SCÈNE n
Un talon chez don Inan.
Entrent lËATliq: et INÈS. QéatnûiJit une lettre.
INÈS
Qu'esi-ce donc que ce papier que lit ma maltresse? Il parait biea la tounnenter, ei je n'en serais que pJUis curieuse de savoir ce qu'il coMient Tantôt elle le froisse avec vioieuee en regardant le çieL UMôi elto ildiiM ei »oui^
BÉATRix, à part. EflMI une destinée plus cruelle ?
INÈS
Voilà qu'elle recommence à le lire. D'où peuvent naître des impressions si différentes? Est-ce que ce serait, par hasard, le brouillon d'une comédie qu'elle compose?
BÉATRIX
On a bien eu raison de dire que la plume était un aspic plein de fureur, et l'encre un noir poison qu'elle répand sur le papier! Je le sais mieux que personne a présent, moi que cette lettre a tuée. Quel tourment je souffre I
INÈS
Eh bien, madame?
BEA TRI Y
Quoi! tu étais là, Inès?
INÈS
Je viens d'entrer, et j'ai vu tous les divers sentimens qui vous agitent. Qu'est^-ce donc qui vous émeut si fort?
BÉATRIX
Je puis te le dire, ne serait-ce que pour soulager ma douleur. — Tu te souviens que don Diègue Centellasmefit long-temps la cour?
INÈS
Sang doute.
B^ATRIX.
Tu sais que reconnaissante ^es soins assidus qu'il me rendait, je répondis à son amour?
INÈS
Fort bien.
Tu sais encore que malgré l'illustration de sa naissance, il ne voulut pas se déclarer à mon frère, jusqu'à ce qu'il connût l'issue d'un procès qu'il est allé suivre à Madrid?
INÈS
Oui, madame ; après ?
BÉATRIX
Eh bien, Inès, son domestique, qui m'a des obligations, m'écrit cette lettre ,d'où il résulte clairement que don Diègue est amoureux à Madrid, et que le procès qui l'a appelé dans cette ville est un procès d'amour. Mais cette lettre te dira mieux sa trahison, et combien j'ai raison de m'affliger. {Elle lit,) «Madame, pour m'acquitter de ma promesse, qui était que je vous avertirais de tout ce qui se passe, j'ai l'honneur de vous faire savoir que mon maître a eu une rencontre avec un autre cavalier dans la maison d'une dame de cette ville, qu'il a été blessé et laissé pour mort ; qu'il a passé dfux jours sans connaissance et en prison. Grâces a Dieu, il va
mieux, il têi libre, et il compte bientôt retourner à Valence, etc.» Je m'arrête, car, je l'avoue, je suis toute suffoquée de colère.
INÈS
Après cela, madame, il n'est pas besoin d'en lire davantage.
BÉATRIX
Voilà donc le procès qui appelait là-bas don Diègue!
ISÈS.
Il fallait s'y attendre; tout le monde, à Madrid, a des procès d'amour.
Je n'ai point de paroles pour exprimer ma douleur, mis.
Abl ces monstres d'hommes I que la foudre les écrase tousl
Surtout celui-là ; s'en serait-on douté, à le voir pleurer comme une cruche fêlée ^? et cela a duré jusqu'à ce qu'il ait aperçu un autre minois ! Mais tout beau, messieurs, nous faisons comme vous, et au bout de la journée, Dieu le sait, nous noua trouvons à deux de jeu, et nous ne vous redevons rien.
BÉATRIX
Je meurs de jalousie et de rage.
INÈS
Il y a de quoi.
B^ATRIX.
Et ma fureur durera jusqu'à ce que... Mais, silence 1 n'a-i-on pas frappé à cette porte?
INÈS
Oui, madame.
BÉATRIX
Eh bien, va voir ce que c'est.
INÈS
Malheur à toi, mon pauvre Ginès, si quelqu'un m'écrivait que tu as offensé mon chaste honneur, et que l'on t'a fendu la tête à Madrid.
BllAMNTt.
BÈATHIX.
