‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 6 sur 130 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

crime constitution athlétique, j'étais pourtant cloue'* d'une vigueur et d'une agilité peu communes, «l'avais les membres souples , et j'étais fait pour exceller dans tous les exercices de la jeunesse ; mais les habitudes de mon esprit ne me portaient guère à placer ma vanité dans ce genre de supériorité. La gaieté bruyante des jeunes galants du village ne m'inspirait que de l'aversion, et je préférai me faire remarquer à mon avantage en me montrant très-rarement à leurs amusements. Néanmoins mes méditations solitaires ne laissaient pas que de se ressentir de mes exercices. Je me plaisais à la lecture des tours d'adresse : rien ne m'intéressait autant que ces histoires dont les héros trouvaient dans leur force ou leur dextérité des moyens de surmonter tous les obstacles. Je m'appliquai surtout aux inventions mécaniques, et j'y donnai une grande partie de mon temps.

Le mobile qui peut-être plus que tout autre caractérisa ma vie entière fut la curiosité. C'est ce mobile qui fit de moi un esprit inventif et une sorte de sav ant par nature : j'étais désireux de remonter à la source de tout effet ou à la cause de tout résultat, et de me rendre compte de toutes les solutions imaginées pour les phénomènes de l'univers. De là encore mon amour

invincible des livres romanesques. L'explication d'une aventure nie faisait éprouver une anxiété presque égale à celle de l'homme dont le malheur ou le bonheur futur dépendait du dénouement. Je lisais, je dévorais ces sortes de récits. Ils prenaient possession de mon âme : leur influence se faisait ressentir souvent dans l'expression de mes traits et dans ma santé. Ma curiosité cependant n'était pas tout à fait ignoble : les anecdotes et la médisance du village n'avaient aucun altrait«pour moi. Mon imagination avait besoin d'être excitée, sinon ma curiosité s'éteignait bientôt.

La demeure de mes parents était située dans la seigneurie de Ferdinando Falkland, squire de province * extrêmement riche. L'intendant de ce gentilhomme, M. Collins, qui avait occasion de venir de temps en temps chez mon père, me distingua de fort bonne heure ; charmé des progrès qu'il me voyait faire, il parla à son maître de mon esprit et de mes dispositions naturelles dans les termes les plus favorables. Dans l'été de l'année.... M. Falkland, après une absence de plusieurs mois, vint visiter la terre qu'il possédait dans notre province. Ce

i Le squire est, en Angleterre , le propriétaire principal d'un domaine : co mol correspond à celui de lairâ en Kcosse,

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