SCÈNE I
> Une chambre dans la maMM de LIèAM
Entrent DON FÉLIX, qui s'habille, et TRISTAN.
TRISTAN
Oui, mon seigneur, je soutiens qu'il n'est rien tel poof tau homme que de n'être pas lui-même et d'être un autre.
DON FÉLIX
Pourquoi cela ?
TRISTAN
Parce que toujours le bonheur d'autrui est ou nous paraît plus ou moins grand que le nôtre. Vous-même en êtes la preuve : malgré votre nom, qui est de si bon augure * , la seule fois que vous êtes heureux, c'est un jour que vous êtes don César!... Le bel appariement! les belles galeries! les belles tentures! les belles glaces! les beaux secrétaires ! les beaux bufiFets ! les belles armoires 1 le beau lit ! le beau linge ! les beaux dressoirs ! les belles livrées î la bonne table î les bons soupers ! les bons ragoûts ! et par-dessus tout , le bon vin !
DON FÉLIX
Ah,! Tristan, dans cette hospitalité si charmante, tout ce que j'ai vu c'est une beauté farouche dont la présence et l'absence me font également mourir !
TRISTAN
Cette beauté, pour moi, mon seigneur, c'est mon cheval, qui me faisait mourir quand je le voyais de trop près, et qui me fait mourir aussi maintenant que je ne le vois plus.
DON FÉLIX
Faut-il qu'on ne puisse jamais causer avec tpi sérieusement I
TRISTAN
Une duègne s'était mis en tête d'élever une petite naine ; er un jour... ,
DON FÉLIX
Tais-toi, de grâce, et ne t'avise plus de me conter tes histoires... sans quoi, vive Dieu l je te casse la tête! ►
TRISTAN
Quoi ! vous ne voulez plus de contes !
DON FÉLIX
Non. '
» Tristan dit mot à mot : « Car, bi<'n qop vous soyez Félix on langue vulgaire, vous ne l'êtes jamais en bon latin, si ce n'est aujourd'hui, etc., clc. » Il ne faut pas oublier que le motl»tin felix signifie heureux.
JOURjyÉE II, SCÈNE l W
TRISTAN
Eh bien I donnez-moi le mien *.
DON FÉLIX
Tu es fou. {On entend frapper,) Mais écoute, on frappe.
Oui, Ton ftrappe à cette porte qui conduit de ce cAté de la maison dans la rue.
DON Yiux, Qui Tiendrait par là me demander?
TRISTAN
Il est possible que ce ne soit pas pour tous.
DON viu%^ En ce cas, répondg que Ton vienne d« Tautre c^té.
TRISTAN. '
Ne vaut-il pai mifiui que j'ouvre et que je sache qui c'est ?
DON FIÊLIX
Pouna»-ta ouvrir?
TRISTAN
Cela n'est pas diffîeile quand la clef est à la serrure.
DON FIÉLIX.
Ouvr« donc, et vois qui c'est. {Tristan sort,) Malheureui! je ne voulais pas croire jusqu'à présent à l'irrésistible puissance de l'amour. — Je n*en doute plus désormais... On a bien raison de dire que l'amour se servait de l'arc et des flèches avant l'invention des armes à feu, mais que depuis...
Entre TRISTAN.
TBBTAN.
Bonne nouvelle, mon feigneurl
DON VÈLEL,
QueUe esMlle?
Vous voilà devenu un héros de roman, uu chevalier erraut.«t Uua feoune masquée, voilée, cléguisée, qui » d.û plaptw là la fAt# pour venir, et qui poçt^ je ne sais quoi daoa «a pwû«r, derotnde aprèç vous.
DON FÉLIX
Moi, dis-tu? Et qui donc à Milan peut savoir mon nom ? flUe n'a pii3 dit don F^Uk, mais don C4ifi?i
DON FÉLIX
Cela ne m'étonne pas moins; mais enfin, qui que ce soit, fais entrer.
• Nous avons reproduit de notre mJenx la plalsanlerie de Toriginal, qui conilstè dans le rapprochement du moi cuento^ conte, avec le ipot cuenta^ compté. Mokaéti ^x>er vui» cvmio» f — ]Vo~Ptt«f, sehoTy hagafMs ctunta.
