‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 87 sur 130 · CHAPITRE IX. lli · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. lli

indispensable? Mous qui sommes les riches, M. Tyrrel, c'est à nous de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour adoucir le sort de la classe pauvre et malheureuse. Nous ne devons pas user sans pitié et sans mesure de l'avantage que le hasard nous a donné. Les pauvres misérables ! au point où est la machine, ils sont pressés au-delà de ce qu'ils peuvent réellement supporter; et si nous avons la barbarie de vouloir serrer encore un tour de plus, ils seront moulus en poussière. »

Ce tableau ne fut pas absolument sans effet sur le cœur endurci de M. Tyrrel.

« Fort bien, monsieur, je ne suis pas un tyran ; je sais fort bien que c'est une vilaine chose que la tyrannie. Mais voulez-vous inférer de ceci que ces gens-là seront les maîtres de faire tout ce qui leur plaira, et qu'on ne pourra pas les traiter comme ils le méritent?

— M. Tyrrel, je vois que votre animositc commence un peu à fléchir. Permettez que j'invoque en vous ce sentiment de bienveillance auquel votre âme vient de s'ouvrir; allons ensemble chez Hawkins. Ne parlons pas de ce qu'il mérite, le malheureux! il a souffert tout ce que la nature humaine peut souffrir. Allons, qu'un généreux pardon de votre part soit un

gage de bon voisinage et d'amitié entre vous et moi.

— Non, monsieur, je ne me rends pas. Je conviens qu'il y a du spécieux dans ce que vous dites. Je n'ignore pas que vous savez toujours arranger une histoire à votre fantaisie, et lui donner de belles apparences ; mais je ne me laisse pas ainsi mener. Quand j'ai mis une fois un projet dans ma tète, je ne m'en dépars jamais ; c'est là mon caractère, et je n'en changerai pas. J'ai relevé Hawkins quand il était abandonné de tout le monde; je lui ai donné un état, et, pour ma peine, le misérable a fait tout ce qu'il a pu pour m' offenser. Que je sois maudit si jamais je lui pardonne : il serait vraiment bien plaisant que j'allasse faire grâce à l'insolence d'une de mes créatures, et cela à la sollicitation d'un homme comme vous, qui a toujours été mon fléau.

— Pour l'amour de Dieu, M. Tyrrcl, que votre ressentiment ne vous rende pas déraisonnable. Supposons que la conduite de Hawkins soit inexcusable, et qu'il vous ait insulté, est-ce une offense que rien ne puisse expier? Faut-il, pour contenter votre ressentiment, que vous ayez ruiné le père et fait pendre le lils?

- — Vous pouvez dire tout ce qu'il vous plaira ;

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