‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 24 sur 130 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ne s'étaient pas encore révoltés, ce n'était que faute d'avoir pu trouver un chef. Les femmes mêmes regardèrent M. Falkland avec une complaisance particulière. La politesse de ses manières était parfaitement en harmonie avec la délicatesse de leur sexe. Ses saillies remportaient de heaucoup sur celles de M. Tyrrel par une portée plus grande et plus de variété; ajoutez à cela qu'elles étaient toujours réglées et adoucies par la sagacité d'un esprit cultivé. Les agréments de sa personne étaient relevés par les grâces et l'élégance de toutes ses manières; la bonté et la noblesse de son caractère se manifestaient dans toutes les occasions. C'était, il est vrai, une qualité commune à M. Tyrrel et à M. Falkland d'être fort peu accessibles à la timidité et à l'embarras; mais cette qualité, M. Tyrrel la devait à une effronterie contente d'elle-même et à un verbiage tranchant dont il avait coutume d'accabler ses adversaires, tandis que M. Falkland , avec un esprit noble et franc, savait à merveille, par sa grande connaissance du monde et une juste appréciation de ses propres ressources, juger en un instant ce qu'il devait faire pour en tirer parti.

M. Tyrrel voyait avec dépit et inquiétude les progrès de son rivai. 11 en raisonnait souvent

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avec ses confidents particuliers comme d'une chose impossible à concevoir et à expliquer. 11 dépeignait AI. Falkland comme un être au-dessous même du mépris. "Selon lui, Falkland, avec sa taille de nain , aurait voulu changer toutes les proportions de l'espèce humaine, et persuader aux gens que l'homme avait été créé pour passer sa vie cloué sur un fauteuil, à pâlir sur des livres. A l'entendre, ajoutait-il, on ferait fort bien de laisser là tous ces exercices, qui procurent tant de distraction pour le moment, et qui donnent pour l'avenir une santé si robuste, afin de se livrer au noble travail de se creuser la tête pour trouver une rime et scander un vers sur ses doigts. Autant vaudrait un peuple de singes que des hommes de celte espèce. Pour mettre en fuite une pareille nation, il ne faudrait qu'un régiment de nos vieux Anglais nourris de bœuf et de pudding. Il terminait ces diatribes en déclarant n'avoir jamais vu le savoir servir à autre chose qu'à rendre les gens pleins de fatuité et d'impertinence. Un homme sensé ne pourrait rien désirer de pire aux ennemis de son pays que de les voir tous se livrer à ces dangereuses absurdités. Était-il possible qu'on pût sérieusement prendre du goût pour une espèce aussi ridicule

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