‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 109 sur 130 · CHAPITRE XI. 2U · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 2U

loi comme trop heureux encore qu'il te soit permis d'éviter l'aspect des hommes !... Vois quelle misérable figure tu fais en ce moment! Si les cris de ta propre conscience ne se joignaient pas aux reproches qu'on t'adresse, y aurait-il rien qui pût faire reculer un méchant aussi endurci que toi dans le crime , et serais-tu assez insensé pour croire que ton audace et ton obstination pourront jamais amortir les reproches de ta conscience? Va-t'en, va te faire peur à toi-même, et ne reparais jamais devant mes yeux. »

A ces mots, qui le croirait? M. Tyrrel obéit à la voix impérieuse qui tonnait contre lui. Ses yeux étaient effarés et pleins d'horreur ; un tremblement convulsif s'était emparé de tous ses membres et avait glacé sa langue. Il ne se sentait pas la force de braver ce torrent impétueux de reproches et d'invectives. Il hésitait ; il était honteux de sa défaite ; il aurait voulu résister, mais tous ses efforts étaient vains ; ses forces expiraient à chaque nouvelle tentative. La voix générale s'éleva bientôt pour aider à l'accabler. Plus sa confusion devenait sensible, plus le cri universel d'indignation augmentait, jusqu'à ce que, par degrés, il vint à croître comme le bruit d'une mer orageuse. A la fin,

Jiors d'état d'endurer plus longtemps le tourment de sa situation, M. Tyrrel se retira de lui-même.

Mais une heure et demie après on le vit reparaître : on n'avait pris aucune précaution contre un pareil incident, qui était la chose du monde à laquelle on s'attendit le moins. Dans l'intervalle il s'était enivré d'eau-de-vie. En un clin d'œil il fut sur M. Falkland, qui était debout dans un des coins de la salle, et d'un coup de son robuste bras ill'étendit à terre. Celui-ci ne fut pas cependant étourdi du coup, et se releva aussitôt. 11 est aisé de sentir combien il était inférieur dans une lutte de cette espèce. A peine fut-il relevé que M. Tyrrel lui porta un autre coup. M. Falkland était sur ses gardes, et ne tomba point; mais les assauts de son adversaire redoublèrent avec une rapidité inconcevable. M. Falkland fut encore terrassé une seconde fois. M. Tyrrel le foula aux pieds, et se baissa comme pour le saisir et le traîner sur le plancher; cette lutte fut l'affaire d'un moment, et se passa avant que les témoins de la scène fussent revenus de leur surprise. Enfin, on se mit entre deux, et M. Tyrrel sortit une seconde fois.

11 sciait difficile d'imaginer quelque événement plus terrible que le traitement auquel

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