CHAPITRE XII
contraster plus fortement, à ëerjaîn s égards, que M. Falkland avant ces événements et M. Falkland depuis. Jusqu'à ce moment la fortune lui avait toujours souri; son âme était confiante et exaltée, pleine de cette assurance, de cette présomption de soi-même et de ses facultés qu'une continuité de prospérités ne manque guère de produire. Les habitudes de sa vie étaient, il est vrai, celles d'une sorte de visionnaire dans le genre sublime, mais néanmoins elles le tenaient dans un état de paix et de contentement, au lieu que, depuis celte époque, sa fierté chevaleresque, son ardeur pour les hautes et brillantesaventuresontété totalement éteintes: (Vun objet d'envie il est devenu un objet de pitié. La vie, dont il avait cueilli jusqu'alors les fruits les plus exquis, n'a plus été pour lui qu'un poids insupportable; plus de ce contentement de soimême, plus de ces transports, de cette joie intérieure qu'alimentait sans cesse la plus active bienfaisance! Cet homme qui, plus que tout autre, avait mis toute son existence sous le charme des rêves les plus brillants de l'imagination, a semblé des lors n'avoir plus que des visions de douleur et de désespoir. Sa situation, sans doute, a du inspirer le plus tendre intérêt; car, si la pureté et la droiture des intentions
21fi GALE» WILLIAMS.
donnent des droits au bonheur, qui en avait plus à réclamer que M. Falkland?
m 11 s'était trop profondément imbu des idées absurdes et oiseuses de la chevalerie pour qu'une humiliation aussi déshonorante, d'après ses propres opinions, pût jamais sortir de son esprit. Il y a une sorte de caractère sacré attaché à la personne d'un véritable chevalier, qui rend immortel et indélébile le moindre acte de violence grossière commis sur lui. Etre frappé, foulé aux pieds, traîné sur le parquet ! Puissances du ciel! qui pourrait supporter une pareille image? quelle expiation pouvait jamais effacer cette horrible tache? Et, ce qu'il y avait de plus désespérant encore, l'assaillant ayant cessé de vivre, la seule espèce d'expiation que prescrivissent les lois de la chevalerie était devenue impossible. » Il est vraisemblable que, dans les périodes ' futures des progrès de la civilisation, il viendra un temps où il sera impossible de rien comprendre à celte étrange sorte de calamité qui vint à bout de flétrir et de dessécher umi des plus belles âmes qui aient existé. Si M. Falkland eût pu réfléchir avec calme sur son sort, cette cruelle blessure qui dévorait son âme, il aurait fini sans doute par la voir avec indifférence. Que le moderne duelliste contemple Thé-