‹ CalderonChapitre 44 sur 93 · VENGEANCE SECRÈTE · texte numérisé non relu

VENGEANCE SECRÈTE

U SEŒTO A6BAVI0 SECa^TA YMGAXïZi.)

NOIKE.

En tarminant ce drami, Galderon «naone* ^u'il eat historiqtM. On eo m* trouyerait sans doute le fopd dans queifu'uof de cet Aombrewaea ckffonifM» qui furent publiées en Portugal et en Espagne vers La fia du seiaèae aiàde; mais, malgré nos recherches, nous n'avons pu découvrir cette tradkiaa. Il nous est du moins facile, grâces à quelques détails du poètis, de fxer d'iM» manière certaine l'époque et la date de l'actioA. lias de«« possiièies jouiaéaa du drame se passent dans le courant du mois de joui I&7S, et la I gaiiièB » journée dans la nuit du 23 au 24 de ce mâme mois, velUe de reaaharywewl du roi don Sébastien pour Torique. — Ce que dil CaUeroftde VpmfnuB^ ment de la multitude à voir le départ de Tannée p«Bt«gaiae Ml maitnmh l'histoire.

n s'agit cette fois encore de la vengeance d'un mah outsatgé. A» 9ml UHf de cette pièce on songe involontaiiementi Othello, et l'on est tenté aupvenwr abevd de comparer ensemble les œuvres des deux poètes^ Bien qwe pour l'invenUos, le mouvement et la variété de l'intrigue, la comparaison ne dût pas Mre défavorable au poète méridional» nous protestoAt cependwat oeatse le nppm^ chôment de deux ouvrages qui psacèdeat d'idées to ut -à 4 ai t difénalea.

Othelîo, c'est l'amour «rdent et passionné, la jalensie csédiile avee ses tovrmens et ses fureurs. — 4. teereto a^ratne^ c'est VhoMMir, l'h espagnol ou portugais, susceptible, hautain, implacablai.

L'avantage que Shakspeare aurait sur son rival «eanstira ment, selon nous, dans le choix plus heureux de soa vajf^.

Ce n'est pas que le sentiment de l'hoanewr repose sur des priacipeB noÎBS élevés, moins nobles, moins purs, que ceux desquels dérive le sealûaeat de l'amour et de la jalousie. L'homme étant destinée vivsepam ses se mW a fch w, il est beau à lui de vouloir obtenir leur estime. Hais comuM l'opinion* qui distribue la louange ou le blâzQfi, se modifie iacesaaBHBM* selon las teiqps et les pays, le senJâment de l'honneur* qu'elle dirige et domine!, ae modifie inoeesamment aussi d'après elle. Ai^purd'hui il eat juste et dcoit à son exemple; le lendemain il s'^re et se conwnpt, parce qu'elle s'est-égarée ek^orxonpue ; et alors, pour lui complaire» tt s'em^rte à des aotes qui» afftvoiwéa dans une civilisation particulière» penvent être ayec laiaotu coadnnaéft dans une autre... Il suit de U que le poète qui s'e$( inspiré du mobile senAimeat de l'honneur, s'expose tftt ou tard èi n'être pas aussi uxûvcirseUement compris et goûté que celui qui a demandé ses inspirations aux sentimens natwrels de l'amour et de la jalousie.

Après avoir fait la part du aqiet, si uwintenan* ou voulait peser le génie V^ les deux grands poètes ont dépensé dans leur ouvrage» même à fious

en tenir aux principaux caractères de leurs drames, on verrait que le prota* goniste de la pièce de Galderon a été conçu arec autant d'art, de force et de logiq[ue qae le héros de l'admirable chef-d'œuyre de Shakspeare.

Deux mots seulement sur Othello. — Le fougueux Othello, aimé de Desdémone qu'il adore, Venlère de la maison paternelle pour l'épouser. — Abusé ' par les suggestions d'Iago, la Jalousie se réveille en son cosur et l'envahit peu à peu tout entier. — Puis, après son crime, quand il reconnaît qu'il a détroit «une perle d'innocence» , désespéré, il se tue lui-mènie, comme pour punir un infâme assassin.

