CHAPITRE IX
Dieu me damne si vous gagnez rien sur moi. Je ne me pardonne pas de vous avoir seulement écouté une minute. Je ne souffrirai pas que personne prétende arrêter le cours de mon ressentiment ; si j'avais à faire grâce à Hawkins, ce serait d'après ma propre volonté, et non à la prière de personne. Mais, monsieur, je ne la lui ferai jamais. S'il était là, à mes pieds, avec toute sa famille, je les ferais tous pendre si j'en avais le pouvoir comme la volonté.
— Si c'est là votre dernière résolution, M. Tyrrel, je rougis pour vous. Grand Dieu! il ne faudrait que vous entendre parler pour prendre en dégoût toutes les institutions et les lois de la société, et pour fuir à l'aspect de toute créature humaine. Mais non, la société vous désavoue et vous repousse de son sein ; les hommes ne vous voient qu'avec horreur. Il n'y a ni rang ni fortune qui puisse vous dérober à l'indignation publique ; vous vivrez dans l'isolement et l'abandon au milieu de vos semblables, vous aurez beau chercher le commerce des hommes , pas un ne daignera s'abaisser jusqu'à vous saluer. Chacun fuira vos regards comme l'œil du basilic. Où vous flattez-vous donc de trouver des cœurs de pierre capables de sympathiser avec le vôtre ? Allez , le malheur s'attache à vos
l'i CALE H WILLIAMS.
pas, et un malheur sans espoir, sans pitié. » En disant ces mots, M. Falkland pique des deux, quitte brusquement la place et disparait bientôt. Ses maximes sur le point d'honneur n'avaient pu tenir contre l'excès de son indignation, et il n'avait vu dans son voisin qu'un misérable avec lequel on ne pouvait se mesurer sans s'avilir. Pour celui-ci, il demeura sans mouvement et comme pétrifié. L'apostrophe enthousiaste de M. Falkland aurait anéanti l'adversaire le plus déterminé. En dépit de luimême, M. Tyrrel était accablé de ses remords, et hors d'état de repousser les traits dont on l'accablait. L'affreux tableau que lui avait présenté M. Falkland avait quelque chose de prophétique. Il y lisait tout ce qui formait l'objet principal de ses craintes, et ce qu'en secret il croyait déjà commencer à éprouver. Ce tableau était déjà tracé dans sa conscience; c'était le spectre qui le poursuivait à toute heure, qui était l'objet de ses terreurs continuelles, et qui venait de prendre en quelque sorte un corps et une voix.
Il se remit pourtant peu à peu. Plus sa confusion passagère avait été forte, plus son ressentiment revint avec fureur. Jamais haine aussi profonde ei aussi envenimée n'entra dans