CHAPITRE IX. loi
ses gens d'affaires, et encore plus le caractère arbitraire et despotique de M. Tyrrel lui-même, ne tinssent trop à distance pour qu'il osât en venir ainsi à le défier ouvertement.
« Excellent ! sur mon ûme ! Dieu me damne à tout jamais, répéta M. Tyrrel, vous êtes vraiment un drôle d'une espèce rare. Ah ! vous avez un bail, dites-vous? Nous serions bien tombés si un bail pouvait servir à protéger des drôles comme vous contre le seigneur du domaine. Mais vous voulez voir qui sera le plus habile de nous deux, n'est-ce pas? Oh! très-bien, l'ami, très-bien, pardieu, j'y consens de tout mon cœur ! Dieu me damne , je veux vous faire voir, avant de nous quitter, quelque joli tour de ma façon ! Mais sortez bien vite de devant moi , impudcnl ! Je ne vous en dis pas davantage. Ne venez plus mettre votre ombre sur ma porte. »
Pour parler ici le langage du monde, Hawkins était coupable d'une double imprudence dans cette affaire. Il parlait à son seigneur sur un ton absolu et tranchant, que la constitution et les usages de ce pays ne permettent pas à un inférieur de prendre; mais par-dessus tout, après s'être laissé emporter par un mouvement de vivacité , il aurait dû en prévoir les conséquences. C'était une folie à lui de prétendre
lutter avec un homme du rang et de la fortune de M, Tyrrel. C'était le faon en guerre contre le lion. Rien n1 était plus facile que de prévoir qu'il ne lui servirait de rien d'avoir le bon droit de son côté , quand son adversaire avait du sien la richesse et le crédit pour légitimer tous les excès qu'il jugerait à propos de commettre. Celte façon de voir fut parfaitement justifiée par l'événement ; la richesse et le despotisme savent bien les moyens de s'étayer dans leur oppression de l'appui de ces mêmes lois, que peut-être dans l'origine d'aveugles législateurs crurent instituer pour la sauvegarde du pauvre.
Dès ce moment M. Tyrrel jura la ruine d'Hawkins, et il ne négligea aucun moyen de vexer ou d'outrager le malheureux objet de sa persécution. Il lui ôta son emploi de bailli ou adjoint de son intendant, et enjoignit à Barnes, ainsi qu'à tous ses autres gens d'affaires, de lui rendre les plus mauvais offices possibles dans toutes les circonstances. M. Tyrrel avait, parles titres de sa seigneurie, l'inféodation des grandes dîmes , ce qui lui fournissait de fréquentes occasions de susciter des tracasseries. Une partie des terres de la ferme de Hawkins , quoique ensemencée en blé, était plus basse que les terres voisines, et par là exposée de