TRISTAN
La dame s'en est donné toute seule la permission. Entre FLORA , masquée, et ud panier à la main. FLORA, à part.
Plaise à Dieu que ce stratagème de ma maîtresse ne tourne pas contre nous, et que tout cela ne finisse pas mal!
DON FéLIX.
Qui cherchez-YOus, madame? {Flora lui fait $igne que c'est lui.) r.st-cemoi7... [Elle lui fait »igneque oui.) Vous ne savez donc pas varier ?
Elle fait signe que non.
TRISTAN
Elle dit que non, mon seigneur. •• Gela n'est pas commun chez
les masques.
Flora donne une lettre à don FAix.
DON FÉLIX
¥ou8 voulez que je prenne cette lettre?... et que je la lise?... et que je garde le silence?... Écoutez... Attendez. Ne devez-vous pas reporter la réponse?... non. Ëh bien I quoique tout cela puisse n'être qu'une mauvaise plaisanterie permise par l'usage en ce pays, à l'époque du carnaval, je veux vous récompenser de votre peine. Tenez, prenez.
U lui offre une bague, qu'elle reAue.
TRISTAN, à part.
Quelle est donc, grand Dieu t cette femme qui se tait, donne et refuse de prendre? {Hai$t,) Seigneur, .voici le seigneur Lidoro qui entre.
DONHÊUX.
Pour qu'il ne vous trouve pas ici, je vous laisse aller.
TRISTAN
Pardieu t il faut que je la suive , car ce serait afifreux de perdre sitôt une femme aussi rare I Vous ne voulez pas que je vous suive... vous dites qu'il y a en bas quelqu'un qui me maltraiterait? et vous me présentez , à moi aussi , un papier en 91e recommandant de lire et de me taire ?... {Il prend une lettre que Flora lui présente,) Allons 1 je ne savais pas que dans ce pays on pût faire pour moi tant de mystère I {Flora sort.) Eh bienl ne voilà-t-il pas qu'elle a décampé !
DON FÉLIX
Tais-toi, Tristan ; nous découvrirons plus tard oe que signifie cette plaisanterie.
Entre LIDORO.
LIDORO.
Comment avez-vous passé la nuit, don César?
DON FEUX
Ne devala-je pas, seigneur, la passer on ne peut mieux, étant dans votre maiioii?
JOURNÉE n, SCÈNE 1. 101
UDO&O.
Vous me flattes, don César; et à tous yoir habillé si matin, je crains que yous n'ayez pas été satisfait de Thospitalité.
DON F^IX
Au contraire, seigneur, cela prouve que cette hospitalité m'est si agréable que je ne veux rien en perdre. C'est insulter au bonheur que de dormir long-temps quand on est heareux.
LIDORO.
Vous êtes bien courtois ; mais cela ne m'étonne pas , étant le fils d'un homme qui était la courtoisie même. Oh I comme il serait content de yous voir galant comme vous l'êtes l... Dieu le tienne en sa gloire I j'ai perdu là un bon ami.
DONFJÎLIX.
De l'héritage de mon père, ce titre est ce que j'estime le plus.
LIDORO.
Je n'oublierai jamais notre liaison dans les guerres de Bourgogne. Sans lui un jour, dans une affaire, j e serais demeuré sur le carreau... C'est le plus doux souvenir de ma jeunesse... Et qu'est devenu votre oncle?
TRISTAN, à part C'est par ici qu'il va le prendre.
■ DON FiLOLf à part.
Que répondre? que faire?... J'ai beau être l'ami de don César, je ne sais rien de ces détails. (Haut,) Duquel parlez- vous?
UDORO.
De don Alexandre Famèse.
TRisxAir, bas, à dan FéHx.
Attention I
DON FEUX
Il est mort
TRISTAN, à part.
Boni ToilÀ le pauvre honune^ expédié.
DON FÉLIX
A la guerre.
LIDORO.
Je ne comprends pas qu'il y soit allé. Don Alexandre n'était pas militaire ; il était de mon temps lettré à Parme.
DON FIÊLIX.
Il avait été envoyé en Piémont comme auditeur.
TRISTAN, bas, à don Félix.
Bravo l vous vous en êtes bien tiré !
UDORO.
Et comment va madame dona Laura, sa femme?
