‹ CalderonChapitre 81 sur 93 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Une forêt. — Des rochen.

UNB VOIX, du d9hors.

ciel I quelle chute affreuse !

UNE AUTRE YOIX.

Dieu me soit en aide !

Entrent FRiDÉRlC et ROBERTO.

AOBBRTO.

Vous êtes -VOUS blessé, seigneur?

FRÉDÉRIC

Plût à Dieu que je fusse resté sur la place ! mais telle est la rigueur de ma destinée, que pour mon malheur je suis condamné à vivre.

ROBERTO

Ne Yous en plaignez pas > seigneur , et que le ciel vous protège toujours contre vos ennemis !... car enfin tant qu'un homme est vivant il peut espérer qu'il vaincra tôt ou tard la fortune contraire.

FRÉDÉRIC

Non» Roberto, dans la triste situation où je me trouve il faut considérer la mort comme la fin de tons les maux. — Plût à Dieu, oui, plût à Dieu que dans ce tournoi fatal les armes de mes adversaires eussent terminé mes jours ! Gela n'eût-il pas mieui valu pour moi, cela n'eût-il pas été plus désirable que de percer de ma lance et de laisser pour mort sur Tarène don Pèdre Sforze? Je n'au-

rais pas été obligé de m'enfuir comme un malfaiteur au fond de ces forèis. Combien je regrette que mon cheval, en se renversant et en roulant du haut de ces rochers, ne m'ait pas écrasé sous sou poids! Pourquoi faut-il qu'un miracle m'ait sauvé?... Tu t'étonnes de mon langage; mais considère donc ma position. D'abord je perds Marguerite, la belle et charmante Marguerite , cette fleur du ciel, cette étoile de la terre 1 Puis nous voilà tous deux obligés de nous cacher au fond d'une forêt, et nos chevaux ont péri, et je suis couvert d'une armure qui peut d'un moment à l'autre me trahir I Et si nous allons du c6té de quelque habitation, et qu'on me voie et me reconnaisse, que n'ai-je pas à redouter! Comment échapper à la colère du roi, qui vengera sans doute sur un prince infortuné la mort de Sun neveu, et les longues querelles qu'il a eues avec mon père? Hélas ! c'est par suite de cette inimitié que je suis venu dans son royaume et que je me suis présenté à ces fêtes en taisant mon nom et mon rang. Que dis-je, ces fêtes ! je devrais plutôt dire cette funeste tragédie, à laquelle ont commencé met malheurs!

ROBERTO

Je considère tout cela , monseigneur , je vois votre position telle qu'elle est, sans m'abuser; et cependant, je le répète, mieux vaut cela cent fois que la mort. — Il y a un moyen de sortir d'affaire.

FRÉDIÉRIC.

Et comment ?

ROBERTO

Le voici. — Personne ne nous connaît , personne ne vous a vu à Naples. Eh bien ! cachez votre armure dans cette forêt, en la cou- •vrant de branches d'arbres et de feuilles ; et allez au village le plus rapproché, en disant que les brigands qui infestent ces bois vous ont enlevé tout ce que vous aviez , en vous dépouillant même de vos vêtemens. Vous obtenez par là que vous échappez infailiiblemeut à toutes les recherches , et que vous acquérez la sympathie de ces braves gens. — Moi, après vous avoir laissé en lieu sûr,— j'irai à la cour secrètement, je m'informerai de tout ce qui intéresse votre amour, et je recueillerai vos joyaux, afin que nous en tirions parti dans notre dénuement.

Ah ! combien je serais plus à plaindre si le sort ne m'eût pas laissé un ami si fidèle! il me devait ce dédommagement!... D'après ton conseil, je vais laisser cette armure dans la forêt. En me voyant à demi nu, ces durs rochers eux*mémes éprouyeront de la compassion , les habitans de ces contrées seront émus de pitié, et moi, en feignant de me plaindre de ma fausse misère» je pourrai gémir sur des malheurs trop réels ^.

' LittëraUmeat : Comme oelui qui a ime douleur qu'il vuut tenir sucrée, quand il •n Mnt les aUeintea, il feinl une autre douleur pour pouToir w» plaindre de la Tëtiiabli>

ROBBRTO.

Eh bien! puisque vous m'approuvez, retirez-vous de ce côté, où vous risquez moins d'être découvert. Ici Ton pourrait vous voir. Déjà le soleil de set premiers rayous commence à dorer le sommet des coteaux.

FRlÊDiRIC.

Toit mon ami, si tu vas à la cour et que tu y voies la princesse Marguerite, dis-lui que je suis un amant si vain, si léger, si misérable, si indigne, que je suis loin d'elle et que je vis l

Us sorttBl.

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