CHAPITRE VII
rompre le tête-à-tête avant qu'ils eussent le lenips de s'expliquer davantage, el il fut trèsattentif par la suite à empêcher qu'ils pussent mieux se connaître ni s'entendre. En conséquence, Grimes attribua la résistance que lui avait fait voir miss Melville à la réserve naturelle de son sexe et à la pudeur ombrageuse d'une novice. A la vérité, quand il en aurait été autrement, il est douteux que cette découverte eut fait beaucoup d'impression sur lui; il était accoutumé à regarder les femmes comme faites seulement pour l'amusement des hommes, et il s'élevait sans cesse contre la sottise de ceux qui les croient en état de juger par elles-mêmes de ce qui leur convient.
A mesure que miss Melville vit davantage son nouvel adorateur, son antipathie ne fit qu'augmenter. Mais, quoique son caractère fût décidé et exempt de la faiblesse que donne une éducation plus soignée que la sienne , cependant elle avait été peu accoutumée à essuyer de vives contradictions, et la sévérité toujours croissante de son cousin ne laissait pas de lui causer de l'effroi. Quelquefois elle songeait à s'enfuir d'une maison qui était devenue pour elle une prison; mais, quand elle examinait déplus près un pareil projet, !ps habitudes de sa jeunesse ï. s
Ili CALER WILLIAMS.
et son ignorance du monde la faisaient bientôt reculer. Mrs. Jakeman ne pouvait, il est vrai, soutenir L'idée de voir sa chère Emilie unie avec Grimes; mais par prudence elle s'opposait de tout son pouvoir à ce que sa jeune amie en vint à prendre un parti extrême. Elle ne pouvait pas s'imaginer que M. Tyrrel voulût persister dans un dessein aussi étrange , et elle exhortait miss Melville à mettre de côté pour quelques instants la franchise et l'indépendance de son caractère et à désarmer l'obstination de M. Tyrrel par les moyens les plus propres à le toucher. Elle avait une grande confiance dans l'éloquence vive et ingénue de son innocente pupille ; Mrs. Jakeman ne savait pas ce qui se passait au fond de l'âme du tyran.
Miss Melville se rendit au conseil de son amie. Un matin, aussitôt après le déjeuner, elle alla au clavecin, et se mit à jouer, l'un après l'autre, plusieurs airs favoris de M. Tyrrel. Mrs. Jakeman s'était retirée ; les domestiques étaient allés chacun à leur besogne. M. Tyrrel voulait aussi sortir; son âme était mal disposée à l'harmonie, et il ne prenait pas cette fois grand plaisir à la musique. Mais Emilie semblait avoir dans les doigts plus de légèreté et de talent qu'à l'ordinaire. L'idée de la cause