‹ CalderonChapitre 17 sur 93 · SON I04N · texte numérisé non relu

SON I04N

Parlez, moa «nii«

DON G4mL0ft.

Ne riez point de moi, puisque j'avoue ma faiblesse...— Eh biaal maintenant si je pouvais obtenir de don Diègue qu'il voulût réparer l'honneur compromis de Lëonor, et qu'eUe^ntee pAt rentrer en grâce auprès de son père, ce serait pour moi la plus douce des vengeances... J'éprouverais un singulier plaiur à eombkr ka vqmii de l'ingrate au moment où elle redoute mon indignation ! Car, il n'en faut point douter, d'après ce qui s'est paasé» don Diègue aime Léonor, et celle-ci le paye de retour,. «.. Pour moi, que perdrais-je à cela? tout et rien. Aussi» au milieu de me» ennuis» voilà la seule chose qui m'ait apporté quelque consolation... Puisque j'ai perdu Léonor, je serais heureux de la cantcaÂadre à la reconnaissance.

OONIVÀ».

Cette résolution est de l'homme le plus généreux... et je vous y reconnais. Elle montre aussi combien est noble et délicate la passion qui vous anime.

DON CARLOS

A cette heure, don Juan» il s'agit do la maître à eié«utiwi. Comment faire ?

DON Mail.

Je ne sais trop. Si l'un de nous deux en parle à do» IHègue, par cela seul que ce mariage lui sera proposé par nous, il s'y refusera... Après tout , quelque vive que soil la fkassiaB dTun hommo» il me peut guère accepter une femme éea mains do sou rivale.. U faitti donc faire intervenir une tierce porsoBut*

J DON CARLOS

Alors ne pourriez-vous pas déclarer au père de Léonor' que vous avez sa fille chez vous, et par son entremise tout s^arrangera?

€e parti a un inconvénient.

D09 <;4»i«QS.

Lequel?

DON JUAN

Depuis Taffaire de Madrid, il est mal avec don Diégue... Et puU TOUS, alors, vous n'y êtes plus pour rieo.

DOIT CAALOS.

Vous avez raison. Mais à qui donc alors nous adresser ?

DON JUAN

Attendez, j'y suis... et toutes les difficultés disparaissent. •

DON CARLOS

Qui donc?

DON JUAN

Ma sœur Béatrii. Elle est femme, et par conséquent la proposition venant de sa part, don Diégue n'a point à s'effaroucher. Béatrix, en outre, ne peut faire moins pour une personne qu'elle a chez elle , et dont maintenant elle connaît la famille et la naissance.

DON CARLOS

Voilà qui est bien pensé.

DON JUAN

Cachez-vous donc pendant que je vais en causer avec ma sœur.

Moi, me cacher. . . pourquoi ?

DON JUAN

Don Diégue et le père de Léonor ne doivent vous voir qu'aprèt que tout sera conclu.

DON CARL08

C'est que, vraiment, je ne puis me cacher...

DON JUAN

Il n'y a pas moyen sans cela.

DON CARLOS

Eh bien 1 soitl... Mais à condition que personne au monde ne le saura que vous seul.

DON JUAN

C'est entendu.

DON CARLOS

Adieu donc. —Ah! Léonor, mon amour , j'espère , aura fait assez pour toi, ingrate I... Pour un premier outrage je t'ai donné la viel et pour un second outrage je te rends l'honneur !

Il se cache.

DON JUAN

Si je réussis, ce sera moi qui y gagnerai le plus : je me transe quitte de mes obligations envers Léonor, envers son père, envim don Diégue, et en même temps dégagé envers don Carlos... Il faut donc m'employer de mon mieui pour mener à bien une affaire d'où dépendent mon honneur et mon repos.

Entre BBATRIX. B^ATRn.

Don Carlos est-il ici?

DON JUAN

Non, Béatrix.

BÉATRn.

C'est cependant pour lui que je suis yenue.

DON JUAN

Lorsque Léonor s*est évanouie, je Fai laissé ici, et à mon retour je ne l'ai plus retrouvé... {A part. ) Béatrix elle-même doit tout ignorer.

BÉATRIX

Sans doute son courage Taura entraîné sur les pas de don Diègue.

DON JOAN

Ne sachant où le trouver , je ne suis pas sorti à sa recherche... Mais vous-même que lui voulez-vous ?

BÉATRIX

Je venais le prier, mon frère, d'avoir au moins quelque pitié de sa dame, sinon comme amant , du moins comme cavalier et galant homme. Elle est dans la plus profonde afQiction.

