‹ CalderonChapitre 3 sur 93 · MM JUAN · texte numérisé non relu

MM JUAN

f oai peut s'arranger. Ma sesur vient, ees jonn-d, d'établir une de ses femmes, el elle a besoin de la remplacer. Moi, je fais la cour à une dame amie de Béairii, qui mérite la plus entière confiance. Je prierai cette dame d'envoyer chez nous de sa part la personne en question, et ainsi ma sœur, ignorant qui elle est, ne povrira éprouver auenne peine à la recevoir. Quoiqu'il soit bien fàcheui peur cette personne d'entrer en cette qualité auprès de ma sflHir, la situation pourra se supporter : elle ne sera suivante qu'en public, et en particulier elle sera traitée comme dame. Pour moi, je serai attentif à ia servir en tout ce qui pourra lui plaire.

DON CARLOS

Ce serait le moyen le plus stur, j'en conviens; mais, don Juan, je vous l'avoue, je n'oserai jamais le proposer à Léoaor; car enfin....

Eptre LÉONOR.

LiOMOR.

Arrêtez, don Carlos, c'est à moi de répondre. — Seigneur don luan, non seulement je serai contente et flattée de servir dans votre maison; mais vous aurez en moi une esclave dont votre obligeance vient de payer le prix; et si, au milieu de mes malheurs, je puis éprouver quelque consolation, ce sera d'avoir pour maître un cavalier qui tient de si près à don Carlos. Je vous supplie donc humblement, et à genoux, de vouloir bien m'accorder cette faveur. Et comme d'après le récit de don Carlos, je dois vous paraître coupable, et que je serais désolée si vous croyiez'admettre chez vous une femme aussi légère que je vous le parais ; pour qu'il ne vous reste pas le moindre doute, puisse le courroux de Dieu m' anéantir à rinstant, puisse le ciel m'étre à jamais fejmé, si, dans aucune occasion, j'si donné à lliomme qui se trouva chez moi (e motif de tant d'audace, à moins qu'il n'ait vu dans mes mépris un encouragement à sa témérité !

DON nsAx.

Votre beauté et votre esprit, madame, tous recommandent de la manière la plus forte ; et si ce que j'ai proposé est un service, ce n'est plus pour don Carlos que je vous l'offre, c'est à votre considération. Venillez, je vous prie, m'attendre. Je vais chez ma dame lui demander une lettre que vous porterez à ma sœur. Je reviens à Ptnatani.

JOURNÉE I, gCÈNB IL H

LiONOR.

Enfin, don Carlos, vous voilà arrivé à ra«cooi^liMenMnt de YOf désirs ; vous allez être délivré de ma présence. Je n'ai plus à vous denander qu'une seule ehose. C'est une gràee que t«us ^outeres à toutes eeUes deet je vous suis déjà redevable.

DON CÀftLOS.

Au nom du ciel, Léonor, ne parles pas ainsi ; vous déehirez mon Gttur,.. ce n'est qu'au moment où je vais vous perdre, que je sens à quel poÎAt je vous aiiM. Dites cepeodaoi, que désires-voiis de moi?

L^ONOR

Que si, désabusé quelque jour, vous voyez enfin que vous m'aves soupçonnée injustement , vous accomplissiez la pmia que vous m'avez donnée;

DON CARLOS

Ah l Léonor, pour payer un tel bonheur ce ne serait pas assez... Je vous donnerais alors mon àme, ma vie... Mais eomment puit-^je m'attendrir ainsi? N'étes-vous pas la même qui teniez un hosuoe caché dans votre appartement? Non, je ne veux pas être détrompé, et je n'y compte pas. Mon seul désir, maintenant que vous êtes en sûreté, c'est de vous fuir

UiONOR.

Allez, allez, le ciel quelque jour prendra soin de me justifier,

DON CARLOS

Ah ! Léonor, s'il ne me fùt resté cette espérance, je serais mort de douleur!

L^NOR

Eh quoi I don Carlos, tantdt vous me parlez avec tendresse, tantôt avec fureur ! Pourquoi donc croyez-vous plutôt le mal que le bien ? Ne puis-je pas être innocente ?

DON CARLOS

Hélas t je erains, et dans le doute il faut toujours croire le pire.

LlâONOR.

Eh bien! je me confie dans mon innocence, et un jour sans doute vous apprendrez que, malgré le préjugé vulgaiee, le pire n'est pas toujours certain.

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