‹ CalderonChapitre 22 sur 93 · II · texte numérisé non relu

II

ni ne servei aucune dame^ Et pour que tous connaissiez toute ma

disgrâce*.. *

DONF^LIX.

Achevez, don César; tous m'inquiétei.

DON césAK.

Le duc a appris que le prince d'Urbin était arrivé en secret à Milan, où il vient, j'imagine, prendre le commandement des troupes de l'Empire contre les Suisses; et comme il est fort de ses amis et son proche parent , il m'envoie avec cette lettre lui présenter son compliment de bienvenue, et m'a ordonné de partir à Tinsfant même. Vous concevez sans peine l'embarras où je me trouve : car si je ne pars point, je m'expose à perdre les bonnes grâces du duc, et si je pars, je perds l'occasion que j'ai le plus souhaitée en ma vie ; d'autant que Violante, ignorant le motif et la nécessité de cette absence, pourra croire que je veux par là me venger de ses anciens mépris, et reprendra contre moi une haiue que l'orgueil blessé rendra cette fois inflexible.

fiON FétiX.

Je n'ai qu'une chose à vous dire; c'est que vous pouvez, sans qu'on le Mclie» rester ici jusqu'à demain, et que de bons chevaux de poeta tous feront regagner le temps perdu.

DON CIÊSAR.

Gela est impossible, car le duo m'a commandé de partir en poste sur-le-champ, et dans un voyage de six jours en perdre deux est beaucoup.

DOn F^LIX.

Eh bien I vous pouvez avertir Violante en lui exprimant tous yos regrets.

DON césAH.

Je puis» en effet» m'exouser auprès d'elle; mais tout cela ne me rendra pas l'occaiion que j'avais pour demain, grftee à l'absence de Son père.

DON VÉLIX*

Mais que dit la lettref

DON CÉSAR

Que voulez-vous qu'elle dise 7*. é ce sont les oomplilneDS «rdi* naires.

DON FEUX

Y ètes-vous nommé?

DON GÉSAE.

Oui, suivant l'usage, f ous cette formule : « César Farnèse, mon cousin, va en mon nom« etc., etc.» C'est le style usité, Afin que la

Îiersonne à qui l'on adresse la lettre sache les égards qu'elle doit à a personne qui la porte.

• Il y a Ici dans l'original une grâce inirîfluisihie. Elle tienl & la ressemblance qu'a le nom de Félix avec le mot felis, <]\ù sii^niûe heureux.

DON ràuj..

Il n'y a rien de plus?

DON césAR.

Mon Dieu, non.

DON Filux.

Et le prince d'Urbin youi eonnalUl î

DON C^SAR

Il ne m'a jamais tu, et n'a sans douteianpréa dé lui personne qui me connaisse... Il y a tant d'années qu'il est en Allemagne, au setvice de l'empereur t

DON F^UX

£h bien 1 si le cœur vous en dit, comme je ne Miia pas ploa connu que vous à Milan, je m'offre à vous trouver un remplaçaot; de telle sorte que vous puissiez rester ici en secret et donner toute Mtisfaction à votre amour. Et il n'y a là rien qui puisse offenser ni le duc ni le prince d'Urbin : l'un aura envoyé son compliment, l'autre l'aura reçu. II ne s'agit que de partir, de donner la lettre, et de revenir au plus tôt avec la réponse.

DON CIÊSAR.

Quand bien même vous ne me feriez pas entrevoir autant de facilités, je suis dans une situation si critique, que je courrais volontiers de plus grands risques.

TRISTAN

Je crois bien que j'indiquerais un meilleur moyen d'arranger le .tout. ^

Don f<ux.

Tais-toi, imbécile.

DON CÉ8AA

Enfin, est-ce que vous consentiriei à me rendre ce service?

DON FÉLIX

Je ne suis point de ceux qui donnent un conseil et qui reculent à l'exécution. J'irai en votre lieu et place.

DON CÉSAR

Je vous baise les pieds mille fois, et..,

DON FÉLIX

Assez ! de grâce, épargnez-moi. Entre amis tous ces remerciemens sont superflus.

DON CÉSAR

Il b*y a plus maintenant qu-unç difficulté.

DON FEUX

Qu'est-ce donc?

DON CÉSAR

J'ai à toucher chez le seigneur Àurelio, père de Violante, une certaine somme que le duc m'a accordée pour m'aider dans mes dé penses, et ainsi on me croira plus aisément parti; mais alors je crains que Violante ne m'attende plus demain.

ro BONHEUR ET MALHEUR DU NOM,

DON FEUX

n n'y a qu'à lui écrire un mot.

DON CÉSAR

C'est impoisible. Je ne pourrais lui écrire que par UDe sienne suivante qui vient chez moi ; et avec la pensée où elle sera que je pars, elle ne viendra pas me voir de sitôt.

DON FÉLIX

Eh bien I vous avez votre ordonnance de payement ; et avec cela votre valet pourra se présenter chez elle sans péril.

DON CÉSAR

Ne le croyez pas. Depuis la fin tragique de son neveu, le seigneur Aurelio, qui ne s'occupe plus de mon amour ni de ma jalousie, songe toujours à sa vengeance, et s'il voyait dans sa maison un de mes gens, je crains qu'avant de s'informer de l'objet de sa venue, il ne se portât contre loi k quelque extrémité.

