‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 74 sur 130 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

compagner. Pendant le chemin, elle réprit toute sa tranquillité et sentit naître en elle le besoin de confier ce qui lui était arrivé à l'homme auquel elle avait de si grandes obligations, et qui était l'objet de toutes ses pensées. M. Falkland V écouta avec autant d'intérêt que de surprise. Quoiqu'il eut vu déjà bien des exemples de la basse jalousie de M. Tyrrel et de son caractère despotique et inexorable, ce trait surpassait tous les autres, et à peine pouvait- il en croire ses oreilles. Tout ce qu'on avait imaginé des passions des démons lui paraissait réalisé dans l'âme de son odieux voisin. Miss Melville fut obligée, dans le cours de son récit, de parler de l'imputation qu'on lui avait faite de nourrir dans son cœur de l'amour pour M. Falkland, et elle en parla avec une naïveté et une confusion charmantes. Quoique cette partie de son récit fût pour son libérateur le sujet d'une peine réelle, cependant on ne peut pas croire que la partialité flatteuse qu'avait montrée pour lui cette malheureuse enfant ne contribuât pas à augmenter l'intérêt qu'il prenait à elle, et l'indignation que lui inspirait son infernal parent. Ils arrivèrent sans accident à la maison de la bonne dame qu'Emilie avait choisie pour se mettre sous sa protection. M. Falkland ne lit i. 10

aucune difficulté de la laisser dans ce lieu de sûreté. Des complots du genre de celui auquel cette pauvre fille venait d'échapper ne peuvent avoir de succès contre la personne qui en est l'objet qu'autant qu'elle est hors de la portée de tout secours, et une fois connus ils ne sont plus à craindre. Sans doute un pareil raisonnement paraîtra en général assez bien fondé, et M. Falkiand le trouva parfaitement applicable à la circonstance; mais il se trompait.

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