‹ CalderonChapitre 13 sur 93 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le Miloft de don Juan.

Botrent BÉATRIX et LÉONOR.

BÈÂTRIX.

Isabelle, faites placer des lumières dans l'autre salle, et vous m'y attendrez ; pendant ce temps, pour me délasser du travail, je vais me divertir un moment à la fenêtre.

Ce que vous désirez va être fait. {Â part,) 11 est triste de servir, ■ Cet perolei d'Iaèi sont u prorerbe espagnol.

JOURNÉE n, SCÈNE lY. 4ft

et plus triste encore lorsqu'on n'a pas la confiance. Béatrix et Inès se cachent constamment de mot ; l'une vient de sortir, l'autre l'attend sans doute. Laissons-les libres, et respectons ces petits mystères. Ne faisais-je pas de même chez moi? n'avais-je pas de même des femmes auxquelles j'accordais ma confiance? et d'autres* que j'avais soin de tenir à l'écart? mes souvenirs! cessez de me tourmenter ; et puisqu'à présent tu sers, infortunée Léonor, regarde» entends et tais-toi.

BUetort.

Entre IIŒS.

INÈS

Vous ne direz pas que je me sois retardée.

BÉÀTRIX.

Je t'attends dans ce salon pour savoir ce que t'a dit don Diégue. Eh bien?

mis.

J'ai joué mon rôle on ne peut mieux; il me suit sans se douter que c'est vous qui le faites venir. A vous, madame, maintenant ; il faut que vous feigniei d'être fort en colère, et surtout contre moi.

BÉÂTRU.

Inèsy regarde qui entre dans la maison.

màs.

Ahl mon Dieul c'est un homme t

Et qui peut oser ainsi?...

Entre DON DIÈGUE.

DON DliGUB.

Un infortuné, qui, prosterné à vos pieds, vous off're mille fois sa vie» adorable Béatrix.

BiATRIX.

D'où vient ceci, Inès?

INÈS

J'avais cependant» madame» fermé la porte avec le plus grand soin...

BEATRIX

Vous mentez; c'est une de vos perfidies; vous ne resterez pas une heure de plus à mon service.

DON DIÀGUB.

Ne grondez pas Inès, madame ; c'est moi seul qui suis coupable; tournez contre moi toute votre colère, toute votre fureur; je serai trop heureux si vous daignez vous venger.

BÉATRIX

Vous auriez pu, seigneur don Diègue, vous épargner cette dernière folie. Vous devez être convaincu que désormais tout retour de ma part est impossible.

n LE PIRE WEST PAS TOUJOURS CERTAIN.

DON DINGUE

Je ne l'ai jamais espéré ; je savais trop que mon peu de mérite ne poutait pas élever si haut ses prétentions. bMatrix.

n est vrai, et aujourd'hui moins que jamais.

BON DIÈGOB.

Pourquoi donc, madame t

BÉATRIX

Parce que des outrages ne sont point des titres à l'amour.

DON -DIÈGUE

Permettez-moi de dissiper vos soupçons.

BiATEIX.

Cela ne vous sera pas facile.

DON Diteim.

Peut-être.

Don Diégue, l'heure est hasardeuse, la porte ouverte, mon bonheur douteux. -^ AIlei*-T0U8-en, ne me perdez pas.

DON DltGUE.

Non, non, je ne laisserai pas échapper une occasion si favorable. Veuillez d'abord m'entendre, et puis Je pars.

BtfjLTMX.

Inès , veille à cette porte. ~ Puisqufl faut que j'adiète à ce prix votre départ, je vous écoute.

lUtaMft.

DON DiteUB.

Eh bien ! belle Béa tris, lorsque je partis de Valence... BatreUdUtlMtcOMiée^

B^TBIX.

mis.

AUons, qu'attendez-vous T HoQf avom le refuge de cette nuit; il

DON mÉDGim, «0 eachcmt.

FuU-il jamais un amour plus contrarié t

BÉÂTEIZ.

Fufr41 jamais une étoile plua funeste?

INÈS

Dtt oouragei madame! n'ayez pas peur, ne voui troubles pu...

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mon matire ne soupçonne rien, car au lieu de venir de ce côté, il est entré dans son cabinet.

B^ATRIX.

Ah ! Inès, quelle peine I

Entrent DON CARLOS et DON JUAN* DOIf JUAIC.