DON FÉLIX

n me vient une idée. Nous n'avons qu'à envoyer Tristan, qui, avec sa prudence, son esprit et son adresse ordinaire, détournera aisément tous les soupçons.

Je ne pourrai jamais.

DON FÉLIX

Que crains-tu donc? •

TRISTAN

On doit toujours craindre les soupçons d'un homme d'hoiineur*.

DON CÉSAR

Puisque tu vas de ma part, le désagrément serait pour nooi.

TRISTAN

En voilà une bonne 1 J'ai une histoire qui revient à ce propos. Un jour, un inspecteur de police assez mal parfumé se présenta devant son corrégidor, et lui dit en poussant des cris de fureur : «Une servante a exhibé avant l'heure voulue son vase de nuit, et tandis que je dressais le procès-verbal, une autre servante a vidé sur ma propre personne le vase en question. Comme en ce moment j'écrivais d'après vos ordres, ce n'est pas à moi que l'on a fait cela, c'est à vous.» Sur quoi le corrégidor lui répondit d'un ton sévère : «Eh bien ! ma. raud, qui vous permet de vous offenser des injures que l'on me fait?)! D'après cela, si l'on me donne du bâton là-bas, et que je revienne à demi mort, comme ce sera vous qui aurez reçu cette injure, vous pourrez me faire la même réponse.

• Bocore Ici «ne grâee qu'il dook a ëlé imponible de reproduire. Le verbe espagnol detmentir, qui isole signitie donner un déoienli , quand il est piacd devant le mol sos* peehasj signiûe détourner des soupçons. De là la plaisanterie de Tristan, qui fait semblant de comprendre qu'on le charge de porter un démenti à Aurelio

DON F^IX

Ne t'inquiète de rien; tu tes porter la lettre, ei au retour tu m'accompagneras à Milan.

Pour ced, à la bonne heure I Cela me ya aussi bien que le reste me va peu.

DON viux.

Tu as donc du plaisir à foire ce voyage?

TRISTAN

Certainement. Comme nous sommes en carnaval, et qu'à Milan surtout c'est une époque de réjouissances, je compte m'amuser comme un bienheureux.

DON FÉLIX

Partons donc I {A don César,) Je vais faire préparer les chevaux pendant que vous écrivez et que Tristan porte la lettré.

DON CÉSAR

Dépêchons, car voilà une excellente occasion.

DON FÉLIX

Pourquoi donc?

DON CÉSAR

C'est que le seigneur Aurelio sort de sa maison , et en son absence il sera plus facUe de remettre le billet.

Entre AURELIO, lisant une lettre.

DON FÉLIX

Il est tout occupé à lire une lettre.

DON CÉSAR

Tant mieux! il ne nous verra pas. {A Triêtan.) Viens, je te dirai par là à quelle servante tu dois remettre le billet.

Tristan demeure à la mAm« place, en regaidant Airelio. DON FÉLIX.

Qu'attends-tu, imbécile ?

Laissez-moL

DON FEUX

Que fais-tu là?

TRISTAN

Je suis là à supputer la force du vieux, pour voir combien de coups de bâton il pourra me donner sans reprendre haleine.

Don Félii, don Cenr et TritUn sortent.

AURELIO, lisant.

« Mon oncle et seigneur, je suis arrivé à cette cour de Milan , en » cachant mon nom et ma patrie. Bien que je désire vivement ren- » trer dans ma maison, je ne veux pas y reparaître que je n'aie vengé » la mort de mon frère. Et puisque ce malheur nous touche tous, » veuillez me fairç savoir si don César Farnèse est à Parme...» {H

parle.) C'est une honorable résolution que celle de Lisardo; mais je ne m'en étonne point, puisqu'il est de mon i«ng««. £t moi, que dois-je faire?... Rien que l'idée de cette vengeance sourit à mon cœur, qui conserve encore toute l'ardeur de la jeunesse; cependant la prudence m'en montre le péri], et je suis d'un Âge où l'on doit écouter plutôt la prudence que le ressentiment. Si je n'excite pas mon neveu Lisardo à cette veogeapce, je manque à ce que je me dois à moi-même, et si je l'y encourage, je manque à roe« devoirs; car il serait mal à moi, dans une aventure où j'ai déjà perdu l'un de mes neveux, de donqer des conseils d'où puisse résulter la perte de l'autre,. . Je pepsais marier ma fille à celui qui n'est plus ; Lisardo, devenu le chef de la maison, a succédé à son frère dans mon dessein ; et l'exposer à la colère du duc, de qui César est le domestique et l'ami ^, c'est aller contre mon projet, puisque c'est le mettre en péril d'être eiMé à jamais... Que dois-je donc faire pour remplir avec honneur cette double obligation?... Le ciel me soit en aide! — Rentrons pour lui répondre ; je trouverai bien le moyen de le tenir en suspens jusqu'à ce que j'aie pris moi-même une résolution. A cet effet, il faut que je relise.sa lettre. {Il reprend $a lêcturt,) «i Veuil* » lez me faire savoir si don César Farnèse est à Parme, et ayez soin » qu'on observe toutes ses démarches; j'irai bientôt le r^oindre. » Lorsque vous me répondrez, mettei pour suicription à votre » lettre : « A don Celio, dans la maison du prince d'Urbin. »

Il sort.

Page 1