SCÈNE n
Un salon dans la maison d'Anrelio.
Eatrmit DONA YlOiANTE etNIGS.
NICB.
Voilà que mon seigneur rentre à la maison en lisant je ne sais quels papiers.
DONA VIOLANTE
ma chère Nice! l'audace est parfois bien craintive, et c'est lorsqu'elle s'aventure le plus, qu'elle a le moins de courage. Depuis que j'ai écrit à don César pour lui exprimer combien j'étais sensible à son amour aussi constant que soumis, j'ai peur même de mon ombre.
NICB.
Eh quoi 1 madame...
DONA. VIOLANTE
11 me semble que mou sein est transparent, et que mon père peut y voir tous les lopuyemens de mon cœur. {A part.) Ciel ! le voici !
* Au dix-septième siècle en Espagne, comme en Italie et en France, les grands sei« gneors avalent parmi leurs domeêtiquei des goBlilshommes de la metlleorc naissanoo et . qvelqvefola lawi ftiem.
Entre AURELIO.
ÂUREUO.
Violante?
DOiCA VIOLANTB.
Qu'ayez-vous, mon père? vous reyenei bien promptemant et vous paraissez tout préoccupé.
AURELIO
Ce n'est rien. Au moment où je sortais, un exprès m'a remis une lettre, et comme il est urgent que j'y réponde... Mala qui donc a pénétré jusqu'ici?
Entre TRISTAN.
TRISTAN, à part Puisque le vieux n'est pas dans la maison, il faut que j'aille jusqu'au fond de l'appartement pour chercher Nice, à qui je dois rendre te message.
AUREUO.
Qui cherche9-Y0U8 id^ cavalier ?
TRISTAN, à part.
Peste soit de la rencontre! {Haut,) Vous, seigneur.
AURBLIO.
Moi?
TRISTAN
Yous-méme*
AOREUD.
Ne pouviez-Yous pas frapper à la porte ?
TRISTAN
C'est que, voyei-vous, j'ai craint de faire du bruit ^.
AURSUO.
Enfin que me Toolez-voui?
TRISTAN
Je désirais vous remettre ce papier.
AURBMQ.
De qui est-ce?
TRISTAN
C'est à vous, puisque c'est pour vous quç je l'apporte.
AUREUO.
Vous m'avez l'air bel-esprit ?
TRISTAN
Je suis à demi bachelier'.
* .... TengOf Segun sop de mal erûtiano, Jfuy tibioa los llamammtoi.
Jén de oMito kotradoisiblc, ^oi porte iiir le double mm do vol Uflmamtanio, qui signifie 1" l'action de frapper à une porte, V un mouvement .nlërieo" de la grâce. Mot à mol : « Gomme je se suis pu de bonne raoe chrdiieDiie, je fFgppa taibiemeat, ou je n'ai que de faibles inapiratioas de la grAoe. »
* Bmom id iw JM de mou latradoisiUe. U porte sur U double sen» du mol bachill&r.
▲URBUO.
Qui est yotre maître ?
TRISTAN
Le seigneur don Félix. Ne l'oubliez pas, je vous prie, car cela est delà plus haute importance; et, s'il le faut, je vous le répéterai cent mille fois de suite.
AURBUO.
Je n'aime pas les comptes.
TRISTAN
Moi si, au contraire ; je suis un enragé conteur^.
AURELIO
Lisons. {Il lit,) « Mon trésorier Aurelio, sur les sommes que vous » avez entre les mains, veuillez donner à don César... » (il Tristan,) Comment donc, puisque l'ordonnance est au nom de don César, est-ce don Félix qui vous envoie ?
TRISTAN
Parce que don Félix désire cet argent à cause que don César lui en doit une bonne partie.
AURKLio, lisant,
« Cinq cents écus que je lui accorde pour les frais d'un voyage » qu'il va entreprendre d'après mes ordres.»
DOJTA VIOLANTE.
As-tu entendu, Nice? don César va partir l... Sans doute, — le ciel me soit en aide 1-- il veut venger par ses mépris mon mépris d'autrefois. .
TRISTAN, à demi-voio;, en montrant un papier,
Nice! Nice!
NICE
Voilà ce yalet qui me fait des signes avec un papier. . AUREUO, qui a vu les signes de Tristan, Qu'etu-ee donc?
TRISTAN
Rien.
AURELIO
Qu'est-ce que ce papier?
TRISTAN
C'est encore un biUet, mais celui-ci n'est pas pour vous^.
qui lignifie l'un bachelier gradué, 2* un bayard qui parie i tonl propos. Dam l'uspagnol, c'est Aurelto qni dit à Tristan : « Vous m'avex l'air d'un bachiller (ou d'un bavard. » El Tristan, £aisant semblant de se méprendre, répond ; « Je n'ai pas encore pris le grade, mais j'ai fait toutes les éludes nécessaires. »
' Encore un jeu de mots qui porte sur le double sens de ùttentOi qui siguifie tout à la fois un mUlioH et nn eonis, une Mttoir: Mous avons ttehé de le reproduire tant bien qoe mal.
* Il y a ici une plalsantarlt Intradnbible, mais qni est pleine de gaieté. Elle porte sur le double sens de cette expression estas son otros guintenfot, que l'on emploie proverbialement pour dire : autnêouiss du même gmre^ cl que TrtsUn emploie dans un sens litlénd en ayant l'air de dire : « Cest «ncors un Mkt <U dnq tmtt ictu. »
JOURJHÉE I, SGÊ^E II. 81
AUBXUO.
OÙ Ta doD GëMrT
TRISTAN
En enfer probablement, mais je n'en sais rien.
AORBUO.