TRISTAN
£U« est abbesse.
102 BONHEUH ET MÀLHEUH PU NOM.
UDORO.
De qael couvent f
TmST4N.
AUclès>.
DON FÉLIX
Je TOUS demaDde pardon, mon seigneur ; ce dr61e4à a toujours è la bouche quelque mauvaise plaisanterie. Ma tante 4ona Laura est à Palme, où elle jouit d'une bonne santé.
TRISTAN
C'est qu'aussi je perds patience de voir que vous causiez de toutes Ms bagatelles, lorsque vous devriez vous occuper de faire retrouver nos chevaux; d'autant que vous êtes habillé pour aller chez le prince.
LrooRo.
Je ferai faire les recherches nécessaires. Dites-moi auparavant...
Enlre UN VALET.
LK VAIET, à lÀdoro, Le gouverneur m'envoie vous dire que vous vovs rendiez chez lui sur-le-champ. L'aflfaire est pressée; il s'agit d'un délinquant qu'il faudrait arrêter aujourd'hui même.
LiDORO, à don Félix.
Vous ne sauriez croire combien mes fonctions sont aasujétissantes. ■— Pardonnez-moi si je ne vous laisse pas ma voiture ; et, comme il est de grand matin, ne sortez pas, je vous prie, avant mon retour.
Uswt
TRISTAN
Si c'est encore pour nous interroger, qu'il ne revienne jamais.
DON FÉLIX
Le pis est que cet ennui peut se reproduire à chaque instant.
Et mille fois de suite. — Mais revenona à notre aventure. Que nous a donc laissé ce beau masque?'
DON FÉLIX
Voyons d'abord ce que dit le billet. — Il ne contient que deux ligoea. {LisatLi,) « Vous trouverez ici de quoi vous aider dans vos » dépenses, en attendant qu'on ait retrouvé vos chevaux. » {Parlant.) J'avais bien raison de dire que c'était une mystification. Regarde un peu ce qu'il y a d«ns le panier.
TRISTAN, soulevant le mouchoir qui recouvre le panier.
Des gants, des pastilles, des mouchoirs de poche et du linge.
' Uclès est un village de la province du Cueuça, dans lequel 4lait, au dix.«epUèine siècle, un couvent de chevaliers de Saint-Jacques. Nous n'avonf pas besoin de montrer an lecteur ce qu'il y a de plaisant dans \b réponse de Tristan.
TOURNES lu sctNs i. m
DON viux- Un moment \ yoici encore une boite«,. et de<UiUf «A bijou entouré de diamans.
TRISTAN
Des diamans!... ma foi, à prient que nos chevaux s'envolent s'ils veulent!... Eh bien! qu'est-*ee que je Toui disais : qu'U s'est rien tel que d'être un autre? Don César se mordra les doigts de n'être pas venu,
DON FÉLIX
Don César n'a rien à regretter» il est heureux dans ses amours !... Mais qui peut nous envoyer cela T
TRISTAN
Qui voulez-vous que ce soit, mon seigneur, si ce n'est quelque ange qui, masqué et déguisé , veut aux tpproebei du Ctréme enseigner aux femmes les trois plus belles vertus : se taire, donner et ne pas prendre.
DON wÂux.
Sais-tu, Tristan ? ce sera sans doute cette femmo à <pû j'ai porté secours, et qui veut m'en témoigner sa reconnaissance.
TRISTAN
Comment, dans le trouble où elle était, aurait-elle pu apprendre et votre nom et votre demeure?
DON FÉLIX
Que sais^je?
TRHTAir.
Je ne le sais pas plus que vmis. Mais se ¥•«• «i InquiëCei pas ; l'avenir nous dira ce qui en est.
mir FÉLiz.
Cache un peu ce panier, afin que personne do la ONMon ne le voie.
TRISTAN
Auparavant, seigneur, je voudrais que vous eussiez la bonté de me dire ee qui me revient pour ma part.
DON FÉiix.
A toi?
TRISTAN
Certainement. N'ai-je pas, moi aussi, perdu mon cheval?... Ne suis-je pas, moi aussi, logé dans la maison?
DON FÉLIX
Que dit ton billet ?
