‹ Calendrier belgeChapitre 11 sur 38 · ANTE GRADUS TEMPLI CECIDIT QUI TOT UXIA FECIT · texte numérisé non relu

ANTE GRADUS TEMPLI CECIDIT QUI TOT UXIA FECIT

La coutume d'accorder , des grâces à plusieurs criminels le jour même du vendredi saint, coutume qui existe encore à Naples, se pratiquait aussi en Belgique.

A Bruxelles, le gouverneur général faisait grâce à un criminel condamné à mort, sur le rapport et la liste présentés par le conseil privé, qui s'assemblait à cet effet.

Le chancelier de Brabant, accompagné du plus jeune des conseillers, du conseiller fiscal, etc., se rendait à la prison et faisait comparaître devant lui tous les prisonniers, pour s'informer du

(4) Clément, t. U, 3i2.

(2) Bovy, 1. 1, 36-37.

motif de leur emprisonnement ou de leur condamnation. Le public était admis à cette visite (1).

A Ypres, on faisait grâce à tous ceux qui étaient détenus dans la prison pour un délit quelconque, civil ou criminel, commis à rencontre du prince. Cette grâce était accordée par le grand-bailli, au nom du souverain et à la prière de Tavoué et des échevins.Ceux-ci se rendaient dans tous les réduits auprès des prisonniers. L^avoué leur demandait s'ils souhaitaient obtenir la grâce du prince « pour l'amour de Dieu et en honneur et révérence du vendredi saint assavoir de ceux qui nont aultre partie que le Seigneur. » Après cette formalité ceux qui désiraient jouir du bienfait se rendaient devant le magistrat, en portant parfois un cierge allumé, et se prosternant humblement à genoux, confessaient publiquement leur faute et suppliaient le bailli de leur accorder leur grâce.

Cet usage est très-ancien et a pris naissance pendant le règne de la comtesse Jeanne de Constantinople (1206-1244). Ainsi l'indique le mémoire qui, d'après les ordres du duc de Bourgogne, fut envoyé au commencement du xv* siècle à la Chambre des comptes à Lille par le magistrat d'Ypres qui demandait que cet usage fût maintenu.

La comtesse, passant par la ville d'Ypres un vendredi saint et entendant crier à haute voix « grâce, grâce ! » accorda la grâce à tous les prisonniers et promit au magistrat qu'elle conserverait cet usage â perpétuité, ordonnant à son bailli de faire annuellement élargir tous ceux qui, le v^dredi saint, se trouveraient emprisonnés pour délits commis contre le seigneur du pays de Flandre, que ces délits fussent civils ou criminels.

La plus ancienne annotation de la concession de ce privilège date de l'an 1367. Il est resté en vigueur sans interruption (2) jusqu'au

[4) Schayes, p. 207.

(î) LoTendredi saint, 8 avril 4678, est le seul jour, où le privilège D*eut point son exécution à cause du désordre qui régnait dans la ville, laquelle venait de se peodre aux Français.

3 avril 1795, où Ton fit grâce pour la dernière fois à deux personnes détenues pour vol.

Ceux qui obtenaient leur grâce du ^and-bailli étaient appelés « Enfants du vendredi saint » (Goeden-vrydag-kinders).

Mais pour jouir de celte grâce, qui était accordée toujours à trois heures de relevée, il fallait nécessairement avoir été emprisonné à la requête du grand-bailli de la ville. Les accusés détenus par d'autres officiers publics ou à la demande de Tautorité militaire, ne pouvaient y participer.

Quelquefois le magistrat faisait punir des criminels avec précipitation peu de jours avant le vendredi saint et même la veille, pour ne pas devoir les délivrer.

Le grand-bailli en accordant la grâce aux prisonniers, leur enjoignait d'adresser des prières au ciel pour la prospérité du souverain, et afin de se garder de nouveaux méfaits.

Les indigents condamnés à des amendes pécuniaires, ou à d'autres peines auxquelles ils ne pouvaient pas satisfaire (par exemple à faire un voyage à Rome, à St-Jacques de Compostelle ou ailleurs, à faire construire à leurs dépens quelques verges de muraille à Tenceinte de la ville, etc.)^ quittaient la ville, y revenaient quelques jours avant le vendredi saint et se constituaient eux-mêmes prisonniers pour obtenir grâce et rémission de leur punition (1).

Le jeûne du vendredi saint n'est pas moins scrupuleusement observé en Belgique que celui du jour des Cendres. On ne mange ni beurre, ni graisse, ni lait, ni œufs, et une tradition populaire de la Flandre Occidentale rapporte même la mort subite d'un paysan qui avait mangé une omelette (2). De petits pains blancs appelés à Anvers « wekken, » à Liège et k Namur a lunettes, » des fèves blanches et des harengs composent la nourriture principale de ce jour.

(4) Messager des Sciences et des Arts de la Belgique, année 4833, p. 276-284. (2) Wolf, N. S. p. 285-6.

Les fëves ou lentilles qu*on mange le vendredi saint, se changent en deniers, d'après une superstition populaire. On dit aussi que celui qui ne boit pas le vendredi saint, peut boire beaucoup pendant toute Tannée sans risquef de s'enivrer (1).

Suivant une ancienne coutume namuroise on cuit ce jour-là des pains, et on en conserve un jusqu'à Tannée suivante, en prétendant qu'il porte bonheur et qu'il ne se gâte pas. Mais en revanche on se garde bien de laver, le vendredi saint.

Pour expliquer l'origine de cette habitude, la légende raconte que la Vierge en voyageant s'approcha, un jour de vendredi saint, d'un endroit où des femmes du peuple blanchissaient du linge. Elle les pria de lui donner un verre d'eau ; mais loin de satisfaire à sa demande, elles l'aspergèrent d'eau sale de sorte que sa robe en fut toute humide. Marie s'éloigna et rencontra à peu de distance des femmes qui mettaient du pain au four. Elle les pria de lui permettre de faire sécher sa robe, ce qui lui fut accordé avec le plus grand empressement. C'est pourquoi la Vierge bénit les femmes qui cuisaient du pain, et maudit celles qui lavaient.