Hélas I maintenant qu'à ma honte j'ai appris comme on pouvait changer, je voudrais aussi perdre jusqu'au souvenir, puisque j'ai perdu l'espérance. — Que ne donnerais-je pas pour voir la dame qui a pu l'engager à ce point t
* 7 eomo los alfdhareto$
De amor, no «olo ptteheros
Hoem, «ino eantarilUu, eU.y tte.
litlëralemeiit : » Et comme ces poUen d'amour font noa teulemeot des pots, mais ém craches, etc., etc. » Il faot obserrer que le moipudmo signiBe en mène temps on pot et la grimace que font les enfaos <iiiaBd ils sont sur le point de plewer.
14 LE PIRE N'BST PAS TOUJOUM flERTAIN.
Eotrent LÉONOR et INI^S.
INè».
Elle est ici ; Intrei.
B^ATRIX.
Qui me demande, Inès?
Une femme infortanée, qui, si y«u8 lui permettez de baiser votre blanche nain, pourra hravar désormais son destip cruel, puisqu'elle trouvera dans votre bonté un reftige assuré contre les çoujtf du sort.
B^ATRIX.
Levez-vous, mon amie.
LiîONOB, à part.
Que ce ton de protection m'est pénible * 1
B^ATRIX.
Que désirez-yous?
LÉONOR
Voici une lettre qui vous en instruira.
BlLlTRlX. •
De qui est-elle?
De doSa Violante.
Inès, qu'elle est jolie I
Comme ci, eomme ça.
uÊoma.
fortune! À quelle extrémité m'as-tu réduite? Et isefMPdaat, si le passé m'afflige, l'avenir m'effraie plus encore.
BÉATRIX
Violante m'écrit dans cette lettre qu'ayant appris que j'ai marié une d^ QMS femnes, ^le me prie de v^ua vemiwr peur la rem* placer.
LÉONOR
HéUsl
BiATHIX.
Elle est sûre, dit-elle, de votre réputation, de votre vertu, et répond que je n'aurai qu*ir ne louer de vous. 9a recommandation me suffit.
LÉONOR
Je vous exprime de nouveau toute ma reconnaissance.
9ÉATRIX.
D'où éte8->vous ?
* D^s rçspsgool, Biéairix vient de parler à Léooor sans ^jouter lA iMlitf, ^ q«i fit a forma employée pmr uue pQcSiOAni& (iui< (taile à soo.ioféciçvjCa
LÉONOa.
mis.
JOURNÉe I, SGÉIIB il. m
LÉonotk.
Des eiiTiroDs de Tolède.
BlUTRIXk
Quel événement vous a conduite à Valence?
L^ONOR
J'ai été amenée en cette ville par une des dames de la vicereine. Elle vient de mourir. Voilà ce qui m'oblige à chercher une condition.
BiATRIX.
Sa bonne grâce et sa personne me plaisent. Que faU^-YOi|« d^ cette dame?
lioifOR.
J'étaû demolieHe de conpagoie.
Blis, à fMWf.
Demoiselle — de compagnie, e'eet jposfible. Demoiselle — tout court, j'en doate K
le la coiffais aussi; et je me flatte f«'à cet égard je pourrai vous contenter. Le printenps n'a point de ieiir si ehanuBte que je B*aie appris à l'imiter, et les fleurs les plus belles le seront plus eseen dans votre chevelure. Vousn'aurei pas besoin, non plus, d'envoyer dehors vos jupes, ni vos collef eites ; pour noater et repaseer je ne le cède à personne. Je couds en liiige ùa, je fais toate sorte de léstons avec assez de facilité, jo broée passableawnt, et sais travailler en tapisserie.
B^TRIX.
Vous êtes justement la personne qu'il me faut. À partir de ce moment vous pouvez rester ici. Puisque je le désire, mon ftfére, qui est le chef de la maison, n'y mettra point d'obstacle, j'en suis persuadée.
LÉOKOK.
Je compte sur sa bonté, madame. Étant noble comme il est, il ne refusera pas sa proteetton à une feraine i nfeirtMnéo >
BÉATJUX.