Le héros de Galderon, le Portugais don Lope d'Almeyda, est, lui aussi, un brave et vaillant soldat comme Othello, mais calme, posé, réfléchi. Il a combattu dans les Indes où, sans doute, il a commis sa part des cruautés de la conquête ; mais, h ses yeux, il a décoré d'une nouvelle gloire le nom illustre que lui ont légué ses ancêtres. Selon lui, ainsi qu'il le proclame au début de la pièce, nul homme ici-bas ne peut se dire heureux, si ce n'est celui qui maintient son honneur sain et sauf. — Don Lope, ainsi annoncé, se marie; il épouse en Gastille, par procuration, une femme qu'il ne connaît pas, mais dont on lui a vanté la beauté et le mérite. — Bientôt il s'aperçoit qu'un cavalier castillan r6de sans cesse dans sa rue, devant sa maison. Puis, o^ant consulté sa femme sur ses projets guerriers, celle-ci lui a conseillé de suivre le roi, de partir. Puis, un soi/, en rentrant chez lui, il trouve un étranger, le même étranger dont l'assiduité l'importune, caché dans sa chambre. Au lieu d'éclater, il le congédie gravement et poliment ; il dissimule ses soupçons afin de ne pas compromettre son honneur. — À quelque temps de là, des avis lui arrivent, adroitement donnés par un ami dont il est sûr, et il a lieu de penser que le roi et le public sont instruits de sa disgrâce... Que fera-t-il? Il considère le monde, et il voit que ce monde inique flétrit les uns pour les fautes des autres, que l'inconduite de la femme déshonore le mari... Ahl sans doute il y a là un préjugé barbare ; mais lui, seul et faible, il ne peut pas réformer la société ; il ne peut, il ne doit que lui obéir. Donc il vengera d'une manière éclatante son honneur outragé. — Mais un accident survient qui l'oblige à renoncer à ce dessein. Don Lope a un ami qui est insulté de nouveau à propos d'une offense qu'il a jadis châtiée publiquement. Apprenant par cet exemple que la publicité donnée à la vengeance ne sert qu'à confirmer l'affront, il résout dès loTS une vengeance secrète et l'accomplit. — Et quand il a satisfait ainsi à son honneur, don Lope ne se tue pas, parce qu'il sait qu'il ne s'appartient pas : il part, il va combattre les ennemis de la religion, il va mourir pour Dieu et l'honneur.

Il n'y a pas, malheureusement, dans A secreto agravio un lago et une Desdémone; mais les autres personnages de ce drame sont bien peints et groupés avec habileté autour du personnage principal. — Don Juan, si énergique et si délicat, et si soigneux de la réputation de son hôte, est bien l'ami qu'il fallait donner à don Lope. Don Louis de Benavidès, qui déteste en don Lope le Portugais et le possesseur de sa maîtresse, est plein de vérité. Dona Léonor la Castillane, qui aime toujours l'amant qu'elle croit mort, et qui le retrouvant n'a pas le pouvoir de lui résister, mérite encore, malgré sa faute, un certain intérêt. — Remarquons en passant que, chaque fois qu'il a traité un sujet analogue, dans le Médecin de son honneur (ei Medico de m honra), et dans le Peintre de son déshonneur ( «I PwiCor de tu desfwnra), comme

dans A seereto agravio, Galderon a ea le bon esprit d*ët«blûr entrf. Tamant et réponse une liaison préexistante au mariage.

Quoi^e le ctractèTe du roi don Sé)>astien ne soit ici ^'accessoire, Galderon Ta esquisse aTW beancoup de fidélité. C'est bien là le prince administrateur infatigable, le capitaine aventureux qui s'était proposé Alexandre pour modèle. Rien de plv^ conséquent que Padniiration qu'il donne à la conduite de don Lope : il appartenait à un prince qui, né ayec des passions violentes, était demeuré chaste toute sa vie, d'applaudir à la vengeance d'un mari outragé.

On sera choqué probablement de la douleur que mofttre don Lope sur la perte de la femme qu'il vient d'assassiner. Mais d'abord, il nous semble à nous que cette douleur n'est pas complètement jouée. Ensuite le peuple auquel s'adressait notre poète devait aimer dans cette hypocrisie, tout sincère qu'il était, l'empire de la volonté sur le sentiment et une sorte d'hommage à l'honneur. Au reste, ce qu'il y a de curieux, c'est que dans la plupart de ses Autùi Galderon prêche le mépris de cet honneur auquel il a consacré ses drames profanes; et Lope de Vega, qui s'en était inspiré également, a écrit contre lui ces paroles éloquentes: « Honneur l honneur 1 maudit sois-tu. Détestable invention des homnles, tu renverses les lois de la naturel Malheur sur celui qui t'inventa ! » Mais quand les deux grands poètes se révoltaient ainsi contre l'honneur, ils cessaient d'Atre Espagnols, ils étaient seulement chrétiens.

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