‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 29 sur 130 · CHAPITRE I t · texte numérisé non relu

CHAPITRE I t

soulagea en exhalant sa bile. Les personnes qui pouvaient, à certain point, contenir ses violences sciaient retirées : soit timidité, soit faiblesse, les orateurs, l'un après l'autre, retombaient dans le silence. Tyrrel semblait, en apparence, avoir repris son ancien ascendant, mais il sentait bien le peu de solidité de ce triomphe passager, et la rage était au fond de son cœur.

En s'en retournant de l'assemblée il fut accompagné par un jeune homme qui, par une conformité de manières et d'inclinations, était devenu un de ses principaux confidents. On aurait pu croire que l'humeur de M. Tyrrel s'était suffisamment évaporée dans la conversation qu'il venait d'avoir en quittant la société; mais il lui était impossible de distraire ses idées du tourment qu'il endurait. « Damné soit ce Falkland ! dit-il : quel misérable drôle pour faire ici tant de fracas î Mais les sots sont toujours des sots, et les femmes des sottes ; il n'y a pas moyen d'empêcher cela! Les plus à blâmer ce sont ceux qui les soutiennent, et M. Glare plus que tout autre. C'est un homme qui devrait un peu connaître le monde, et ne pas se laisser éblouir par du clinquant et des sottises. Il paraissait avoir du jugement : je ne l'aurais pas

;»s GALEB WILLIAMS.

soupçonné d'avoir ainsi mis en train tout ce charivari contre la raison et la bienséance. Mais font le monde est fait de même; ceux qu'on croit valoir mieux sont seulement les plus adroits. S'ils prennent une autre route, c'est toujours pour aller au même but. Celui-ci m'a trompé pendant quelque temps, mais c'est bien fini. Tout le mal vient de là. Les sots se trompent; mais ils ne persisteraient pas dans leurs sottises, s'ils n'y étaient encouragés par ceux qui seraient faits pour les éclairer. »

Peu de jours après cette aventure, M. Tyrrel fut fort surpris de recevoir une visite de M. Faikland. Sans autre compliment, M. Falkland débuta par exposer le sujet de sa visite.

u Monsieur Tyrrel, dit-il, je suis venu pour avoir avec vous une explication amicale.

— Une explication! Vous ai-je offensé?

— Pas le moins du monde, monsieur, et c'est pour cela que je crois que c'est le moment de nous bien entendre.

— Que diable venez-vous me dire là, monsieur? Ktes-vous bien sûr que votre explication ne soit pas plus propre à brouiller les choses qu'à les éclaircir?

— Je crois en être sur, monsieur; je me fie beaucoup sur la pureté de mes intentions, et

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