‹ CalderonChapitre 38 sur 93 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

«■enedelUiea.

fibttë L»AttW(

LISARDO.

Il y a assez long-temps que j'ai jeté ma lettre dans l'appartement de don César, et il était chez lui, si je iie me trompe... Noua vetrons s'il vengera dona Serafina, oii si je me Vengerai d'elle et de lui... Il

tarde bien à paraître, et j'ai beau parcourir la rue en tous sens, je ne le vois point yenir; bien que j'espère de sa noblesse et de son courage qu'il ne manquera pas au rendez-vous.

Entrent DON FÉLIX et TRISTAN.

DON FÉLIX

Retourne à la maison, Tristan; et vive le ciell 8onges-y, si tu t'obstines à me suivre ou si tu parles» tu es mort.

Vous savez, seigneur, que je suis un modèle d'obéissance, surtout en pareille occasion.

DON FÉLIX

Ëb bien ! va-t'en au plus vite.

TRISTAN, à part.

J'ai besoin ici d'invoquer mon bonneur... Que dois-je faire, lorsque je sais qu'il va se battre pour un autre, — comme si maintenant on pouvait se battre de même qu'on se marie, par procuration ? La première cbose que j'ai à faire, c'est de ne pas me trouver là bas avec lui ; la seconde, c'est de raconter la cbose à qui pourra l'^mpécher d'aller plus loin ; — et je m'acquitterai ainsi de mes obligations.

Iliort.

LiSARDO, à part.

Le voilà seul. Je n'ai jamais douté de son courage.

DON FÉLIX, à part.

Pour voir le lieu où il m'attend, relisons sa lettre. {Lisant.) • Bien que je pusse venger sans péril la mort de mon frère Laurencio... »

Entrent LIBIO et AURELIO.

LTBIO.

Seigneur, un vieux cavalier voudrait vous parler, et je viens tous cbercher.

USARDO.

Fâcheux eontre-temps !

LiRio, à Aurelio, Approchez, seigneur, car voici don Gelio.

AURELIO

- Embrassez-moi donc mille fois.

LISARDO.

ien que je n'aie pas l'honneur de voua connaître, je réponds avec empressement à une aussi gracieuse avance. {Bas y à don Félix,) Ne nous séparons pas.

AUREUO.

Vous ne me devez pas moins.

DON FÉLIX, lisant.

« ••. Je veix me conduire le plus généreusement possible. Doue,

» pour Yoir si vous êtes aussi heureux avec moi que tous Tarez été » avec lui... »

USARDO.

iDstruisez-moi de toutes mes obligations, afin que je puisse m'en acquitter.

AURELIO

Je TOUS dirai en un seul mot, qui je suis et pourquoi je Tiens.

LISAEDO.

Vous me ferei plaisir, car je suis extrêmement pressé.

DOif viiix, liêant, c( Je TOUS attends derrière le château. Dieu tous garde. »

AURBLIO.

Eh bien I embrassez-moi comme étant Lisardo, et non pas comme étant Ceiio; car je sais qui tous êtes.

LISARDO.

. Cela suffît. Vous ne pouTCz être que le seigneur Àurelio.

don f^lix, d part. Derrière le ch&teau, dit^il. Quel est donc le chemin?

AURELIO

Il est Traî; et mes disgrâces Teulent que je m'adresse à tous pour mon honneur et pour le TÔtre.

fiSARDO.

Je TOUS sais bon gré de cette démarche. {À part,) Il sait sans doute que don César est ici, et it vient m'en préTenir.

AURELIO

Car TOUS saurez, mon ami, que...

DON FÉLIX

CaTaliers, Touillez, je tous prie, m'indiquer le chemin du château.

AUREUO.

Que Tois^jel {Il tire son épée.) Je tous indiquerai plutôt, caTalier déloyal, le chemin de la morti

USARDO.

Je ne me trompais pas.

DON FÉLIX

On ne peut pas se battre de deux côtés à la fois. LISARDO, à part.

Je ne puis souffrir qu'un homme que j'ai proToqué se batte auparavant avec un autre, et je dois empêcher cela. {Haut.) Arrêtez seigneur Aurelio.

AURELIO

Eh quoi I vous vous mettez de son côté !

LISARDO.

Oui, car ceci me regarde.

AURELIO

Quoi l lorsque je me bats arec un homme pour la défense de

mon honneur» qui est aussi le TÔtre, vous prenez son parti?

LISÀRDO.

Certainement.

DON réui, à Idsardo, Je TOUS en remercie, bien que je ne coure aucun péril... Songez, seigneur Aurelio, que vous n'avez reçu de moi nulle offense.

AUEBLIO»

N'étes-vous pas le traître don Félix?

UfÀHDO.

Don Félix 1 qu*ai-je entendu?

AVÉtLro.

