‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 110 sur 130 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

venait d'être exposé M. Falkland. Toutes les passions de sa vie semblaient faites pour le lui rendre plus insupportable. Il avait mis en usage à différentes fois toutes les ressources de sa prudence et de son énergie pour prévenir que la mésintelligence entre lui et M. Tyrrel entraînât de fâcheuses extrémités ; mais en vain : elle s'était terminée par une catastrophe mille fois plus horrible que tout ce qu'il aurait pu craindre, que tout ce qu'eut pu jamais imaginer la prévoyance même. Pour M. Falkland , le déshonneur était pire que la mort. La plus légère apparence d'insulte l'atteignait jusqu'au fond de l'âme. Que devait-ce donc être de cette scène affreuse où l'ignominie et les humiliations avaient été publiques? Si M. Tyrrel luimême eût pu se faire idée du supplice qu'il infligeait à son ennemi, peut-être, à quelque point qu'il fût provoqué, eût-il hésité dans sa vengeance. Le désordre des éléments furieux et en guerre les uns contre les autres donne à peine une image de la situation d'âme de M. Falkland; tout ce que pourrait inventer la cruauté la plus raffinée eût été méprisable en comparaison de ses tortures. 11 eût voulu être anéanti mille fois, être plongé dans un abîme éternel d'oubli et de nullité. L'horreur, l'exé-

cration, la vengeance, un désir inexprimable

de secouer le mal qui l'accablait, et une conviction désespérante de l'impuissance de ses efforts, tels étaient les sentiments qui déchiraient son âme.

Un autre événement termina l'histoire de cette mémorable soirée. M. Falkland perdit le seul moyen de réparation qui put encore lui rester. M. Tyrrel avait été tué à quelques pas du lieu de l'assemblée, et il fut trouvé mort dans la rue par des membres du cercle.

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