CHAPITRE IX
indigne adversaire jusqu'à le mettre nu comme la main, n
D'ailleurs, l'affaire du procès n'occupait pas tellement M. Tyrrel, qu'il laissât échapper encore les autres moyens de tourmenter son pauvre tenancier. Parmi les divers expédients dont il s'avisa, il y en eut un qui, à la vérité, tendait plutôt à vexer ce malheureux qu'à lui causer une perte irréparable, mais qui ne fut pas négligé pour cela. Ce fut la situation particulière du logement de Hawkins , de ses granges et bâtiments de ferme qui suggéra cette idée. Ces bâtiments étaient placés à l'extrémité d'une pièce de terre qui les joignait avec le reste du domaine, et ils étaient environnés de tous cotés par des champs que tenait à bail un des fermiers de M. Tyrrel, et le plus dévoué à ses volontés. La route qui conduisait à la ville de marché longeait le plus considérable de ces champs, directement en face de la maison de Hawkins. Il n'était jusque-là résulté aucun inconvénient de cette position , parce que , de temps immémorial , il y avait un large sentier qui conduisait en droite ligne de la maison de Hawkins au grand chemin. Par suite d'un accord entre M. Tyrrel et son complaisant tenancier, on ferma ce sentier ou chemin de traverse,
de manière que le pauvre Hawkins se trouva comme prisonnier dans sa propre habitation , et se vit obligé de faire un détour de près d'un mille pour se rendre à la ville.
Le fds Hawkins, ce jeune homme qui avait été le sujet originaire de la querelle, avait beaucoup de l'énergie de son père, et il se sentait indigné au delà de toute mesure des différents actes de despotisme qu'il voyait successivement se commettre sous ses yeux. Le ressentiment qu'il en éprouvait était d'autant plus vif, qu'il savait que toutes les traverses essuyées par son père n'avaient d'autre cause que la tendresse que celui-ci lui portait, et qu'en même temps il aurait eu l'air de repousser cette même tendresse en s' offrant de faire cesser la véritable cause du procès. Dans la conjoncture présente, sans prendre conseil que de sa fougue et de son ressentiment, il sort au milieu de la nuit, renverse toutes les barrières qu'on avait placées à l'entrée de l'ancien sentier, brise les cadenas qui y avaient été posés et force les portes. Il ne fit pas cette opération sans être aperçu, et dès le lendemain il y eut un mandat décerné pour l'arrêter. En conséquence il fut conduit devant un comité déjuges de paix, qui l'envoyèrent a la prison du comté pour être jugé aux assises