un seul instant j'interrompe votrç conversation ?

M««. MONIQUE

Elle n^était pas bien importante ; et lors même qu'elle le serai t.....

LE BARON

Je suis charmé de vous trouver ensemble.....

J'hësitatis mais il faut enfin sortir une bonne

fois d'inquiétude, m'expliquer clairenaent , ne point donner lieu à des inimitiés , ni souffrir à mon honneur la tache la plus légère. Monsieur Pedro, par un malheur que vous connaissez peut-être , je me vis dans la dure nécessité d'abandonner mes amisy mes habitudes, ma patrie... Déguisé, fugitif, je fus forcé de prendre dans difierens pays des noms et des qualités supposés, et quand, après tant de vicissitudes, je vis luire quelques rayons d'espérance , je vins dans ce village , croyant qu'il me serait avantageux d'être à peu de distance de la cour. Votre sœur me vit ; je lui contai mon histoire : en l'écoutant , elle me plaignit ; elle me donna l'hospitalité chez elle ; et là , à force d'attentions non espérées et peut-être non méritées , mes chagrins trouvèrent quelque soulagement. Isabelle.... croyez- vous qu'il fut facile de la connaître sans l'aimer?.... Je vous prie de ne

ACTRII, SCÈNE VII. 42.3

point vous fâcher : il me reste peu de chose à ajouter, et j'espère que vous aurez assez de patience pour ne pas interrompre un homme qui vous parle pour la dernière fois. J'aimai donc Isabelle, et, quoique sa mère vous en fasse un mystère, je songeai à en faire mon épouse , dans la ferme espérance qu'on ne me la refuserait pas , et croyant que vous ne perdriez rien à ce mariage ; mais j'ai vu que, dans le village , on murmure , on propage mille calomnies contre moi ; il y a un individu qui monte la garde à la porte, et qui pousse l'aiillace jusqu'à m'insulter et me menacer : il y a une autre personne qui dénigre mon caractère , qui me traite de séducteur , et, . , .

DON PÉDRO

Pour qui dites-vous cela ?

LE BARON

Pour personne. Les Benavides de Vargas ne supportent pas de pareilles injures avec deux ligues

d'écriture je pourrais confondre ceux qui m'insultent, je ne le ferai pas. J'ai reçu la nouvelle

que l'on m'attend à la cour ; mon ennemi est arrêté ; le roi m'appelle , il veut me voir , et il faut c|ue je parte en toute diligence ; mais en attendant je ne vous importunerai plus. Peridant le temps que j'ai encore à passer à lUescas (en supposant que mes voitures n'arrivent pas avant après-demain ) , j'ai le projet d'aller loger à l'auberge que j'occupai à mon arrivée , et je vous jure que je sortirai de cette maison demain , aussitôt qu'il fera jour ; et lors même que je resterais encore plusieurs mois dans ce village , jamais je ne mettrai les pieds ici.

4^4 LËËAftON,

l^uisque ce fut de ma part une si grande ofiense que d'aspirer à cet hymen qu'on rejette avec horreur, je vous laisse ici la malheureuse Isabelle ; sacrifier

la J'ai voulu la rendre heureuse, vous ne le

voulez pas ; il suffit <

M"»*. MONIQUE

Mon Dieu ! mon Dieu ! Mais

LE BARON

Non y il est inutile d'en parler davantage^

M»«. MONIQUE

V^ilà un bien grand malheur ! . . . Que vont dire les autres !.... tandis que moi, je n'y ai donné aucun sujet ; tandis que ma fille est prête à faire ce que sa mère lui ordonne.. •• mes chers enfans^ croyez*. é. Et toi, que dis-tu?

DON PÉDBO.

Rien : que le baron parle à merveille; que je reçois la parole qu'il vient de me donner ; que s'il la tient , nous lui devons tous des remercîmens , et que je vais me coucher.

M»«. MONIQUE

Quelle sottise ! quelle ignorance ! c'est le plus imbécile r.... Mais moi, monsieur, pourquoi....

DON PEDRO

Consolez-la, monsieur le baron .

LE BARON

Il le faut absolument.

M««. MONIQUE

Que je suis malheureuse!

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