CHAPITRE V
à sa mémoire ; mais que, quand même il aurait oublié les injustices passées de M. Clare , on n'avait rien négligé pour entretenir jusqu'au bout son ressentiment: Falkland n'avait pas un instant quitté le clievet de son lit, comme si personne autre n'eut été digne de recevoir ses confidences et ses dernières pensées. Mais ce qui était pis encore, c'était cette exécution testamentaire, b En tout, dit-il, absolument, ce pédant misérable veut me supplanter, lui qui n'a rien de ce qui constitue un homme! toujours ainsi l'emporter sur ceux qui valent mieux que lui! Est-ce que tout le monde est devenu fou? ou n'y a-t-il plus de mesure pour apprécier le mérite? Et ce M. Clare qui va aussi se laisser prendre à ses grimaces! qui préfère le frivole et le clinquant au solide ! et à son lit de mort encore!... »
M. Tyrrel, avec sa brutalité sauvage et le peu de culture de son esprit, avait, comme cela est fort ordinaire , certaines idées religieuses assez grossières. Il disait encore :
« A coup sûr il en aurait eu quelque honte s'il eût mieux connu son état. Ah! son âme a un compte à rendre; il a cruellement aidé à troubler mon repos; et, quelles qu'en puissent
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être les conséquences, c'est à lui que nous en aurons l'obligation. »
La mort de AI. Clare enleva la personne qui pouvait modérer le plus efficacement l'animosilc des deux rivaux, et détruisit le frein qui prévenait les derniers excès de M. Tyrrel. 1/ ascendant moral de cet illustre voisin avait loutours tenu le tyran rustique sous un joug involontaire ; et. malgré la férocité habituelle de son caractère, il n'avait pas paru, avant ces derniers instants, porter de la haine à M. Clare. Dans le peu de temps qui s'était écoulé depuis l'époque où ce grand homme avait fixé sa résidence dans le canton, jusqu'au retour de AI. Falkland du continent , la conduite de AI. Tyrrel semblait même avoir gagné quelque chose en mieux. Car, tel était l'avantage des manières séduisantes de Clare, qu'il se conciliait ceux mêmes qu'il corrigeait, et que ceux dont les actions étaient les plus contraintes par la crainte de lui déplaire n'en éprouvaient pas de sentiment pénible contre lui. Ce n'est pas que AI. Tyrrel n'eût préféré de ne pas voir un homme aussi distingué prendre son rang dans un cercle où depuis longtemps il régnait en maître absoiu. Alais avec une personne telle que A). Chue, il ne pouvait y avoir lieu à ri-