Àttendez-moi ici un moment ; je Tais chercher ce qu'il lui faut. {A part,) ciel! le duc a peut-être appris que Lisardo était À Milan, et c'est pour cela qu'il le fait partir.
Il sort.
DONA TIOLANTE.
Je ne sais comment je n'étouffe pas de dépit... C'est ainsi que don César me délaisse ! Lui si constant et si fidèle lorsque je ne lui montrais que du dédain, c'est ainsi qu'il reconnaît ma bonté !
TRISTAN
Maintenant que je puis parler, madame, écoutez-moi, et vous verrez que tout en venant ici pour faire un recouvrement , je viens ici pour vous payer ce qu'on vous doit. Don César m'envoie vers vous avec ce biliet.
NICE
Prenez-le, et vite, car voici mon maître qui revient.
DONA VIOLANTE
Je crains qu'il ne m'ait vue, et je tremble.
ÂIJRELIO rentre.
AURSuo, à Triitan.
Prenez, et Dieu vous conduise ^ I
TRISTAN
Qu'il vous conserve une éternité de siècles!... et remarquez, mon seigneur, que cette fois je ne compte pas ^. {A pari,) Je m'en vais mieux dépêché que je ne croyais; car enfin j'ai remis le billet, et je sors avec de l'argent et point de coups de bâton.
DONA VIOLANTE, à NtCe.
Si mon père avait vu le billet I
NICE
C'est impossible ; il en aurait témoigné son mécontentement.
AURELIO
Ma fille, je vais demain, comme vous le savez, à ce village.
DONA VIOLANTE , à part.
Que je suis heureuse I il ne se doute de rien, puisqu'il pense à son voyage.
* Celte locution id ean DioB, alla avec Dmu, ou, Dmw wnu eoiuI«»M, te reproduit fréquemment dans les comédies espsu^noles. Bien qu'an premier abord elle paisse sem» Wer un peu étrange à des personnes d'un goût délicat, nous avons cru devoir la reproduire quelquefois parce qu'elle a quelque chose de religieux, qui est toul-à>fait dans les idées et dans les kabitudes espagnoles. , ,
' Encort^nn jea de mots intraduisible sur le verbe contar, qui signifie tout à la fois coMpitr eteonlw une histoire.
93 BONHEyR gT MALHEUA W NOM.
Il n'est rien tel que Tœil du maître... et c'est pottlQuai vous allez me donner le billet que tous veu^ï de cacher.
DOVÂ TlÛLAirnL
Moi, seigneur... un billet 1
mcB, à pwri.
Gela Ta mal.
ÂUBBLIO.
Oui, donnez-le-moi sur-le-champ« Si j'ai laissé sortir le valet, quoique je l'eusse ?u vous le remettre, c'est que je n'ai point voulu faire tomber si bas ma vengeance, ni ébruiter au dehors les ennuis de mon intérieur. C'est pour cela que je n'ai rien dit. Mais à cette heure donnez-moi le billet.
POiCA TIOLANTB.
Mais, aeigneur, ne eroyet pas...
AURILIO.
Quel tourment! (Il lui prend le billet des mains,) Entrez là à l'instant même, car la colère pourrait m'emporter, et je veux connaître au juste le mal avant d'appliquer le remède. Otez-vous de devant mes yeux.
DùfiJL YIOLA!<rTB.
ciell protége-moi !
Partez, tous auaaL Comme voua voudrez.
Elleiort.
AUBKUO.
IfICB.
AURBUO.
Non pas parla, par ici... mais dites-moi auparavant, pour me fixer dans ma conduite, le valet étant de don Félix, et l'ordonnance de payement étant au nom de don César, de qui est le billet? NICE, à part.
Si je dis qu'H est de don César, qui est déjà son ennemi , ce sera empirer les afifieiires.
AURKLIO.
Eh bien! parlez donc. De qui est le billçt?
NICE
Je ne sais, mais il n'est pas de don César.
Elle sort.
AURBLIO.
Elle m'en a dît assez. {Il ouvre la lettre.) Hélas! peut-on trembler ainsi en ouvrant un billet! {Il lit.) «Mon cher bien, il n'y a » point d'obstacle qui puisse m'empécher d'aller vous voir. » ( // paru.) Hélas 1 il n'est que trop vrai, le papier ne se febrique ^u'a-
vecla plus vile matière, et l'encre ne se fait qu'avec du poison ^I (Il lit.) «kimi, teoe^e pour entendu, demain, sitôt «près le départ » de votre père, je me rendrai, quoi qu'il arrive, dans le jardin que » vous m'indiquez. Le ciel vous garde l» (// parle,) Que vois-jel don Félix/ sous un prétexte trompeur et secondé par son perlide ami, s'attaque i^udacieusement à mon honneur!... Que faire, grand Dieu ? Que résoudre dans un moment où je reçois une cruelle injure, et où je perds en même temps tout espoir de réaliser le projet que je formais pour ma fille?... N'est-il pas singulier qu'au moment où je voulais empêcher mon neveu de se venger, il m'arrive à moimême un accident qui m'oblige à la vengeance?... Eh bien! puisqu'il en est ainsi, et qu'un juste ressentiment l'emporte sur la prudence, je me vengerai de ces deux traîtres; j'écrirai à Lisardo de se charger de don César, et moi je tuerai en secret don Félix, puisque l'oecaftion se présente à mol si favorable, {il ferme la porte par laquelle do^ Violuniê eêt êortie, ) Fermons cette porte «toc soin, afin que l'ingrate ne puisse point l'avertir ; et demain, quand le misérable qu'elle aime viendra an jardin... Mais taisoiuruous ; la renommée dira bientôt ma Tongeanee, el la postérité rap|iroudc« «o frémissant.