A Dinant, où se pratique la même coutume, on dit proverbialement :

c( Maudite la femme qui lave, Bénite la femme qui cuit. »

A fiouvignes et en quelques autres localités de la province de Namur, aucun boucher ne lue ce jour-là. En beaucoup d'endroits des provinces flamandes, les cultivateurs s'abstiennent de remuer la terre, pour ne pas troubler le repos du Christ (2).

Les paysans brabançons aiment à avoir au vendredi saint le vent d'est, et mieux encore celui du nord-est; mais le vent du sud-ouest

(4) Coremans, p. 78.

(î) /6id., p. 98.

leur porte malheur; pluie de vendredi saint, disent-ils, devrait être grattée goutte à goutte hors de la terre (1).

Une autre croyance populaire attribue à Tœuf du vendredi saint la vertu de garantir contre toute rupture du corps. En Flandre on conserve les œufs pondus durant le service divin, et on prétend qu'un incendie s'éteint, quand on y jette un de ces œufs.

Lorsqu'on a un enfant au maillot, on attend, en Flandre, jusqu'au vendredi saint pour lui mettre le premier habit.

Sur la Meuse, la nuit du vendredi saint est réputée dangereuse.

Vis-à-vis du château de Sanson, sur la rive droite de la Meuse et au sommet d'une hauteur au pied de laquelle s'étend le village de Namèche, se trouve un arbre dit de sainte Anne. C'est là que, suivant la croyance du peuple, les sorcières se rassemblent dans les nuits du vendredi saint, dans celle de Saint Jean et dans les saintes nuits, et qu'elles font leurs rondes infernales autour de l'arbre (2).

1^ avrlU — {Primulapolyaniharubra.)Sdi\aiQ}ILme\ sainte Waudru.

Sainte Waudru, patronne de Mons, à laquelle sont consacrées quatre églises, fonda la célèbre msûson de chanoinesses, qui donna naissance à la capitale du Hainaut. Elle appartenait à une famille de saints, et avait pour époux saint Vincent, fondateur de Soignies ; pour sœur, sainte Aldegonde, fondatrice de Maubeuge ; pour fils, saint Landric et saint Dentlin, et pour filles, sainte Aldetrude et

(4) Coremaos, p. 78.

(2) Wolf,N. S.,p 503.

sainte Madelberle. On assigne Tan 686 comme la date de sa mort.

La fête de la bienheureuse Bertille, sa mère, se célèbre le même jour(1).

Le (( samedi saint » s'appelait anciennement en flamand « Judas zaterdag. » Quand on brûlait ce jour-là ce qui restait de Thuile sainte, le peuple disait : « on brûle Judas (2). »

La première cérémonie du samedi saint, est la bénédiction du feu nouveau.

Dans les premiers temps de TÉglise, il était d*usage de tirer, chaque jour ou du moins chaque samedi, du feu de la pierre, et de le bénir avant d'allumer les cierges et les charbons des encensoirs. Ce n'est que depuis le onzième siècle que cet usage fut restreint au samedi saint. Actuellement encore on tire ce jour-là le feu de la pierre, on le bénit et on s'en sert pour allumer tous les cierges. On en use également pour allumer le « cierge de Pâques, » qui, avec ses cinq grains d'encens, nous rappelle le Seigneur, la lumière du monde. Ce feu est le feu de Pâques, le « ignispaschalis,»dontnous.parlesaintBoniface, et de môme que le cierge de Pâques, il est un symbole du Sauveur ressuscité dans son tombeau de pierre.

Autrefois le cierge pascal était une colonne en cire, sur laquelle on inscrivait l'époque des Pâques et des fêles mobiles. Le patriarche d'Alexandrie envoyait chaque année le catalogue des principales fêles de l'année au pape, qui en expédiait à son tour de pareils aux autres églises. Bientôt on fit de celte colonne de cire un flambeau qui servit à éclairer la nuit de Pâques, et le pape Zozime approuva cet usage en ordonnant de bénir le cierge pascal le samedi saint, comme on le fait encore aujourd'hui.

La bénédiction du cierge étant terminée, on bénit les fonts baptismaux, et s'il y a quelques personnes à baptiser, on les baptise.

(1) B.M., p.74; Gazet, p. 61-72.

(2) Goremans, p. 68.

Pendant la messe, le célébrant entonne le « Gloria in excelsis, » les cloches et Torgue se font entendre de nouveau, ainsi que les sonnettes qui avaient fait silence dans Téglise depuis le jour du mercredi saint.

C'est le moment où les enfants, pleins de joie, courent dans les jardins et cherchent dans les buissons, dans les touffes de plantes ou dans les haies, les œufs de Pâques que les parents y ont cachés, et que les cloches, à ce qu*ils prétendent, ont laissé tomber à leur retour de Rome. « Wanneer de klokken uit Rome terugkomen» brengen zy paescheijeren mede, » les cloches sont allées à Rome quérir des œufs de Pâques, dit-on en Belgique, quand un enfant demande la cause du silence des cloches pendant un espace de trois jours. C'est aussi pourquoi les œufs pascaux s'appellent à Mons « cloches, » età Tournay « œufs de Marie Pontoise, » du nom de la plus grande cloche de Notre-Dame.

A Namur, les cloches en revenant de Rome rapportent aux enfants non-seulement des œufs, mais encore de petits couteaux.

A Spa, les cloches ne reviennent pas de Rome : elles ressuscitent, comme Jésus-Christ, et c'est le jour de Pâques que les enfants vont chercher les œufs cachés dans les buissons des jardins.

