‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 122 sur 130 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tion avec le monde et avec ses passions; et, quoique je les connusse un peu telles qu'elles sont dépeintes dans les livres, je sentais que cette connaissance m'était d'un bien faible secours quand je me trouvais en présence avec elles. Quel changement depuis que j'avais le sujet de ces passions placé continuellement sous mes yeux, et que les événements qui m'occupaient étaient arrivés hier, pour ainsi dire, dans le lieu même que j'habitais! Il y avait dans le récit que je venais d'entendre une marche suivie et progressive qui n'avait pas le moindre rapport avec tous les petits incidents de la vie dont j'avais été témoin jusqu'alors. Je m'étais senti successivement intéressé pour les différents personnages qui avaient paru sur la scène. J'éprouvais de la vénération pour M. Clare; j' applaudissais à la noble intrépidité de Mrs. Hammond. Je ne pouvais concevoir sans étonnement qu'il eût existé une créature humaine aussi horriblement perverse que M. Tyrrel. Je ne pus refuser un tribut de larmes à la mémoire de l'innocente miss Melville. Enfin, je trouvais' mille nouveaux motifs d'aimer et d'admirer mon maître.

Dans le premier moment, je ne fis que regarder chacun des événements de cette histoire

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du coté le plus simple et le plus apparent; mais cette histoire ne sortait pas un instant de ma pensée, et je mettais un degré d'intérêt particulier à la bien comprendre dans son ensemble et dans chacune de ses parties. Je la tournai et retournai mille fois dans ma tête en l'examinant sur toutes les faces imaginables. Dans la première communication qui m'en avait été donnée, elle m'avait paru suffisamment claire et satisfaisante; mais à mesure que je la méditais, j'y découvrais successivement de l'obscurité et du mystère. Le caractère d'Hawkins avait quelque chose de bien étrange. Si ferme, si inébranlable dans ses principes de justice et d'honnêteté, comme il s'était montré d'abord, et tout d'un coup devenir assassin ! Comme sa première conduite, pendant sa persécution, était

faite pour prévenir en sa faveur! Certes,

s'il était coupable, c'était une grande cruauté de sa part de laisser subir un jugement pour son crime à un homme aussi respectable que M. Falkland. Toutefois il m'était impossible de ne pas plaindre amèrement le sort de cet honnête paysan, traîné ainsi à Féchafaud par l'effet des machinations diaboliques de cet infernal Tyrrel. Et son fils! ce fils pour l'amour duquel il avait sacrifié tout ce qu'il avait au monde,

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