DON JUAN

Que dit-elle?

BÉATRIX

Qu'une seule chose peut la consoler : de voir don Carlos.

DON JUAN

Il n'y est pas. Et puisque nous sommes seuls , Béatrix , connaissant toute votre prudence, je veux vous confier une idée qui m'est venue.

BÉATRIX

Voilà qui est très-flatteur pour moi... d'autant que cela est tout nouveau. Car hier, vous aviez si bonne opinion de moi, que ce sont vos soupçons qui vous ont fait entrer ainsi dans mon appartement. N'est-il pas singulier de réunir à ce point la confiance et la méfiance ?

DON JUAN

Vains reproches ! vous savez toute l'estime que j'ai pour vous. — Enfin , Béatrix , vous seule pouvez prévenir les périls qui nous menacent, don Biègue, don Carlos, et moi aussi... car il me faut absolument intervenir dans la querelle.

BÉATRIX

Que désirez-vous?

DON JUAN

Le voici : veuillez m'ëcouter. — Connaissant quelle est la famille de Léonor, je dois maintenant, plus que jamais, protéger son honneur et sa réputation. Mais si je tente de traiter moi-même cette

affaire avec don Diègue, je ne sais quel sera le résultat de cette démarche; et cependant je ne puis l'entreprendre que bien décidé à réussir. C'est pourquoi, Béatrii, je vous prie de vous charger de ce soin. Vous autres femmes, vous négociez ces choses-là avec des formes plus aimables et plus douces. Puis, cette dame étant dans votre maison , et votre frère ainsi que votre cousin se trouvant courir les mêmes chances, il me semble que vous n'hésiterez pas à lui parler.

A qui donc?

DON JUAN

A don Diègue. Vous lui laisserez entendre que vous avez été fort offensée qu'il ait manqué ainsi au respect dû à votre maison ; vous lui montrerez tous les périls auxquels cette dame l'eipose ; vous lui conseillerez de les prévenir ; enfin vous lui ferez voir qu'un mariage arrange tout. Dû reste , tout cela doit avoir Tair de venir de vous seule, et il ne convient pas que nous autres y soyons mêlés le moins du monde. •

BÉATRIX

Voilà, mon frère, qui est parfaitement imaginé. Je vous seconderai de mon mieux.

DON JDAN. .

Je vais voir si je rencontre don Carlos. — Pour vous, si vous rentrez dans votre appartement, ayez soin de fermer celui-ci.

Utort.

• BÉATREE.

Je n'y manquerai pas. — Quel ennui d'être obligée de traiter une affaire qui m'irrite et excite ma jalousie I — Comment me conduire dans une circonstance aussi difficile? Eh bien! profitons de l'occasion pour tout savoir; et puisque mon frère le veut, puisque lui-même m'en off're les moyens , tâchons enfin de sortir de ces illusions et de ces mystères qui m'obsèdent I — Inès ?

Salre LÉOPIOK.

LÉONOR

Que désirez-vous?

BÉATRIX

Quoil c'est vous, LéonorT

L^ONOa.

Vous avez appelé une de vos femmes : il est tout simple que ce soit votre esclave la plus dévouée qui arrive.

Entre DON CARLOS ; il se montre derrière la Upisserie. DON CARLOS, à pOlfU

J'ai entendu la voix de Léonor, et j'approche ponr la voir rétablie de ee Mste acddeiit.

JOURNËB in, SCÈNE I. M

BÉAmiX.

Hier, Lëonor, ] Ignorais tpii vous éliei . Misui Initrvile anjmnd'kul,

je vous mets à votre place, et vous regarde comme mon amie. (A part.) Je devrais dire, ma plus cruelle ennemie.

LÉONOR

Non, madame, en cessant de porter le titre de votre eiÛTame, je ne serai point dédommagée du bien que je perds par l'honneur que je gagnerai. Souffrez que je reste à Jamais dans la situation où j'ai été placée près de tous. Oui, sl^celle qui, sans le savoir, a eansé tant de trouble dans votre maison , n'est pas indigne de vos bontés, traitez-moi, je vous prie, comme vous m'avez traitée jusqu'à présent.

BiàTRlX.

Gela n'est plus possible. Songez donc qu'en ce moment , pour m' acquitter de ce que je dois à votre naissance et à ma maison, je m'occupe de vous marier.

LiONOR.

Le ciel récompense tant de bonté! Mais, madame, vous ne

réussirez pas dans vos desseins. Carlos ne voudra pas. 11 est si jaloux!