A Mons et à Tournay, les enfants de chœur parcourent Ips rues, des crécelles ou « ragalettes » en main, pour annoncer moyennant pour-boire le retour des cloches. Mais à Mons les petits enfants des familles bourgeoises doivent avoir été à Téglise avant de chercher leurs œufs pascaux.

A Malines les enfants de chœur n'annoncent le retour des cloches que dans l'église, en battant les vêtements de deuil que les prêtres ont quittés avant le « Gloria in excelsis. » Ils appellent cela « vasten uitkloppen, «marteler le carême.

Cet usage de « Vasten uitkloppen » s'observe aussi dans les classes ouvrières et dans les campagnes.

Les dentellières, au moment où les cloches résonnent du haat des

tours, frappent sur leurs boîtes k ouvrage et les ferment, pour ne plus travailler le reste de la journée.

A Louvain et dans d'autres villes de la Belgique, les jeunes gens de la classe ouvrière avaient coutume de parcourir les rues le soir du dernier jour de carême, en frappant à grands coups de marteau aux portes et aux étalages extérieurs des boutiques, ce qui occasionnait souvent de grands dommages. Cet usage subsista néanmoins jusqu'à la révolution française (1).

Dans les environs de Contich, les domestiques des paysans ouvrent, à minuit sonnant, la porte et les fenêtres de la maison et frappent avec des balais en s'écriant : « Paeschenerin en vasten er uit! » (Pâques entrez, carême sors!). Celui qui pousse le premier cri, reçoit le lendemain matin deux ou quatre œufs de plus que les autres.

Dans la Campine, les enfants des paysans se rendent la veille de Pâques à Aerschot, pour y chercher chez les bouchers des cornes de bœuf. Puis ils vont de ferme en ferme quêter des œufs de Pâques en faisant un tintamare diabolique (2).

Dans les environs d'Anvers, les enfants vont quêter des œufs pascaux en chantant la chanson suivante :

Vrouw, vrouw, geefl ons een ey, Die de zwaerle hinnen ley, Zien ze zwaert of zyn ze rood Daer om leggen zy nîet te nood.

Â. B. C. D. geefl ons eenen clerk me, Bakt ODS eenen pannenkeek, • Geeft ons eijeren en geld genoeg ; Vrouw, vrouw, teq lesten Geefl ons d'eijeren gesessen,

(I) Scbayes,p. 2^9.

(î) Loc. cit.

Gesessen of gevyven; Laet ons nog wal blyven , Hier is nog een goey vrouw Die ons nog wat geven zal.

Hoe lang zal zy geven !

Hoe lang zal zy leven !

*t Eerslen jaer n*en penning, *t Tweeden jaer n'en schelling, 't Derde jaer n'en pond koek ; Geeft ons eijeren en geld genoeg, Tast wat dieper in de nest, De zwaerte hinnekens leggen *l besl De roode niet te min, Tast er nog wat dieper in.

Meester en vrouwken blyft gezond.

Dans les Ardennes, la coutume de quêter des œufs les derniers jours avant Pâques, est très-répandue. Les enfants qui font la quête chantent des chansons wallonnes adaptées à la circonstance, et se vengent de chaque refus par des imprécations fort expressives.

Dans beaucoup de communes rurales de la Belgique, le sacristain, le sonneur ou le clerc de la paroisse, avec les enfants de chœur, le garde-champêtre et quelquefois même avec la servante du curé, vont de ferme en ferme pour quérir des œufs de Pâques (I).

Le curé de Téglise de Grimberghe, près de Bruxelles, qui avait le droit de recueillir les œufs à Pâques, en tirait chaque année environ deux florins (2).

Le maire de Beerselprès de Bruxelles, qui jouissait de grandes prérogatives, faisait également demander des œufs de Pâques chez tous les paysans, et s'il y en avait qui ne lui en donnaient pas assez, à

(1) Volksleesboek, p. 46; Ecrevisse. De Bokkenryders. Brussel, 1854, p. 39.

(2) H. d. E. d. B., t. Il, 248.

son gré, il en prenait davantage, à leur barbe (hy nemtse in den neus (I).

Dans les environs de Gontich Fécole entière va quérir des œufs de Pâques. Un garçon soufiQant dans une corne de bœuf, annonce de loin Tarrivée de cette troupe d^enfants armés de bâtons et chargés de grands paniers, et il n*est pas rare de voir se prendre aux cheveux les écoles de deux villages qui se trouvent en concurrence.

Quant à Torigine des œufs de Pâques a Paescheijeren, » ils sont bien aussi anciens que le nom qu'ils portent.

L'œuf a de tout temps été considéré comme le symbole du principe de la fécondité et comme Tirnage du commencement des choses. C'est pourquoi la coutume de se faire de mutuels présents d*œufs ornés de diverses manières à Toccasion du retour du printemps et du renouvellement de Tannée solaire, remonte à la plus haute antiquité. En Perse où la fête du nouvel an est fixée au soir de Téquinoxe du printemps, il est encore d'usage d'envoyer, dès la veille, des œufs peints et dorés en guise d'étrennes.

Lors de la conversion des Germano-Belges au christianisme, quelques missionnaires s'opposèrent au maintien de cette antique coutume; mais d'autres ecclésiastiques, fidèles aux préceptes de Grégoire le Grand, se contentèrent de substituer à l'idée païenne une idée chrétienne, en adoptant l'œuf comme un symbole de la résurrection du Sauveur. Ainsi l'usage reprit bientôt sa popularité et ne tarda pas à se christianiser tellement, que les beaux œufs de Pâques offrirent des peintures d'anges, de petits Jésus et d'agneaux portant un étendard (appelés agneaux de Pâques), et que l'enfance s'habitua à y voir un présent que lui faisaient les cloches à leur retour de Rome (2). Il fut même d'usage pendant plusieurs siècles de bénir

(0 H. d. E. d. B , t. III, 682-3.

