‹ CalderonChapitre 12 sur 93 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Une me devant U maison de dou Juan.

Entrent DON D1È6UE et GINÈS.

DON DIÈGUB.

GINàS.

DON DlftGUB.

Marche donc.

Je ne puis.

Pourquoi?

GINÈS

Parce que la meilleure raison pour ne pas marcher, c'est d'avoir le pied cassé ou foulé.

DON DIÈGUB.

Que Dieu te soit en aide ! Tu es bien douillet l

GINÈS

Que Dieu me soit en aide t cela vous est bon à dire, et ça me rappelle un conte assez piquant. — Un jour un Portugais tomba dans un puits; ce que voyant, un homme s'écria: «Dieu te soit en aide!» A quoi l'autre, du fond du puits : «Il n'est plus temps!» Vous voyez l'application, cela va comme un gant à mon histoire ; car cela revient au même de tomber au fond d'un puits ou de tomber du haut d'un balcon.

DON DIÈGDB.

Et moi, n'ai-je pas sauté comme toi?

GINÈS

Que voulez-vous? vous, vous n'êtes pas cassant, et moi je suis fragile comme verre.

DON DIÈGUB.

Non pas ! mais tu es fort maladroit.

GINÈS

Point du tout ! c'est que ce qui est bon pour l'un est mauvais pour l'autre. — Un jour un moine mourant de faim, harassé de fatigue, arriva dans une auberge et demanda à l'hôtesse ce qu'elle pouvait lui donner pour souper. «Rien, fit-elle, à moins que je ne tue une poule.»— « C'est que, dit-il, ce n'est pas le tout de la tuer; pourra-l-elle se manger?»— «Ne vous inquiétez pas, répliqua l'hôtesse ; je sais un secret excellent pour l'attendrir. » Et en effet, prenant la poule avant que de la tuer, elle lui grilla les pieds; après quoi ladite poule parut fort tendre au révérend père, qui peut-^tre attribuait à l'opération ce qui pouvait venir de son appétit Sur ce, U

JOURNÉE n, SCÈNE IIL 57

se couche; mais le lit était dur, si dur, que le moine ne pouvait dormir ; pour lors il se rappelle le secret, et met le feu aux pieds do sa couche. « £h quoi ! s'écria l'hôtesse tout alarmée en voyant la flamme, qu'est ceci, mon père? »-> «Notre hôtesse, le lit est dur» et je lui brûle les pieds pour l'attendrir. » Ne vous étonnex donc pas que la même chose n'ait pas produit sur tous deux le même effet : vous êtes la paille et moi la poule.

DON Dii«nB.

Tu auras beau me conter tes sornettes, tu n'éviteras pas d'aller voir Inès.

GiNàs.

Qui I moi? Inès !. .. cette femme abominable qui, après nous avoir tenus tout le jour dans un coin, a fini par nous jeter par Je balcon ! Quelle récompense pour deux zélés serviteurs comme nous, vous de la maîtresse, moi de la suivante ^1 Vive Dieul si de ma vie je la revois...

DON DiàeuE.

Pour moi, je lui serai éternellement reconnaissant de ce qu'elle a fait, car elle a sauvé la vie et l'honneur de Béatrix.

GlfiÈS.

Pour moi, j'aimerais autant qu'elle n'eût pas compromis mt jambe.

DON DIÀGUB.

Allons, tu deviens insupportable.

GINÈS

Eh I je n'ai pas lieu d'être de bonne humeur, qnand je vois qu'à nous deux votre amour nous a pris de la tête aux pieds.

DON DIÈGUB.

Voyons» Ginès, je te le demande pour moi.

GINiS.

Je veux bien; mais je n'augure pas favorablement du succès.

DON DliGUB.

Pourquoi cela?

GINJtS.

Parce que je n'y vais pas de bon pied.

DON DliGUB.

Je t'attende au coin de la rue.

GINÈS

Si vous ne voulex que parler à Inès, vous n'attendrez pas longtemps.

■ Il 7 a ici on jeu de moU intraduisible. Ginès, en mi boaffon, plaisante sur le douUê sens dn mot servidoTy qui veut dire en mime temps s$rviteÊvr et vase de nuit,

Not vaeiô por un balcon Alfinf eomo servidoree^ Fo svyoj ypideêu ama,

Gomment doac?

GINÀS.

Ce»t que si la taille, U tournure et les habits ne me trompent, la foilà qui sort de sa maison.

DON DIÀGUK.

Oui, c'est bien elle ; mais je ne voudrais pas lui parler si près de sa maison. Va lui dire tout doucement que je l'attends sous ce portail.

