‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 23 sur 130 · CHAPITRE III. :i · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. :i

avait pris ses avantages, il ne le quittait plus sans lui avoir bien fait sentir, dans tous ses membres, la peine de sa présomption. On n'aurait pas enduré aussi patiemment la tyrannie de M. Tyrrel, si ses talents pour la parole ne fussent pas continuellement venus au secours de cette autorité que lui avaient originairement obtenue son rang et ses prouesses.

Notre squire était près du beau sexe dans une position encore plus digne d'envie que celle qu'il avait conquise parmi les hommes. Il n'y avait pas une mère qui n'enseignât à sa fille à "regarder la main de M. Tyrrel comme l'objet le plus élevé de son ambition. Il n'y avait pas une fille qui ne jetât un coup d'œil favorable sur ses formes athlétiques et sur la gloire de ses prouesses. Comme il n'y avait pas d'homme assez hardi pour lui contester la supériorité, il n'y avait pas non plus de femme dans ce cercle provincial qui se fit scrupule de préférer son hommage à celui de tout autre soupirant. Son esprit rodomont avait pour elles un charme tout particulier; et voir cet Hercule troquer à leurs pieds sa massue contre une quenouille, était le spectacle le plus séduisant pour leur vanité. Elles étaient enchantées de sentir qu'elles pouvaient en toute sécurité folâtrer avec les griffes

terribles de ce lion qui portaient répouvanle dans le cœur des plus vaillants.

Tel était le rival que la fortune eut le caprice d'opposer à un homme accompli comme Falkland. Cette sorte de brute, farouche mais non sans intelligence, eut le pouvoir d'empoisonner pour jamais F avenir de l'homme le plus fait pour goûter et répandre le bonheur. La haine qui s'éleva entre eux: fut nourrie par le concours de différentes circonstances jusqu'à ce qu'enfin elle devint extrême; et c'est parce qu'ils ont été l'un pour l'autre ennemis morlels que je me suis vu moi-même un objet de misère et d'aversion.

L'arrivée de M. Falkland porta un terrible coup à l'autorité de M. Tyrrcl dans le village. Le premier n'était nullement disposé à s'éloigner des lieux de rendez-vous de la bonne compagnie; mais lui et son rival étaient comme deux astres que l'ordre de la nature a destinés à ne jamais paraître à la fois sur l'horizon. Il est évident que la comparaison était toute à l'avantage de M. Falkland; mais quand il en eut été autrement, les sujets de son rustique voisin n'étaient que trop disposés à secouer son joug insupportable, lis s'étaient soumis à lui jusqu'à ce moment par crainte et non par amour; s'ils

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