(?) Les cloches, auxquelles l'Église a attaché un graed nombre d'idées et d*ordoooances les unes plus poétiques que les autres, se sont Iransformées dans

les œufs dans Téglise avant qu*OQ en fit des cadeaux ; plusieurs diocèses ont encore conservé cette pieuse coutume (i).

Les anciennes pratiques qui se rattachent à la bénédiction de l'eau et du cierge pascal, se sont également maintenues jusquà présent en plusieurs localités.

Autrefois on enlevait du cierge pascal des morceaux de cire qn*on distribuait aux fidèles après la messe du dimanche de Quasimodo. Les fidèles Im brûlaient dans leurs maisons ou dans leurs champs comme des préservatifs contre le tonnerre, la grêle, les venls, les bèies nuisibles et les artifices des démons. Au lieu de ces morceaux de cire, on bénit à Rome, le matin du grand samedi, de petits agneaux de cire qu'on nomme a Aguus Dei » (2). Mais en Belgique, et particulièrement en Brabant, on continue de se procurer les cinq grains d'encens qu'on insère en forme de croix dans le cierge pascal, et qui sont renfermés souvent dans des clous de cire. Ces clous quon appelle « Paeschnagelen, » clous de Pâques, et auxquels les gens des campagnes attribuent bien des vertus, sont soigneusement conservés. On en jette dans l'eau qui sert à laver les grains de froment avant les semailles, afin de garantir le froment de la rouille, appelée vulgairement « poppen ; » on en met au-dessous du seuil des étables, afin de préserver les bestiaux des morsures des chiens enragés, et on en mêle avec la pâture des vaches pour les garantir des épizooties.

rimaginatiOD populaire en êtres animés et doués du don de prophétie. Elles parlent à de certaines époques de raiinée, comme le jour de St-Jeao à midi, la veille de No6là minuit; elles ont la force de se mouvoir, pour aller à Rome, où selon la croyaoce des enfants de Cologne, le pape les régale; enfin elles annonçeoi la mort de telle ou telle personne en sonnant d'elles-mêmes.

La première cloche bénite ou baptisée reçut le nom de Jean. Le pape Jean XIII «la bénit en 968 pour Téglise de Saint-Jean de Latrao.

(1) Goremans, p. 21-434 ; Cornet, p. 40i

(î) Cornet, p. 90.

L*eau bénie la veille de Pâques, guérit des fièvres, quand on la boit à jeun, et préserve de tout malheur la maison et Técurie que Ton en asperge le même jour, à ce que Ton dit à Spa.

Le premier enfant que Ton baptise après la bénédiction des fonts à Pâques, est couronné de fleurs. Les enfants qui out porté la couronne de baptême, « Vontkroon, » ou couronne de Pâques, « Paeschkroon, » inspirent durant leur vie entière une sorte de vénération; on est persuadé qu*ils sont plus particulièrement protégés du ciel. G*est pourquoi ceux qui apportent à Tenfant la couronne de Pâques, reçoivent d'habitude un joli présent des parents.

Cet usage, qui est encore assez généralement répandu dans les villages des Flandres, s*est perpétué jusqu'à nos jours dans la ville de Tournay, où la couronne se nomme a Capeau de Roses, » quoique, avant l'importation des rosiers du Bengale, ou dût nécessairement à Pâques se servir d'autres fleurs (1).

lO avril* — {Viola tonbrigens ) Sainte Azélie ; saiot Ezéchiël ; satnl Macaire;

sainte Mathilde.

Saint Machaire ou Macaire, patriarche d'Ântioche, voyageant en Europe, vint à Gand et s'y arrêta pour quelque temps. Sur le point de retourner en son pays, il mourut d'une peste, qui ravageait alors la ville, mais qui cessa, comme Macaire l'avait prédit, à la mort de ce saint, le 10 avril 1012.

Son corps fut élevé le 9 mai 1067. On célèbre Tanniversaire de

(I) Wodana, p. 404; Clément, t. II, 465.

ce jour avec plus de solennité encore que l'anniversaire de celui de sa mort (1).

Deux églises furent érigées en Thonneur de saint Macaire, que Ton invoque comme patron contre la peste.

En 1767, on célébra à Gand avec la plus grande pompe possible le jubilé de sept cents ans de ce saint.

La procession qui sortit deux fois pendant les quinze jours que durèrent les fêtes , était suivie par 74 différents corps laïques et ecclésiastiques; la cavalcade, exécutée les !•', 9 et 18 juin, dans Taprès-midi, se composait de 24 chars de triomphe, de âl figures de monstres ou de bêtes fabuleuses, et de 786 personnes, sans compter les musiciens et les détachements de troupe. Elle représentait rhistoire de saint Macaire et de la ville de Gand, les quatre éléments, les quatre saisons, et les quatre parties du monde. On avait érigé 17 arcs de triomphe. Le 3 juin, on tira un magnifique feu d*artifice sur la grand*place, dite du Vendredi. Chaque jour de la quinzaine donna lieu à des réjouissances publiques (2).

A Obourg, village situé dans les environs de Mons, et qui depuis Tau 1084 appartenait à Tancienne abbaye de Saint-Denis en Broqueroie, les religieux de cette abbaye se rendaient chaque année à la chapelle de Saint-Macaire, au jour consacré à ce saint et pendant Toctave, pour y dire la messe.

Le 4 mai 1716 on y célébra le premier jubilé séculaire de la translation du corps de saint Macaire de Gand à Mons; un grand concours de fidèles des communes voisines prit part à la cérémonie. Depuis cette époque la confiance dans la protection du saint est restée fort grande parmi les habitants d'Obourg et des environs ; aussi pendant les épidémies qui affligèrent la Belgique en 1832 et en

(4) Gazet, p. 379.

(2) Clément, t 11,176-224.

1849, Toraloire dédié à saint Macairc fut-il le but de fréquents pèlerinages (1).

