CHAPITRE II. :il
et balbutia quelques mots qui voulaient dire que lui seul avait un pardon à implorer, et que, quand même elle aurait la bonté de lui faire grâce, il ne se pardonnerait jamais à lui-même sa conduite sacrilège envers elle et envers cet Anglais céleste qu' il avait offensé. Quand les premiers élans de sa joie furent un peu calmés, AI. Falkland lui parla en ces termes :
a Comte Mal vesi, j'éprouve un plaisir extrême d'avoir pu ainsi, par des moyens pacifiques, désarmer votre ressentiment et assurer votre bonbeur; mais je dois vous avouer que vous m'avez mis à une rude épreuve. Mon humeur est tout aussi fière et tout aussi peu endurante que la vôtre ; je ne serais pas toujours aussi sûr de la contenir; mais j'ai considéré que j'avais le premier tort; vos soupçons étaient mal fondés, mais ils n'étaient pas déraisonnables. Nous nous sommes trop permis déjouer sur les bords du précipice. Connaissant la faiblesse du cœur humain et les formes actuelles de la société, je n'aurais pas dû rechercher avec autant d'assiduité celte personne enchanteresse. 11 n'y aurait eu rien d'étonnant qu'ayant tant d'occasions de la voir, et faisant le précepteur avec elle, comme je l'ai fait, je me fusse trouvé pris au piège avant de m'en apercevoir, cl qu'il se
fui glissé dans mon cœur des sentiments que je n'aurais pas été le maître de vaincre. Je vous devais donc une réparation pour l'imprudence de ma conduite.
Mais les lois de l'honneur sont rigoureuses, et il y avait à craindre qu'avec tout le désir que j'ai d'être votre ami, je ne me visse obligé d'être votre meurtrier. Heureusement que ma réputation eu fait de courage est assez bien établie pour que le refus que je fais de votre défi ne puisse m' exposer à rien de déshonorant. Je regarde comme un bonheur véritable que vous m'ayez trouvé seul dans notre entrevue d'hier. Cette circonstance m'a rendu absolument le maître de l'affaire. Si l'aventure venait à s'ébruiter, la manière dont tout s'est terminé entre nous serait connue en même temps que la provocation, et cela me suffit. Mais si le déii eût été public, toutes les preuves que j'ai pu donner jusqu'à présent de mon courage n'excuseraient pas ma modération actuelle; et, malgré tout mon désir de ne pas me battre, cela n'eût pas dépendu de moi. Que cela nous serve donc à tous les deux pour nous mettre en garde contre un premier mouvement, puisqu'il peut en résulter des conséquences qui forcent à verser du sang, et puisse le ciel vous rendre heureux