Votre noi^?
liONOR*
Isabelle.
Vous pouvez quitter votre manteau.
Dfi doncêlla de lahqr-
— Esso si, que fuera error
Essotra don^lleria.
Mot à mot : «De demoiselle de travail.— Pour cela, oui ; car pour l'autre dem9ieelléit4 iteMeMirit, iMt hksïmé puGaMefo»), ce «evût om «ivmc. »
te LE PIRE N'EST PAS TOUJOURS CERTAIN.
EDlre DON JUAN.
DON JUAif.
Béatrix!
Eh bien, mon frère?
Que faisiez-vous là ?
DON JlJAN.
BÉATRIX
Quelque chose qui vous plaira sans doute.
DON JUAN
Qu'est-ce donc?
BÉATRIX
Je sais qu'en amant dévoué vous êtes bien aise que l'on ait égard aux recommandations d'une certaine dame, et je viens de recevoir cette demoiselle, qui m'a été adressée par Violante.
DON JUAN
Grand merci de votre politesse, et même de votre malice. ( Â Léonor,) Pour vous, mademoiselle, et par la personne qui vous envoie, et par vous-même, vous pouvez disposer de ma maison. Nous étant recommandée comme vous l'êtes, vous servirez la soeur, et le frère s'empressera de vous servir.
liONOR.
Que le ciel vous récompense, seigneur, de toutes vos bontés I Vous aurez en moi une esclave dévouée.
DON JUAN, bas, à Léonor.
Eh bien, Léonor, que dites-vous de ma maison, et de ma jolie sœur?
LÉONOR, hoi, à don Juan* Que, grAces à elle, le destin cesse enfin de me poursuivre.
DON JUAN
Je voudrais, Béatrix, vous parler en particulier. J'ai à vous demander un service. •
Tout ce que vous voudrez. Éloignons-n(\us un peu.
Don Juan cl Bëalrix l'éloigneol au foid du théftlre. INES.
Je me présente à mademoiselle Isabelle pour son humble servante, son amie et sa camarade, qui lui sera toujours fidèle. Je ne lui demanderai qu'une chose.
LÉONOR
Et c'est...
INÈS
De ne pas être trop scrupuleuse, si elle vient à s'apercevoir de quelque amourette.
LÉONOR
Il n'y a plus de scrupules aujourd'hui ; on les a laissés avec les
vieilles modes. Et d'ailleurs» s'il faut dire la Yérité, j'ai, comme vous, mes petits soucis.
INÈS
Ciel! que me dites-vous là?... En ce cas, tous aurex en moi une sœur, une amie.
LiONOR.
Et vous, vous aurex en moi une amie et une soBur. {Â part,) Hélas 1 pouvais-je prévoir que j'eusse jamais de semblables conversations!
BUet sortent.
BÉATRIX
Carlos est à Valence?
Oui ; mais il ne faut pas en parler. Il passe en secret à Naples, et c'est pour cela qu'il n'est point descendu chez nous. Il se propose pourtant de vous venir voir à la nuit tombante, et, par amitié pour moi, vous devriez bien lui préparer un léger présent que vous lui offririez.
BilTRO.
Je fouillerai dans mes armoires, et je verrai si j'y troure quelque chose que je puisse lui offrir. Quoique' je sois fort dépourvue pour de semblables occasions , je serais bien étonnée si je n'avais des gants, des bourses, de la dentelle. J'ai une corbeille qui lui plaira, j'espère.
DON niAN.
Vous êtes charmante.
biUths.
Vous pouvez TOUS en rapporter à moi pour cela et pour le souper.
DON JUAN
Adieu donc. Je reyiens.
BÉATRix, à part.
Ah! don Diègue, comment me venger de tes perfidies?
Elle sort.
DON JUAN
H faut que j'avertisse don Carlos de l'effet qu'a produit sa lettre, et, malgré le désir qu'il a de n'être point yu, ce soir je l'amène ici.
Il sort.