La fêle de Pâques ou « Paeschfeest, » qui a conservé en Belgique son ancien nom hébreu, qui signifie « passage, » est la règle de toutes les autres fêtes mobiles de Tannée. Comme il y eut, au deuxième siècle, de grands différends entre les chrétiens orientaux et occidentaux sur l'époque de la solennisation de cette fête, les premiers la célébrant le même jour que les Juifs, tandis que les seconds la remettaient au dimanche suivant, le concile de Nicée, tenu en 32S, décida que désormais toutes les églises la célébreraient uniformément le dimanche après le quatorzième jour de la lune de mars, et nullement le même jour que les Juifs.

Il en résulte que la solennité pascale ne peut tomber plus tôt que le 22 mars, comme on Ta vu en 1761 et 1818, ni plus tard que le 25 avril, comme en 1734 et 1836 (2).

Dans les premiers temps, Tévêque d*Alexandrie, ville renommée par ses astronomes, était chargé du travail annuel du comput, et en écrivait annuellement le résultat au pape de Rome, lequel de son côté en donnait communication à tous les évêques de son église, par les lettres dites « pascales ». C'est de là que naquit la coutume, qui au siècle dernier était encore assez généralement répandue dans les Pays-Bas, d'écrire des lettres de félicitation, qu'on appelait « Paeschbrieven ou Paasbrieven, » lettres de Pâques.

De même qu'à l'époque de la nouvelle année, les enfants écrivaient à leurs parents, parrains et marraines des souhaits pour les Pâques, afin de recevoir quelques présents, et les parrains et marraines les récompensaient ordinairement en leur donnant un grand gâteau, qui s'appelait a Paesbroodje, » pain de Pâques (3).

(4) Annales du Cercle Archéologique de Mons. Mons,4858, t. I, p. 405-444. (?) Cornet, p. 402-404; Schayes, p. 44 7. (3) Van Alkemade, 1. 1, 405-4 li.

Aujourd'hui cet usage est tombé en désuétude, mais dans les provinces flamandes de la Belgique on a coutume encore de se souhaiter de bonnes Pâques.

« Ik wensch u 'ne zal'gen hoogdag, » ou comme on dit à Anvers (( ne zarge zulle, » telle est la formule familière.dont on se sert pour saluer une personne qu'on voit pour la première fois depuis le dimanche de Pâques.

Dans la plupartdes églises, on représentait autrefois la résurrection du Sauveur. A peine le dernier coup de minuit avait-il sonné que le curé retirait le Christ du sépulcre, le portait autourde l'église et frappait à toutes les portes qui étaient fermées, en s'écriant : a Attollite portas, principes, vestras et elevamini portœ aeternales: et introibit Rex gloriae. » (Enlevez vos portes, ô princes, et ouvrez-vous, portes célestes : le Roi de gloire va entrer.) Le sacristain, qui était dehors, demandait alors : « Quis est iste Rex gloriae? » (Qui est ce Roi de gloire?) et le prêtre répondait : « Dominus fortis et potens in prœlio : Dominus virtutum ipse est Rex glorise. » (Le Seigneur fort et puissant au combat : le Seigneur de toutes les ver* lus est en môme temps le Roi de gloire.)

Après matines, un ange habillé de blanc s'asseyait sur le sépulcre; deux femmes représentant Marie-Magdeleine et l'autre Marie, s'approchaient de lui, en pleurant amèrement, et l'ange leur disait : « Quem quseritis, mulieres, in hoc tumulo plorantes? Non est hic quem quseritis, sed euntes cito, nunciate discipulis ejus : Venite et videte locum, ubi posilus erat Dominus. » (Qui cherchez-vous dans ce tombeau, ô femmes? Il n'est point ici, celui que vous cherchez; mais hâtez-vous d'aller dire à ses disciples : venez voir le lieu où le Seigneur avait été mis.)

Dans la procession qui avait lieu après la messe, le Christ était porté, tenant en main un étendard ; la procession rentrée, il était déposé sur un trône au milieu de Téglise (1).

(I) Molaous, p. 495.

La procession aux fonts baptismaux, qui se fait encore dans quelques localités le dimanche de Pâques, après le « Magnificat, » rappelle que pendant les sept jours de la semaine de Pâques on conduisait autrefois les néophytes revêtus de leurs habits blancs au lieu où ils avaient reçu le baptême. C'est pourquoi l'octave de Pâques s'appelait autrefois « la semaine blanche, » et le dimanche de Quasimodo, jour auquel les néophytes baptisés le samedi saint déposaient leurs vêlements blancs, porte encore le nom de « Dominica in Âlbis (depositis) » dimanche où Ton quitte les habits blancs (1). Bien que la dénomination flamande de « witle zondag, » dimanche blanc, paraisse être la traduction du nom hlin, il est à présumer que le mot « wilte, » lié aussi aux dénominations flamandes du jeudi iïaint et du vendredi saint, se rattache à la fête du printemps des anciens Germains, laquelle, tout en se transformant dans la fête chrétienne de Pâques, a conservé en haut-allemand son antique nom de « Ostern ».

Plusieui-s idées et pratiques populaires qui se rattachent encore aux Pâques, semblent du moins remonter à une époque antérieure au christianisme.'

Boire de Teau froide le jour de Pâques garantit la santé.

Eau puisée silencieusement le matin de Pâques avant le lever du soleil, ne se gâte pas.

Déjeûner avec deux œufs pondus le vendredi saint, préserve de la fièvre. Ne pas manger de viande le dimanche de Pâques garantit des maux de dents. Les marins font souvent vœu avant leur départ de ne pas manger de viande ce jour-là pour être préservés des tempêtes.

Les vents d'est et de nord-est sont bien venus le jour de Pâques, si d'autres vents n'ont pas gâté le vendredi saint (2).

(4) Cornet, p. 106-8.

