‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 64 sur 130 · CHAPITRE VIÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÎI

le point d'échapper de ses mains, il revint à lui-même et la repoussa.

« Qu'est-ce que tout ceci veut donc dire? Ah! ah! petite effrontée, avez-vous cru m'en imposer à force d'impudence? Asseyez-vous là ; tenez-vous tranquille. Ah! vous voulez savoir, n'est-ce pas, de quel droit vous êtes ici? Eh hien ! c'est du droit de possession ; celte maison est à moi, et vous êtes en mon pouvoir; il n'y a pas ici de Mrs. Jakeman pour vous encourager dans vos sottises ; il n'y a pas non plus de Falkîand pour vous servir de champion. Dieu me damne, j'ai déjoué toutes vos ruses, j'ai contre-miné tous vos projets. Croyezvous que je me laisserai ainsi contrecarrer pour rien au monde? Quand est-ce que vous avez vu personne résister à mes volontés, sans avoir à s'en repentir? Et je me laisserais insulter en face par une petite misérable! Oh! que non: je n'en suis pas encore là... Ah! je n'ai rien fait pour votre fortune, dites-vous? Et qui estce qui vous a donc élevée? Qui est-ce qui a pris soin de vous? Et le vêtement, le logement, qui vous les a fournis? Eh bien! je vous en donnerai le mémoire. Est-ce que vous ne savez pas qu'un créancier a le droit d'arrêter son débiteur

I2f, CALER WILLIAMS.

qui s'enfuit? Ah! vous en direz tout ce qu'il vous plaira, mais vous resterez ici jusqu'à ce que vous épousiez Grimes. Le ciel et l'enfer conjurés n'empêcheront pas que je ne vienne à bout de faire plier votre obstination.

— Homme impitoyable ! homme injuste !

ainsi, c'est assez pour vous que je n'aie ici personne pour me défendre; mais je ne suis pas autant à votre merci que vous l'imaginez. Vous pouvez emprisonner mon corps, mais mon àme brave toutes vos violences. Épouser M. Grimes! est-ce là le moyen que vous prenez pour m'y déterminer? Chaque dureté, chaque injustice que je souffre ne fait que reculer encore le but de toutes vos indignités. Vous n'êtes pas accoutumé, dites-vous, à ce qu'on résiste à vos volontés! Quand y ai-je jamais résisté? Et dans une affaire qui ne regarde absolument que moi, ma volonté sera comptée pour rien! N'éprouvez-vous pas quelque honte d'établir un tel principe pour vous, et de ne pas souffrir qu'aucune autre créature puisse le réclamer pour soi ? Je n'ai pas besoin de vous ; comment osezvous me disputer le privilège de tout être raisonnable, de vivre paisiblement dans la pauvreté et dans l'innocence? Vous, qui prétendez

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