Oui, Carlos, ainsi que je tous le disais, j'étais au moment de rentrer lorsque j'ai vu un homme me précéder dans la maison. Veuillez m'attendre dane la rue » et yeillez sur la porte et lei fisnétrei* Que

personne ne sorte I ...

DON GAKLOS«

Vous pouvez être tranquille, don Juan... comptez sur moi.

IlMrt« DON lUAPf.

BÉATRIX

DON JUAIf.

B^TBIX.

biSatkuu

Béatrli?

Mon frère?

Que faisiez-Yous là?

J'étais ici avec Inès.

Fort bfeii.

Où alle»^onaî

DON lUAN.

Chez moi. Ne puis»je aller où il me plattt

B^TAIX.

Sans doute; mais cependant... il est singulier..,

DON JUAN

Ëloignez-Yous.

BÉATRIX

Vous me parlez d'un ton auquel vous ne m'avez pas habituée...

DON JUAN

Otez-Yous de là.

BÉATRIX

Quel affreux malheur I

DON micuc, à part.

Il vient par ici... mais cette chambre a une autre issue. Voyons s! je ne trouverai pas un refuge plus sûr.

Cette fois mes doutes vont cesser.

Il entre dans la chambre où était don tHëfpié. B^ATRtX.

Hâas t il a misf épée à la main pour entrer â$»ê cetu dMnbre.

INÂS.

Il y aura mort d'homme.

Inès, le sort en est jeté.

Et le sort nous menaee.

Jemei

BIÊATRIX.

mis.

BiATRU,

iNàs.

Ce n'est pas la peine... Il yaut mieux fuir... si nous pouyons.

BÉATIUX.

Je n'aurais point la force de faire un seul pas.

INÈS

' Don Diègue était sorti, sans doute, puisque votre frère ne Ta pas rencontré...

UÎONOR, du dehors.

Ah I que je suis malheureuse I

En passant d'une chambre à l'autre, il s'est trouvé dans celle où se tenait Isabelle; elle, en le voyant, elle aura eu peur... En effet, la voici qui accourt... Retirons-nous dans ce coin.

Elles se retirent à l'extrémité an salon.

Entre LÉONOR, un flambeau à la main. DON DIÈ6UE la suit. L^NOR.

Homme, ou qui que tu sois, ombre, illusion, fantôme, que me veux-tu?... N'est-ce pas assez que tu m'aies forcée de quitter ma maison, sans venir me poursuivre encore dans celle des autres?...

DON DIÈGUE

Femme, ou plutôt, ombre , illusion , fantôme, n'est-ce pas assez des malheurs que tu m'as déjà causés?... Que te faut-il encore?... Veux-tu donc une seconde fois ma mort?... mais non, cette fois je vais échapper.

Entre DON JUAN.

DON JUAN

Non, nonl quand tu te cacherais au centre de la terre Quoi I

c'est vous, don Diègue ?

DON DIÈGUB.

Abaissez votre épée,. don Juan... Sans doute je n'ai pas eu les égards que je devais à votre maison; mais votre honneur n'est point lésé ; et une explication peut tout arranger entre nous. D'ailleurs , en fait de vengeance , ce qui vaut le mieux c'est de n'avoir pas à se venger...

DON I0AN , à part.

Don Diègue Centellas... Je le surprends avec Léonor.,* Mes soup-

^ns m'abusaient... mon âmel réjouis-toi... Je craignais une bien autre disgrâce!

B^ATIUX.

D'où yient donc qu'en le voyant il est resté immobile T...— Écoutons.

DON DiiouE.

A Madrid, don Juan, je me suis épris de cette dame que yoilà... et même chez elle, une nuit, il m'est arrivé la plus fâcheuse aTenture. De retour à Valence, ayant appris qu'elle était chez tous... lioNOR, à part.

Hélas 1 malheureuse I

DON DIÈGUB.

J'ai osé. entrer, entrer pour lui parler.

BIÊATRIX.

L'excuse est bien trouvée, Inès. Pourvu qu'Isabelle ne le démente pas... Fais-lui signe de donner à cela son assentiment.

LéONOR.

Tout ce que vous venez d'entendre, don Juan,, n'est que trop vrai... oui, le seigneur don Diègue est l'auteur de tous mes maux. C'est à cause de lui que je me trouve exilée de ma patrie... abhorrée par mon père... délaissée par mon époux... et enfin obligée de servir votre sœur sous un nom emprunté et sous cet humble vêtement.

mis.

Elle a eompris mes signes.

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