Un instant, je vais le lire. {Liiant.) « Si vous n'entendez et ne » voyei tout sans parler, la récompense que vous donnera votre o maître sera cent coups de bâton. »
DON FÉLIX
Voilà ta part bien indiquée t
TRISTAN
Tiye Dieul eette coquine, cette drdlesse, qui vient ici sous le masque, si elle s'avise encore...
Oa entend de la manque.
DON Faux.
Tais-toi ; j'entends de la musique.
TRISTAN
En vérité, comme je le disais, nous sommes logés dans une forêt enchantée.
UNE VOIX, chantant.
« Si par hasard ma folie arrive jusqu'à vous, ayez-en pitié comme d'un malheur, et ne la repoussez pas comme venant de moi. »
DON FiLlX.
Ces paroles me plaisent.
TRISTAN
Il n'y a pas de quoi.
DON F^LIX
Laisse ; on entre.
Je ne comprends pas qu'on dise de laisser à qui l'on n'a pas donné K
Entre FLORA.
FLORA, à part.
Comme mon maître est sorti, ma maîtresse m'a envoyée reconnaître le camp ennemi, et voir ce que l'on pense de ma visite. Faisons semblant de m'en aller.
DON F^ux.
Ârrète-la, Tristan.
TRISTAN
Pourquoi vous en retourner si t^t, madame?
FLORA
Je croyais que vous étiez sorti avec mon maître, et je venais faire l'appartement. Mais puisque vous voilà, je m'en retourne.
DON FÉLIX
Vous êtes donc bien pressée?
FLORA
Si ma maîtresse savait que j'eusse causé une minute avec vous, elle serait furieuse et me tuerait.
DON FIÎLIX.
Il parait qu'eUe est bien sévère ?
FLORA
Auprès d'elle, Ànaxarque ne serait qu'une fillette de Loreto \
* Le verbe quitar^ en espagnol, signifie tout à la fois laisser et ât9r. Il y a par conséquent ici, dans le texte, une grdet intraduisible.
* Anaxarque était nn philosophe de la secte âëatique, d'un caractère plein de forae et d'énergie.
DON viuJU
Puisque le hasard vous fournit une excuse, restes» et ditet-moi an peu ce qu'elle fait en oe moment.
FLORA
Cette musique doit vous le dire mieux que moi
TRISTAN
Surtout grâce aux paroles K
DON F^UX
Oh ! si de quelque endroit je pouvais la voir!
FLORA
Cela n'est pas possihle... Mais, d del! qu'est-ce que ce panier? qu'est-ce que ces bijoux?... Cela n'est pas de la maison. Il parait que vous avez déjà quelqu'un qui vous fait des cadeaux? Je le dirai à ma maîtresse, afin qu'elle se conduise en conséquence.
DON VEUX
Ne lui pariez de rien ; car je serais moi-même embarrassé de vous dire comment cela m'est venu.
FLORA
Ma maîtresse n'est point curieuse de le savoir.
DON F^UZ.
Je le conçois.
TRISTAN
C'est une rusée, une trompeuse, une coquine qui se tait, donne, et refuse de prendre ce qu'on lui offre.
Le nigaud I... Et par où est-elle entrée?
TRISTAN
Par cette rue-ci.
FLORA
Et vous ne savez pas qui c'est?
DON FIEUX
Mon Dieu t non.
FLORA
Et qui soupconnez-vous ?
DON F^LIX
Que sais-je?... Ce sera sans doute la dame qui m'a engagé dana sa défense.
TRISTAN
Je m'en assmrerai, si elle revient.
FLORA
Pourquoi étes-vous si mal pour elle ?
TRISTAN
Parce qu'elle me fait ma part en coups de bâton.
'Le texte dit mot à mot : « Ooi, car toucher d'on ingtinment et chanter, cTest toajoara une même chose. » Du reste, le verbe tocar, towher, a en espagnol toutes les acceptions qu'a en français le verbe correspondant, et je ne serais pasëtonnë que Galdaron ait Toalu jouer sur les divers sens de ce mot.
DON FÉLIX
Laissez-là ce sot, Flora ; et dites-moi, ne pourrais-je pas la voir?