Et ainsi nous allons savoir...

Entrent LIDORO et quelques homiBerf.

LIDORO.

J'ai pu vous joindre à temps, don César. Me voici à vos côtés... De quoi s'agit^il donc?

AURELIO

C'est la vengeance d'un gentilhomme offensé. Mais puisque vous aussi vous vous y opposez, j'attendrai un moment plus favorable, où je n'aurai pas tant de témoins.

LISARDO, à part»

Que faire? Je toudrais suivre Aurelio, mais je ne puis pas perdre de vue don César ; car bien qu'on l'ait appelé don Félix, b'est par erreur sans doute, et je ne dois pas manquer au rendez-vous.

LIDORO.

Qu'est cecii don César?

DON FÉLIX

Je l'ignore.

LIDORO,

Qui est ce cavalier?

DON FÉLIX

Le père de doua Violante.

UDORO.

Que dites-vous? Le seigneur Aurelio? Qu'a-t-U donc avec vout^

DON FÉLIX

C'est probablement parce que je suis l'ami de don Félix.

UDORO.

Seigneur Celio, pendant que je vais l'apaiser, puisque mon bonheur a voulu que je vous trouvasse ici, ne quittez pas don César.

Il sort.

LISARDO.

Non, seigneur, je ne vous quitterai pas ; car il m'importe beaucoup de vous suivre.

DON FÉLIX

Ëxcusez-moi, je tous prie, car it faut que je 8oU seul.

LISAHDO.

Gela n'est pas possible.

DON tfÉLït.

Qu'en sayez-vous?

llSAtlDO.

Non, soldeur don César ou seigneur don i^élix, eflr on vôui donne ces deux noms , je ne puis vous laisser seul lorsqu'on vous a remis à ma garde.

DON vihU., Je sais ce que je voua dois déjà pour votre noble conduite de tout à l'heure; cependant...

Entre LIDORO.

Ltnoiio.

Je n'ai pu raltaindrtf ; malf puisque o'Ml U père de dona Violante qui est chei moiM»

USAEDO, à paru Comment 1 dona Violante dans sa maiaonT

UfiORO.

Il faut que nous nous arrangions pour qu'il k trouve mariée avec don Félix ; et ainsi tout sera heureusement terminé. -^ Venez, don César, causer ensemble de cela*

DON vtfux»

Pardonnez... je voua suis.

UDORO.

Je ne puis vous laisser.

LISAHDO, à part.

Quel ennui!

LIDOEO.

Venez. — Seigneur Celio, adieu.

Lisitiho.

Le ciel vous garde I

DON FiÊLix, à paru

Puisque je ne puis faire autrement, il faut bien que je confie mon secret. {Bm à Xtaordo.) Seigneur Celio, après les bontés que vous m'avez témoignées, je m'enhardia à voua demander un service qui intéresse mon honneur.

USAEDO.

Que puis-je pour vous ?

DON FBLIXi

Il y a un cavalier qui m'attend à un rendez-vous, pour un duel, et bien que je ne le connaisse pas, je ne veux pas y manquer. It se nomme Lisardo ; le rendez- vous est derrière le ch&teau. Veuillez, je vous prie, Valler trouver et lui dire de ma part la situation ehibarraisante oh je me trouve, dont vous êtes bon témoin ; que je le prie

de m'eicuser, et que nous nous verrons plus tar4.— Puig-je compter

sur TOUS?

LISARDO.

Entièrement, et tous pouyez être sûr que TOtre commission est faite, comme si tous eussiez parlé a lui-même.

DON F^LIZ

Le ciel tous garde mille années I

LIDORO.

Eh bien I Tenez-vous?

DON FÉLIX

Je TOUS suis. {A part.) De cette façon, si mon honneur n*cst pas complètement satisfait, du moins il est hors de péril.

Lidoro et don Fëlix sortent.

LISARDO.

Qu'est-ce donc que tout ce qui m'arrive? Comment expliquer tous ces doutes, tous ces mystères?... Je déSe don César, il sort à mon appel, etÀurelio vient le chercher en l'appelant don Félix ! Je croyais que c'était pour moi qu'il venait, et c'était pour venger sa propre offense I Ensuite voilà le seigneur Lidoro qui m'apprend qu'il a chez lui dona Violante I... Comment donc si ce cavalier est don César, Aurelio ne le connatt-il point?... et s'il est don Félix, pourquoi le seigneur Lidoro dit-il qu'il va traiter avec lui du mariage de don Félix?... Le temps seul pourra m'éclaircir tous ces doutes... Allons joindre Aurelio ; car désormais je dois être à son côté jusqu'à ce que nous nous soyons vengés de ce caTalier, qu'il soit don César ou don Félix... Jusque là, ciel puissant, donne patience à mon courage!

Il sort.

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