Entre INÈS avec sa mante.

INÈS, à part.

J'ai, de la fenêtre, aperçu don Diègue; et, malgré mes craintes, je vais lui parler. Je n'ai pu refuser cela à ma maîtresse, qui compte sur mon adresse et mon zèle.

GINÈS

A quoi bon ce voile, nymphe traîtresse, si votre tournure vous trahit et dénonce aux passans la perle des femmes ^ ?

INÈS

Qu'est-ce done, mon brave Ginès ?

GINÈS

C'est que ]e boite.

INÈS

Je le vois; mais où as-tu attrapé cela?

GINÈS

En quittant la charmante Inès,

INÈS

Tu mens, infâme t

GINÈS

Oui, je l'ai attrapé en sautant du balcon en bas ; or, comme en ce moment je venais de te quitter.. .

INÈS

Je discuterais ce point avec toi si je n'étais forcée d'aller en commission chez dona Violante; et je ne voudrais pas que personne de la maison me vit causer ici avec un drôle de ton espèce.

GINÈS

Bien ! fort bien ! mais d'abord, un mot à mon matti^e, qui t'attend à deux pas, et puis nous te laissons partir.

INÈS

Ce serait encore pis. Si ma maltresse savait que je lui eusse parlé, elle me tuerait.

DON DiÈGUE, s'approchant.

Et pourquoi donc , Inès ?

* Littéralement : « Le chon-tieqr des femmes. »

^ f OimifÉE II , SC&NB m. M

Elle est si en colère, si furieuse contre fo««t qu'elle m'a défeadu de recevoir de tous ni message ni billet.

PON uiaui.

Estpclle donc inexorable pour celui qai l'adore t

niàs.

Vous l'avez bien mérité.

DON niteuB.

Moi, Inès?

INÈS

Vous adorez ici... et vous portez ailleurf toi hommagea,

GINàS.

Quand un bomme en colère dit à un cavalier qui se trouve cbei lui : «Je vais vous faire jeter par la fav^trè par quatre valets, » aussitôt sa fureur ^'apaise ; et toi, ta maîtresse garda ranevae après nous avoir fait jeter de son baloon par sa soubrette, et si bien jeter que désormais ma fortune ne va plus qu'à clocbe-piedt — Qua vautelle de plus?

DON DliGUB.

Je n'aurais pas cru, Inès, que loi aussi tu fasses contre moi.

INÈS

Je ne parle pas de même à tout le inonde, et Dieu sait ce que j'ai déjà souffert pour avoir essayé de vous justifier. DON DiÈaus.

Eh bien! Inès, si tu es en effet bien disposée en ma fkveur, ar^ range les choses, je te prie, de façon que je puisse loi parler nn seul moment.

INÈS

Cela n'est pas facile.

DON DIÈGUB.

Compte sur ma reconnaissance; mon amour sera généreux*... et pour commencer**.

Il loi donne une bonne.

INÈS

Oh! moi, je n'agis pas par des matift d'intérêt.

GINÈ8.

C'est connu!

INÈS

Et pour vous prouver mon dévouement, je retourne dire à mamattresse que J'ai fait sa commission. Il est nuit... mon maître est sorti... je vaif entrer la première... et laissant la porte ouverte...

DON DIÈaOl.

Ah! Inès, tu me rends la via!

INÈS

Vous pourrez entrer après moi, et easuita advienne que pourra.

DON DIÈGUE

A merveille! je te rais.

GINts.

Oui, Traiment, Inès, tu es charmante.

INÈS

Seigneur caTalier, je crois que ma bourse tous a donné dans l'œil...

Girris.

Elle m'a paru rondelette... Mais toit

INÈS

Laissez donc! je ne cause pas ayec un homme quand je sais de quel pied il cloche^.

Bile tort.

DON DIÈGUB.

Suis-molt Ginèi.

Moi?

Oui.

Où allez-Tous?

Viens, tu le verras.

ttlIÉS.

DON DlteUB.

filMÈS.

DON DIÈAUB.

GINÈS

Non pas! — Plutôt le diable m'emporte! ainsi soit-îll... Pourquoi irais-je encore me faire enfermer? Est-ce que vous désirez me voir sauter une seconde fois? Eh bien I vous me retrouverez ici dans la rue, et vous vous figurerez que j'ai sauté.

DON DIËGUB.

Je ne te croyais pas si poltron, et je vois que je ferai mieui d'al* 1er seul.

GINÈS

Ma poltronnerie n'est que de la prudence.*., et vous pouvez me

supposer dans la maison.

Ils sorteat

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