FLORA
Mon Dieu ! je vous dirais bien de descendre comme par hasard au jardin, de vous approcher, eu vous promenant, d'une fenêtre du rez-de-chaussée, dont les jalousies se trouvent cachées par un bouquet de jasmins, et de cette façon... Mai» je n'ose YQU^ donner un tel conseil.
TRISTAN
NonI non ! n'oseï pas ; ce serait fort mal à tous.
DON FÉLIX
Je vous remercie de Tavis, Et pour récompense, faute de mieux, prenez cette bague.
FLORA
Une sur deux, ce n'est pas trop ; et ce n*est pas adroit que de manquer toujours la bague ^ (Elle prend la haçMe.) Il n'y a pas de quoi, mon seigneur.
TRISTAN
Non certes; mais afin qu'il y ait de quoi...
FLORA
Silence I voilà qu'on recommence à chanter. Cela vous permettra d'approcher avec moins de risque.
On enlcnd les instrumcns et un chant à mi-voix. DON FÉLIX.
Attends-moi là, Tristan. amour l ne me conduis pas en aveugle, dépouille-toi de ton bandeau I
Écoutez^ ma reine.
FLORA
Je n*y tiens pas beaucoup.
TRISTAN
N'importe, écoutez ! — Un jour, un commissaire passait en revue des recrues...
FLORA, à part,
A moi, un oontel.M sur mon âme, il ne tardera pas à me le payer.
TRISTAN
Et il dit à son commis de bien mettre l'œil ^ à ne pas emmener des estropiés ou des infirmes. Et comme un borgne passait, il dit : « Mettez bien l'œil à celui^i. » Or un boiteux qui venait ensuite,
' Mot à mot : « Il court mal cdoi qai n'emporte iamaU la hague. » Le jev de bague e'iait à celle époque fort rëpandn en Espagne.
* Ati lieu de dire avoir Vail à une eho»ê, les Espagnols diienl mettre Vmil [porter ly'o] . Nous avons èlé obliges de reproduire litléraiemeiit cette expression pour ooBscrver le sel delà petite histoire de Tristan.
lOS BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.
UPTB TODC, du dehori.
Flora?
Ma mattresse m'appelle. Àttendei.
TRISTAir.
Où eo restons-nous?
FLORA
Sur ceci, qu'une duègne élevait une petite naine.
TRISTAN
Eh bien I adieu, Flora, jusqu'à ce que la petite naine ait grandi.
Il sort.
Entrent DONA 8ERAFINA et DON FÉLIX, dmcanparane porte
difTérente.
DONA SBRAFINA.
. Flora?
FLORA
Madame?
DO^A SBRAFINA.
Voyei un peu qui se tient derrière la jalousie.
DON TÉUX»
Un homme qui ne niera point son crime, bien que cela lui fût fecile; car il en est fier et glorieux, et rougirait de s'en justifier.
DOJTA 8ERAFINA.
Dans les offenses de cette nature, l'aveu est plus coupable que le fait même.
DON FÉLIX
Dans les offenses de cette nature, qui flattent la personne m«me qu'elles irritent, les nier après les avoir commises, ce n'est pas repentir, c est lâcheté.
PONA SERAFINA.
L'outrage, quelque gracieux qu'il soit, n'en est pas moins un outrage; et quand on a outragé une personne, il ne convient pas de s en vanter.
DON FÉLIX
Je me déclare vaincu, madame ; non pas que je n'eusse de quoi répliquer, mais j'aime mieux vous laisser la victoire.
DONA SERAFINA
Vous voulez que je vous sache gré de cette façon de terminer la querelle, et vous faites par courtoisie ce que vous auriez fait par force. *^
DON FÉLIX
Eh bien l puisqu'il faut vous le dire, je suis descendu par hasard au jardin, le chant d'une sirène m'a attiré jusqu'ici; et si cela ne me justifie pas auprès de vous, les paroles qu'elle chantait doivent être ma justification.
DOÎÏA gKRAFDfA*
Pourquoi cela?
DON WÈLUL.
Elle disait : « Si par hasard ma folie arrire Jusqu'à tous, ayei-en pitié comme d'un malheur, et ne la repousseï pas eomme venant de moL»
DOJlA SSBÀFINA.
Et quand bien même ces paroles pourraient s'appliquer à la circonstance, comment justifieraient-elles Totre audace?