(i) Coremans, p. 43, 44, 79 ; Wodana, p. < 12, 222 ; Schayes, p. 232-3.

Les feux de Pâques ou « Paeschvueren » qui s'allumaient en beaucoup d'endroits des Pays-Bas, ont entièrement disparu en Belgique, et ne se sont conservés qu'en Frise et dans quelques provinces de la Hollande. Mais la coutume de manger des œufs le jour de Pâques, s'est maintenue jusqu'aujourd'hui. Dans les villages flamands, le principal repas du jour consiste en œufs, de même qu'à Kamur, le samedi saint, on ne déjeûne qu'avec des œufs cuîls ; pendant toute l'octave de Pâques les enfants s'amusent à un jeu qui consiste à heurter des œufs les uns contre les autres. Celui qui possède l'œuf le plus dur, gagne l'œuf qui se brise. A Anvers ce jeu s'appelle « tikken, » au pays de Limbourg « tippen. »

A Calthem, village qui constituait autrefois une terre franche et qui fait partie aujourd'hui de la commune de Borgt-Lombeek, il existait jadis une ancienne chapelle, où se réunissait ce jour-là un grand concours de peuple. On y faisait un sermon et on y chantait ensuite les laudes (1).

A Huy, on distribuait dans l'église paroissiale de Saint-George, pendant la grande-messe, une aime de vin aux pauvres de la paroisse, en vertu d'une fondation de Jacquemin de Waureilhe, jadis le Bollengier, en date de l'an 1484 (2).

A Louvain, le clergé de Saint-Pierre se rendait, le jour de la fête de Pâques, à la ci-devant église Saint-Michel, rue de Tirlemont, pour y recevoir le saint chrême et le repartir ensuite entre les cinq paroisses de la ville.

CiOmme Louvain faisait partie originairement du diocèse de Liège, le prince-évèque en apportant annuellement les saintes huiles à Louvain, avait coutume de les déposer à la susdite église, par le motif que celle-ci était la première église paroissiale qui se trouvât sur sa route ; bien que, lors de la création de l'archevêché de Ma-

(2) Gorrissen, p. 355.

Unes, en 1559, la ville de Louvain fût incorporée dans le nouveau diocèse, Tusage de déposer les saintes huiles à Téglise Saint-Michel continua de subsister (1).

A Termonde, le doyen de l'église collégiale (deken van de collégiale kercke), auquel Tévëque Odard avait accordé la faculté d'excommunier tous les malfaiteurs de l'Église, était tenu d'inviter à dîner trois fois Tan , c'est-à-dire à Pâques, à la Pentecôte et à la Noël, tout le chapitre et ses ministres, diacres, sous-diacres, chanteurs et receveurs (ontfangers). Mais comme ses revenus étaient trop faibles relativement à ces dépenses, on augmenta ces revenus, en 1365, de dix livres, qui étaient allouées auparavant à la fabrique de l'église (2).

1 1 a^nu — {Taraxacum dens leoniê.) Saint Léon, pape.

Le lundi de Pâques donnait lieu autrefois à une coutume fort singulière : dans plusieurs localités des Pays-Bas, les femmes battaient leurs maris, qui, en revanche, avaient le droit de battre leurs femmes le troisième jour de Pâques.

A Anvers, il est d'usage ce jour, ainsi que le lundi de Pentecôte, de faire une promenade au « buitengang, » en dehors des fortifications de la ville, tandis que le jour de Pâques et le jour de Pentecôte on ne se promène d'habitude que le long des quais de l'Escaut.

A Bruges, les membres de la Société de Saint Sébastien fêtent la

(4) E. van Eveo, p. 7-8.

(9) ]iae8tertms,p.98.

(3) Taiuman, t. II, 66.

Digifîzed bv

.^GoqqIç *

clôture du tir à la cible par une réjouissance appelée « Hammekensfeest, » fête du jambon. La cible est divisée en divers compartiments, dont chacun contient, soit le nom d'un plat, salade, jambon, homard, gâteaux, craquelins, soit indication de quelque amende. Celui qui lire, par exemple, au premier de ces compartiments, est obligé de faire de la salade; mais si quelque autre, après lui, tire au môme compartiment, le premier tireur lui fait une révérence et lui abandonne ses obligations. Âpres le tir on arrange un souper au moyen de tous les plats qui ont été tirés; celui qui est gratifié du plus grand nombre d*amendes, est tenu de mettre Tancien uniforme de là gilde et d'être de garde pendant toute la durée du repas. Le vainqueur est exempt de toute contribution aux frais causés par cette fête, qui marque la reprise du tir à la perche (1).

A Bruxelles, Tamman se rendait autrefois le second jour de Pâques jusqu'au lieu dit « het Coopken, » qui était orné d'une chapelle et était distant d*un millier de pas de l'âbbaye de La Cambre; c'était là qu'il rencontrait la châsse de Notre-Dame de Wavre, qu'a partir de cet endroit il prenait sous sa sauvegarde.

D'après d'autres, cette rencontre avait lieu dans l'abbaye de La Cambre, jusqu'à ce que l'abbesse l'eût défendu (2).

Aujourd'hui, le lundi de Pâques donne lieu au Longchamps de la capitale de la Belgique. Les plus belles toilettes se produisent alors pour la première fois, de superbes attelages se suivent sans interruption et une foule compacte circule le long des boulevards, à partir de la porte de Schaerbeek jusqu'à la porte de Namur.

Dans les environs de Bruxelles, on célèbre le môme jour la première fôte communale de la saison, à Dieghem.

A Haeckendover, village près de Tirlemont, a lieu une procession annuelle qui est renommée dans tout le pays.

(4) Constitution et Règlement de la Société royale de Saint-Sébastien à Bruges. Bruges, 4 846.

{%) H.d. E. d. B., t. IU,29d.

