‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 7 sur 130 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fut là pour moi une (laie funeste; j'avais alors dix-huit ans, mon père venait de mourir ; j'avais perdu ma mère quelques années avant. C'est dans cet état de délaissement que je reçus, à mon grand étonnement, un message de la part du squire pour me rendre au château le lendemain de la mort de mon père.

J'avais étudié dans les livres, mais il me manquait la connaissance pratique des hommes ; jamais je n'avais eu occasion de me présenter devant une personne d'un rang aussi élevé, el je ne pus me défendre, en cette circonstance, d'un peu d'embarras mêlé de crainte. Je trouvai dans M. Faîkland un homme d'une petite taille, avec les formes les plus délicates. Au lieu de ces visages rudes et sans flexibilité que j'avais l'habitude de voir, c'était une physionomie où il n'y avait pas un muscle et pas un trait qui ne fussent comme l'expression d'une pensée significative. Ses manières étaient douces, affables, pleines de bonté : ses yeux étaient vifs; mais il régnait dans son maintien une sorte de réserve et de dignité, je ne sais quoi de solennel que mon peu d'expérience me fit regarder comme une prérogative attachée à sa haute naissance, un moyen donné aux grands pour maintenir la distance qui les sépare de leurs inférieurs. Ses

regards, qui souvent erraient douloureusement et avec inquiétude de tous côté», décelaient l'agitation et la mélancolie de son à me.

Il m'était impossible de désirer une réception plus gracieuse et plus propre à m'cncourager que celle que je reçus. M. Falkland me fit quelques questions sur mes études et sur les idées que je m'étais formées des hommes et des choses; il écouta mes réponses avec condescendance et approbation. Son affabilité m'enhardit, je me sentis beaucoup plus sur de moi, quoique je fusse encore gêné par la dignité qu'il conservait toujours dans son maintien, quelques grâces qu'il y mît d'ailleurs. Quand la curiosité de M. Falkland fut satisfaite, il m'apprit qu'il avait besoin d'un secrétaire; que je lui paraissais avoir toutes les qualités propres pour cette place, et que, si dans le changement d'état où je me trouvais par la mort de mon père, un pareil emploi pouvait me convenir, il me prendrait volontiers dans sa maison.

Cette proposition me flatta beaucoup, et ma reconnaissance éclata dans les expressions de ma réponse. Aidé de M. Collins, je disposai bien vite du peu de bien qu'avait laissé mon père. 11 ne me restait plus dans le monde un seul parent donl je pusse réclamer la tendresse

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