DON VÉLO
Voici comment. ^ Le hasard et mes peines m'ont conduit en un lieu où j'ai eu la folie de tous offenser en même temps que j'avais le bonheur de vous voir. Sans hésiter je suis venu jusqu'ici, en me disant que quand on veut obtenir l'amour d'une personne, il faut savoir s'exposer à sa colère; que souvent on ne parvient au bien qu'en traversant le mal, et que, malgré votre insensibilité, je n'aurai rien à craindre tant que mes plaintes arriveront jusqu'à vous. Non, pour un échec, je ne veux pas me décourager; car vos rigueurs même me plaisent et j'adore vos dédains ; et ainsi le mal qui me vient de vous est à mes yeux un bien. Si mon audace vous offense, prenezvous-en à vous seule qui l'inspirez; et considérant que c'est vous qui forcez mon hommage, ne le repoussez pas comme venant de moi.
Il sort.
DOftA SKRAFINA.
écoutez! — Mais non, hélas I qu'ai-je à lui dire? Pourquoi lui ndresserais-je hypocritement des reproches, alors qu'il ne me paraît pas coupable... Ne devrais-je pas plutôt rappeler en moi ma fierté? Ne sui»-je pas celle que je suis ' ?... Quel ennui I... et que l'on se fâche mal alors qu'on ne veut pas se fâcher!
FLORA
Pourquoi, madame, puisque vous êtes reconnaissante à don César de ce qu'il a fait pour vous, pourquoi vous montrez-vous si offensée de son amour?
DOÎfA SBRAFINA.
Parce que je dois, Flora, lui témoigner deux sentimens contraires et c'est pourquoi tu me verras jouer avec lui deux rôles différens. En sa présence, en lui parlant, je ne veux être que froideur e* dédain ; mais hors de sa vue, me souvenant qu'il m'a secourue sans me connaître, je prétends lui rendre mille services sans qu'il sache de qui ils lui viennent.
FLORA
Fort bien ; mais si vos rigueurs l'éloignent de vous, madame, ne
* V. 1. 1. pag. 78, à la note.