A la sortie de cette procession et à chaque station, les paysans montés 2i cheval tirent force coups de fusil. Ils font aussi trois courses en parcourant, à bride abattue, un grand cercle autour de i^glise, et en galopant à travers la campagne, sans épargner ni fruits ni récoltes.

Les propriétaires ou fermiers, loin de s'opposer à la dévastation de leurs champs, croient que plus ceux-ci portent la trace des pieds des chevaux, plus leur récolte sera abondante, et ils racontent qu'un paysan s'étant refusé à laisser courir les chevaux à travers sa terre, trouva, lors de la récolte, tous les épis de son blé vides (1).

Le lieu dit « la Cluyse » ou « l'Ermitage , » prîîs d'Afflighem , où se trouvait une fontaine dont les eaux guérissaient, dit-on, les fièvres malignes, et où l'on éleva ensuite une chapelle à la Vierge, était généralement fréquenté le lundi de Pâques et pendant les huit jours suivants.

Si Ton en croît la tradition, saint Ursmer y avait jadis proche et avait donné cet endroit à son abbaye de Lobbes, laquelle le vendit, au onzième siècle, k un nommé Ivain (2).

A Lembecq, près de Hal, une procession accompagnée de la châsse de saint Véron, se rend par Brain-Castel ou Brake à Tubize ; les habitants de ce dernier village vont â sa rencontre avec des bannières et des croix. Puis on dit une messe solennelle, avec «ermon, on présente les reliques h baiser à tous les assistants et le cortège se remet en route- Lesgildes de Tubize, de môme que celles de Hal, attendent sur la route de Mons l'arrivée de la procession pour l'accompagner jusqu'à l'église de Lembecq (3).

Dans plusieurs communes rurales du pays de Limbourg, les pay> sans vont avec leurs femmes visiter leurs champs, et fichent un

(4) Schayes, p. 468-9.

(3) Het Leven van den heyligeo Veron, etc. (cf. 30 mars), p. 58-9.

rameau bénit ou palmlakje dans chaque terre ensemencée, en prononçant les paroles sacramentales :

Ik plant u hier in den dauw des Hemcis;

En in de vettigheid der aerde.

Dat de gocde God het zegene en beware (1).

Dans les environs de Maeseyck, on va, Taprès-dîner, en pèlerinage à la chapelle de saint Jean. Chaque enfant se munit d*œufs durs teints en différentes couleurs et d'une petite bouteille remplie de jus de réglisse appelé a brouwsel. » Arrivé au lieu de la destination, on fait sa prière, puis les enfants s*amusent à secouer fortement leurs bouteilles pour faire mousser le'« brouwsel, » et à « lippen, » c'est-à-dire à choquer leurs œufs les uns contre les autres, jeu qui est en usage pendant toute l'octave de Pâques.

 Tournai, le lundi de Pâques est le jour du pèlerinage le plus fréquenté de l'année. C'est le pèlerinage au Mont de la Trinité ou Mont-Saint- Aubert (2), qui s'élève à une petite lieue au nord de la ville.

[i) Ecrevisse, p. 12.

(2) Cette mootagae, jadis boisée et inculte, s'appelait aociennement « Mont- Minerve » et « Buillemont » (montagne mugissante). Elle fut appelée Mont Saint- Aubert vers le milieu du septième siècle, du nom d*on pieux ermite qui y menait une vie solitaire. C'était, disent les légendes, un personnage de noble origine, qui, pour mieux se livrer à Toraison, s'était retiré sur cette m<Mitagne, où il exerçait l'état de boulanger. Son âne portait à la ville, sans être guidé, les pains que le maître avait cuits, les vendait à prix fait et rapportait l'argent dans une bourse attachée à son col. Le produit de la vente était aussitôt après son retour distribué aux pauvres.

On voyait autrefois dans Téglise des peintures qui représentaient quelques épisodes de la vie du bienheureux, mais elles ont toutes dispara.

Peu après la mort de saint Aubert, on éleva une église dédiée à la Sainte-

Bien qu'on ne s*y pojrte plus en foule, comme autrefois, c'est encore une fête importante à Tournai. Dès la pointe du jour, les classes inférieures se mettent en marche et prennent par divers chemins la direction de la montagne. Ceux qui ont des enfants portent ordinairement un petit panier en osier qui contient de la viande froide, avec les pains français et les craquelins de rigueur. La marche est d*abord silencieuse : chacun est ému des pertes qu'il a essuyées pendant Tannée, et réfléchit k la demande qu*il adressera au Tout-Puissant par l'intercession de saint Aubert. Après avoir entendu la messe, on se répand dans le bois, sur la pelouse ou dans les hôtelleries. Bientôt au recueillement succède la gaieté. La mère procède à la distribution des vivres. Les groupes se confondent et deviennent yunultueuK, les libations se multiplient en raison de la fatigue que l'on a éprouvée durant le voyage, les entretiens s'animent et produisent un charivari assourdissant. Enân, après un déjeuner prolongé jusqu'à midi, l'heure du dtner se fait entendre, et l'on descend dans les villages et les hameaux qui se trouvent sur le versant de la montagne. Vers le soir, les danses s'organisent au son de la clarinette et du tambourin, la belle société arrive peu à peu de la ville et vient compléter la fête en formant des valses et des quadrilles, dans les verdoyantes rotondes et dans les nombreux jardins disposés à cet effet k Kain et dans le hameau de la Tombe (1).

A Thielt, en Flandre, il est d'usage que les tisserands payent, le

TriDité , ce qui fut cause que depuis oo appela ce lien indifféremment » Mont Saint-Aubert • ou o de la Trinité. »

Depuis UD temps immémorial, on s'y rend en pèlerinage à la mort d'un parent, dont on déplore la perte. Les jours spécialement consacrés à ce voyage expiatoire sont le lundi et le vendk'edi de chaque semaine.