BéATRiX.

Il ne s'a^t point de don Carlos.

LltoNOR.

De qui donc?

vàAThnu De don Dlègne Centellas.

llONOB.

ftenoneez à cette idée. Plutôt mourir mille fois que d'être à don IMègue!

BàATAIX.

Youi ne Faimez donc past

lioNoa.

Moi, aimer don Di^ue l. .. Un aspic rencontré au milieu des fleurs, — un serpent que j'aurais vu dans la campagne, -* un tigre qui me serait apparu dans les forêts, me sont moins odieux que lui. BÉATRa, d part.

Doucement, s'il vous pUlt. Je veiu Uen qu'elle le dédaigne, mais pas à ce point.

DON CARLOS, à patt-

La perfide! elle m'aura sans doute aperça. Sans cela elle tiendrait un autre langage.

BÉATRIX

Je pensais voua être agréable. Je ne croyais pas que vous pussiei délefter un heame qui, à Madrid» a foiUi mouiir pour veus, et qui fous a suivie à Valence.

Ahl TOUS ne 8aT«i pas à quel point m'offensent les prétentions de don Diègue.

BÉATRIX

Je le saurai bientôt ; car il faut enfin que nous sortions de ce labyrinthe confus, lui, TOUS, moi , mon f^re et don Carlos.

Blksort.

DON CARLOS, à part.

Maintenant la voilà seule. — Grand Dieu! elle pleure I Mais

qu'importe l je vois ses larmes, et ne vois pas pour qui elle les répand.

LÉoNOR, de même.

ciell ayez pitié de moi I

DON CARLOS

La cruelle!

L^ONOR

Vous seul écoutez ma plainte.

DON CARLOS

La perfide!

LéONOR.

Je ne suis point coupable, vous le savez!

DON CARLOS

L'ingrate!

LliONOR.

Pourquoi donc Carlos m'accuse-t-il ?

DON CARLOS

Parce qu'il a vu ton inconstance et ta trahison ' !

LÉONOR

Hélas!

DON CARLOS

Tout aujourd'hui conspire contre moi ; je n'en puis douter, elle doit savoir que je l'entends. Mais qu'importe, après tout, puis-

* Nous aTOOS reproduit d'une manière gëoëraie, et en abrégeant, le sens de trois strophes oompoiëes d'à-partd, de Léonor et de Carlos, qu'il nous a iié impossible de traduire. Voici la première de ces strophes :

— Aora «i, piadoao» cm{o«,

— Ah uhs !

— Qu9 solo podrdn mis IoWm

— agraoiosi

— Quexarse al viento mt^or.

— O Amor !

•^ Quien U Hrd d mi dolor la raMon que hd de eulparme?

^ Yo lo dixera^ d dexarmê Zêlos, agravio y amor,

Calderon a reproduit assez souTent dans ses comëdies ces tours de force de versification. Lope s'y est aussi exercé quelquefois. Bnfin on en Toit nn exemple dans Don Qmi» «ftoM», tr« partie, chap. 27.

que je ne I« crob pas. Il n'en est pas de la voix humaine comme de lor ou de l'argent : quelle que soit la valeur réelle des paroles qu'elle exprime, elle rend toujours le même son <. Aussi j'écouterais vainement pendant des siècles , je n'en sauraia pas davantage. %

LJÊONOR.

Ah ! Carlos, si tu m'entendais !

DON CARLOS

Ah ! Léonor, si ( On frappe à la parte.) Mais on frappe à la

porte d'entrée. Je vais refermer la mienne.

Je ne puis pas même parler à son image sans qu'on vienne me troubler. Allons voir qui c'est. Peut-être aurai-je encore un moment de liberté... {Elle va ouvrir.) Qui est là?

Entre WXi PÈDRE.

DON PÈDRB.

Le seigneur don Juan est-il chez lui? (il part,) Mais, 6 ciel l qae vois-je?

liONOR.

Il vient de sortir. {A part.) Dieu I mon pérel

DON PÈDRB.

mon âme, quelle rencontre I

DON CARLOS, à part.

Ne craignez rien, Léonor, vous avez un refuge dans mes bras I

LëoDor entre dans le eabioet où est don Carlos. DON PÀDRB.

Elle a refermé la porte sur elle. Mais cela ne la sauvera pas. Lorsque je défends mon honneur, je puis affronter le monde entier,, et renverser tous les obstacles. Brisons cette porte , en attendant que je puisse châtier la coupable comme elle le mérite.

Entre BÉATRIX.

