CHAPITRE XII. 22S
» mon existence ne soient pour moi un poids » insupportable.
a On m'accuse d'avoir commis un meurtre n sur la personne de Barnabas Tyrrel. Qui? » moi? Ah ! j'aurais donné tout ce que je pos » sède au monde, je me serais dévoué à une - misère étemelle pour lui conserver la vie. » Elle était précieuse pour moi, cette vie, plus » que celle de tous les hommes ensemble. La » plus cruelle offense qu'ait commise l'in- » connu qui l'a tué, c'est, à mon opinion, de » m'avoir arraché des mains la plus juste des h vengeances. Je déclare que je l'aurais provo- » que en duel, et que la mort de l'un ou de l'antre » eut pu seule nous séparer : ce n'était encore a qu'une faible et misérable réparation d'un » outrage sans exemple, mais c'était la seule qui » me restât.
» Je ne demande pas de pitié, mais je dois » dire que jamais sort ne fut aussi horrible que » le mien. J'aurais volontiers cherché dans n une mort volontaire un asile contre le soub venir déchirant de cette affreuse soirée; ma » vie était dépouillée de cette considération qui » me la rendait si chère : mais celte consolation o même m'est refusée. Je suis condamné à traî- » ner à jamais le poids intolérable de mon e\i-
o*) GALEB WILLIAMS.
stence, sous peine de voir regarder mon impatience à le supporter, à quelque époque que ce puisse être, comme une confirmation de l'accusation de meurtre intentée contre moi. Messieurs, si, par votre jugement, vous pouviez m'oter la vie sans toucher en même temps à mon honneur, combien je bénirais le coup qui anéantirait pour jamais ma pénible existence !
» Vous savez tous avec quelle facilité j'aurais
pu fuir; si j'avais été coupable, n'aurais-je
pas embrassé cette ressource? Mais dans l'état
3 des choses je ne le pouvais pas. L'honneur a
> été l'idole de ma vie. Je n'aurais pu suppor-
) ter l'idée qu'il y eût, dans le coin le plus re-
) culé du monde, une seule créature humaine
qui pût me croire criminel. Hélas! à quelle
fatale divinité ai-jc été porter tous mes vœux?
Je me suis dévoué à une éternité de tourments
et de désespoir.
» Je n'ai plus qu'un mot à ajouter. Je réclame de vous, messieurs, cette juste mais imparfaite réparation que j'ai droit d'attendre Ma vie est peu de chose sans doute; mais mon honneur, les misérables restes d'honneur dont je ne suis pas encore dépouillé, dépendent de votre jugement. Vous ne pouvez faire que