CHAPITRE VIII \2A
tème dans sa conduite; il fit garder étroitement miss Melville dans son appartement, et lui fit ôter tout moyen de communication au dehors de la maison. Il la mit sous la surveillance d'une servante sur la discrétion de laquelle il comptait, et qui, ayant été autrefois honorée des faveurs secrètes du maître, voyait les égards dont Emilie jouissait à Tyrrel-Place comme une usurpation sur des droits qui lui semblaient beaucoup mieux établis. M. Tyrrel lui-même fit tout ce qui était en son pouvoir pour jeter des nuages sur la réputation de son innocente cousine, et il représenta à tous les gens de sa maison les précautions qu'il prenait à son égard comme absolument nécessaires pour l'empêcher de cocirir dans les bras de M. Falkland et pour prévenir sa ruine totale.
Dès que miss Melville fut restée ainsi en réclusion pendant vingt-quatre heures, et qu'il y eut quelque raison de supposer que cette étroite solitude avait pu abattre sa résolution, M. Tyrrel jugea à propos de l'aller trouver, de lui expliquer les motifs du traitement qu'elle éprouvait et de lui indiquer les seuls moyens qu'elle eût pour espérer quelque changement dans son sort. Emilie ne le vit pas plutôt, que, se tournant vers lui avec un air plus ferme et plus
déterminé qu'elle ne l'avait jamais eu, elle lui parla ainsi :
« Ah! c'est vous, monsieur! j'avais besoin de vous voir. Il parait que je suis ici enfermée par vos ordres; qu'est-ce que cela veut dire? Quel droit avez-vous de me faire votre prisonnière? Vous dois-je quelque chose? Votre mère m'a laissé cent livres ; m' avez-vous jamais offert de rien ajouter à ma fortune? Mais quand vous l'auriez fait, je n'en ai pas besoin. Je ne prétends pas à un meilleur sort que celui des enfants nés de parents pauvres. Je peux bien vivre comme ils font; j'aime mieux la liberté que les richesses; je vois bien que la manière déterminée avec laquelle je vous parle vous étonne; mais croyez-vous que je me laisserai ainsi fouler aux pieds? Je vous aurais déjà laissé là si Mrs. Jakeman ne m'en eût pas détournée, et c'est ce que vous auriez mérité, si je n'avais pas mieux pensé de vous que je ne le devais, à ce que je vois, par votre conduite envers moi. Mais à présent, monsieur, j'entends quitter à l'instant votre maison, et j'insiste pour que vous ne cherchiez pas à m'en empêcher. »
En disant cela, elle se leva et s'avança vers la porte, tandis que iM. Tyrrel était comme pétrifié de son courage. Cependant, la voyant sur