BÉATRIX

Qu'est-ce donc? que signifient ces cris, ce bruit?

DON P&DRB.

C*e8t une colère, un désespoir qui demande à s'assouvir. C'est la foudre qui consumera tout ce qui voudrait s'opposer à sa rage.

Comment I chez moi, tant d'audace? Quel motif a pu vous porter à de pareib excès?

* Que aqueste métal humano El.mùmo sùnido tiene Quando es /ino, y quando et faho.

Calderon Teut dire qu'au son d'une pièce de monnaie on reconnaît si elle est de bon o« de manvais aloi ; mais qn'en ne peut pas reconnaître ëgalemaat an son de la voix, si oelut qui parle dit la vérité ou nn mensonge.

58 LE PIRfi N'EST PAS TOUJOURS CERTAIN.

DOlf PÈDRI.

ÙD6 infime qni est cachée là.

BIÊATMX.

Un moment 1 estrce de Léonor que vous parleiT

DON PÈDRE

Et qui donc pourrait m'émouToir à ce point?

BÉATRix , à part,

A merveille ! après don Carlos et don Diègue , il ne nous manquait plus qu'un troisième amant aui cheYCUi blancs 1 Si encore celui-ci pouvait mettre la paii entre les deui autres! [Baut.) Quels que soient vos motifs, que je ne puis pénétrer, quelle que soit l'injure dont vous vouliez tirer vengeance, comment avez-vous osé entrer ici?

DON PÈDRE

Ma situation doit m'ezeuser. Elle justifierait plus encore. Ainsi , madame, pardonnez si je ne vous témoigne pas plus d'égards,

B^ÀTRIX.

Vous vous trompez» seigneur, si vous pensez qu'il ne se trouvera pas dans cette maison un homme qui...

Entre DON JUAN.

DON JUAN

Qu'est eeci?'

V&AJMl.

Ce que c'est, mon frère?' C'est ce yieui cayalier, qui, lui aussi, vient chercher Léonor, et s'amuse à briser toutes nos portes.

DON JUAN

.Doucement, Béatrii. Vous n'avez pas à tous plaindre. Le seigneur don Pèdre n'a point tort : il ef t le maître de fa maison, et tout ici est à son service.

DON PÈDRE

Seigneur don Juan, trêve de vains complimens. Je ne suis ni ne veui être le maître chez vous. Je suis un étranger qui s'est confié à vous, et qui, venant pour vous parler, trouve ma fille dans votre maison, -- là, — cachée. Ouvrez, de grâce, où bien j'ouvrirai moimême en jetant la porte à bas.

B^TRix, à part.

C'est son père I

DON JUAN , à part.

Que faire? que dire, puisqu'il l'a vue?

DON PÈDRE

Eh bien 1 que résolvez-vous ?

DON JUAN

Certes, seigneur don Pèdre... [À pofrt.) Je serai trop heureux si je puis me tirer de là. ( Haut,) Oui, certes , vous me montrez iin

grande reconnaissance de mon empressement à vous servir ! Hi(»r, vous me faites la confidence de vos chagrins ; moi , je me hAte de cliercher Léonor, et je l'amène chez ma sœur, auprès de qui vous l*avez trouvée... J'espère que tout s'arrangera à votre satisfaction, et que vous retournerez à Madrid content et honoré.... Mais si ma conduite vous déplaît, je cesserai de me mêler de vos affaires.

DON PÈDRE

Souffrez, don Juan, que j'embrasse vos genoux, et yeaillei me pardonner. La colère que j'ai ressentie i la vue de mt fille m'a ôté l'usage de ma raison. Il est bien difficile à un infortuné de demeurer de sang-froid en présence de ce qui t causé son malhiur, et la passion m'a entratné. Mais, prosterné à vos pieds, je mets tout à votre disposition.

DON TOAN.

Que faites-vous, seigneur? Levez-vous l

DOIT PÈDRB.

Et vous, madame, pardonnez l'ennui que je vous al causé. Je suis noble, et j'ai reçu un outrage.

BÉATRIX

3i j'avais su qui vous étiez, seigneur, c'eût été en m'y prenant d'une autre sorte que j'aurais essayé de vous calmer,

DON lUAIf.

Ayez-vous fait appeler don Dièguef

BÉATRIX

Oui, Inès vient d'y aller.

DON JUAN

Veuillez m'accompagner, seigneur don Pèdre; il est une démarche d'une haute importance que nous devons faire ensemble. Vous pouvez être tranquille touchant Léonor, puisqu'elle reste avec Béatrix.

Je vous réponds d'elle, seigneur.

DON PÈDRE

n suffit ««madame, qu'elle soit auprès de voui.—'Dieu puissant, permets que je voie mon honneur rétabli, et ensuite vienn»Ia mort quand elle voudra.

DON lUAN, à paru Je ne sais où diable le conduire. (Bas, à Béatrix,) Pendant mon absence, vous, parlez à don Diègue... t&chezde le décider... mon bonheur en dépend.

Don liiBii et don Pèdre forteat.

BÉATRIX

Son bonheurU.. et mon infortune!... — Léonor; oa?rez, je suis seule.

Entre LÉONOR.

uiONOR.

Sous cette garantie, je sors.

DON CARLOS, boSy à LéonoT, Ne dites pas à Béatrix que je suis ici.

liONOB.

Il suffit.

BiATRIX.

Vous Tenei d'échapper à uo grand dan er.

LÉONOR

C'est lÀ que j'ai trouvé mon salut.

Il a été fort lieureui que la porte de ce cabinet ait été ouverte.. Jamais mon frère n'y laisse la clef.

LÉONOR

Toute ma vie était dans cet étroit espace. (A part. ) Il renferme don Carlos t

BÉATRIX

Léonor, puisque votre père est encore venu augmenter par sa pré sence les embarras où nous nous trouvions, comme si nous n'en avions pas assez , je n'en mettrai que plus de soins à l'aifaire dont je m'occupais pour vous.

LÉONOR

Alors je vous répéterai avec plus de force encore ce que je vous disais tout à l'heure.

BÉATRIX

Votre conduite ressemble à de l'obstination.

LÉONOR

La vdtre à une injure.

BÉATRIX

Laissons cela. Passons dans ma chambre, et fermons celle-ci.

LÉONOR

Je vous suis à l'instant.

BÉATRIX

Ahl don Diègue, avec quelle crainte j'attends ta visite I

BUetort.

LÉONOR

Carlos, puisque j'ai l'occasion de vous parler un moment» veuillei m'écouter.

Entre DON CARLOS.

DON CARLOS

Léonor, si le hasard même me fournit des occasions de vous rendre service, et si telle est notre destinée à tous deux,— à vous de m'offenser sans cesse, comme à moi de sans cesse vous obliger, que voulei-vous encore?... Laissez-moi jusqu'à ce qu'il se présente quelque

JOUKNËË III, SCÈNE r M

autre occasion où vous puissiez me faire un nouvel outrage, où moi je puisse vous donner de nouveau la vie.

L^ONOR

Je ne vous offenserai pas plus dans l'avenir que dans le passé; mais si vous voulez me sauver une fois encore, vous le pouvez.

DON CARLOS

Et comment?

LIÎONOR.

Sachez que Béatrix, pour mon malheur, veut me faire épouser don Biègue. Vous qui m'avez toujours protégée avec tant de générosité et de désintéressement , vous pouvez plus aujourd'hui pour moi que jamais, et il vous suffira de parler à Béatrix.

DON CARLOS

Comment! c'est à moi qu'est venue l'idée de ce mariage, et c'est moi qui m'y opposerais I

L^ONOR

Vous le désirez?

Certainement.

LÉONOR

C'est vous qui l'avez projeté ?

DON CARLOS

C'est moi-même. Et voilà pourquoi j'ai consenti à me tenir ici caché, afin de ne pas rencontrer ou don Diègue ou votre père.

L^ONOR

Je ne puis vous comprendre.

DON CARLOS

Cela n'est pourtant pas difficile.

LÉONOR

ExpUqu<î7-vous, de grâce l

DON CARLOS

Mon amour est si pur , ma tendresse si noble, ma jalousie si dé gagée de toute vue personnelle , qu'en vous perdant , Léonor , je veux du moins sauver votre honneur.

LÉONOR

Ah I Carlos, je vous comprends ! ^

DON CARLOS

Je ne veux plus revenir sur l'affaire de Madrid; mais, sans parler de ce scandale , ici même don Diègue n'est-il pas venu vous voir . dans la maison où moi-même je vous avais placée?... Ne sait-on pas qu'une nuit il est sorti d'ici par le balcon ? une autre fois ne l'ar-t-on pas surpris dans ce salon, renfermé avec vous? Eh bien! je veux que tout soit réparé par le don de sa main : et ce sera là le dernier sacrifice de l'affection la plus tendre et la plus dévouée... Oui, pour rétablir votre honneur, je veux, malgré mon amour, vous voir dans les bras d'un autre.

Page 1