(4) Description des monuments de Tournai, par Cbotin. Tournai, 4851, p. 454-457.

lundi de Pâques, le lin vert qu'ils ont acheté sur pied aux cultivateurs.

1 ^ avril. — {Saœifraga crassifolia.) Saint Erkembodon ; saint Jules.

En Flandre, dans la semaine après Pâques, les enfants de chœur vont de ferme en ferme quérir des œufs, en annonçant de loin leur arrivée au moyen de « krekels n ou crécelles.

La quête terminée, ils divisent les œufs entre eux après en avoir donné une part au sacristain.

Le troisième jour de Pâques, on faisait autfpfois à Turnhout une procession à Téglise de Notre-Dame de Vosselaer. Toutes les gildes de la seigneurie accompagnaient le cortège; en 1851, Marie de Bourgogne le suivit en personne avec toute sa suite (1).

13 avril. — {NarcissuB viridiflorus.) Sainte Herménigilde, b. Ide.

La bienheureuse Ide de Boulogne, mère de Godefroid de Bouillon, et bienfaitrice de Tabbaye d*Afflighem, fonda Téglise et le couvent de Marie-Capelle, pour le succès des armes de ses fils en Terre- Sainte. Elle mourut en 1113 (2).

(1) Geschied- en zedekundige vcorlezingen over de Kempen, gedaen op het Genootschap De Dageraed te Tamhout, 4852, p. 37.

Dans Tancienne abbaye de Roosendael, près de Waelhem, dont l'origine remonte au commencement du treizième siècle, on célébrait la fête de la vénérable Ide de Louvain. Cette vierge, qui jeta beaucoup d'éclat sur les premières années de Tabbaye, vécut longtemps à Louvain avant de prendre Thabit monastique. Les cinq stigmates de la passion du Christ lui furent, dit-on, miraculeusement appliqués, et elle reçut en outre le don de prophétie. On ne connaît pas précisément l'époque de sa mort (1).

Le mercredi après Pâques s'appelle « Midooster » ou « Midpas- 6chen, » mercredi de la Mi-Pàques, désignation qui, au dix-septième siècle, était déjà mentionnée comme ancienne (2).

ÂMalines se faisait autrefois la célèbre procession dite de Pâques, laquelle en 1788, fut transférée au troisième dimanche après Pâques; die cessa d*avoir lieu lors de l'invasion française.

14 avril. — ' (^ora^o o/7icttia/t«.) Sainte Lidwyne; saint Tiburce, saint Yalérien.

Le 14 avril était un jour de sort et donnait lieu autrefois à une cérémonie mystique qui, en d'autres localités, n'avait lieu que le 24 avril et qu'on appelait « Koekoekfeest, )> parce que ce jour le coucou prophétisait l'avenir (3).

En Sussex en Angleterre, ce jour s'appelle encore aujourd'hui « first Cuckoo day. »

(l)H.d. E.d.B.,t. II, 662 (S) Coremans, p. 54.

(3) /frt(l.,p.20.

I tt avril . — {Slellaria holosfea.) Sainte Anastasie ; saint Paterne.

À en juger diaprés Tanalogie qui existe entre les usages des anciens habitants de TÂngleterre et ceux des anciens Germano-Belges, il est à présumer que ce jour, qui en Angleterre a conservé le nom de 0 Swallowday, » était également consacré en Belgique à des cérémonies ayant pour objet d'honorer l'arrivée des hirondelles.

Les hirondelles étaient des oiseaux sacrés ou « zielvogels » (oiseaux-àmes). Ils sont encore aujourd'hui des augures de bonheur. Leurs nids préservent les habitations de tout malheur ; les dénicher est un méfait qui souille celui qui s'en rend coupable.

tt De zwaluwen aenblazen, » annoncer par le son du cor l'arrivée des hirondelles, était en plusieurs villes un devoir des guets communaux (lorenwachiers) (1).

Le vendredi de l'octave de Pâques s'appelle « KroningrChristi » ou tt vrydag speer en kroon » (couronnement du Christ ou vendredi de la lance et de la couronne) (2).

I e ' avril. — (Tulipa êylvcstris.) Saint Druon ; saint Fructueux.

Saint Druon , qu'à Bruges les coutiers ou tykwevers honorent comme leur patron, est à Mons le patron des cafetiers.

(4) Loc. cit., p. 49, 464.

(2) Loc cit., p. 64.

IT avril. — {Arum arisarum,) Saint Anicet ; saint Landric; saint Robert.

Saint Landry ou Landric, sainte Waudni sa mère (9 avril), et saint Albert (7 avril), sont les trois saints d'avril qui protègent particulièrement leHainaut; leurs fêtes sont des jours heureux pour ce pays (1).

Le premier dimanche après Pâques ou le dimanche de Quasimodo, s*appelle « Beloken » ou « Blokken Paeschen, » Pàque close. Dans plusieurs localités du pays de Limbourg il porte le nom de tt Mulders Paeschen, » parce qu'il est le dernier jour de l'octave de Pâques et du temps désigné pour la communion pascale, temps que Ton nomme ordinairement <i temps pascal. » Gomme en beaucoup d'endroits les meuniers célèbrent leur fête patronale le dernier jour de Tannée (2), on dit, par analogie^ qu'ils ne font leurs Pâques qu'aa dernier moment possible.

Pendant longtemps, le dimanche de Quasimodo fut aussi nommé le tt dimanche de saint Thomas, » à cau$e de l'Évangile du jour qui parle de l'incrédulité de ce disciple (3).

A Laeken, près de Bruxelles, se célèbre la kermesse, laquelte, grâce à la jolie situation du village et â sa proxioûté de la capitale^ est une des plus animées des environs.

L'église, qui date du treizième siècle, jouit d'une grande réputation dans le pays, à cause d'une image miraculeuse de la Vierge que l'on y vénère. L'une des inscriptions qu'on lisait autrefois sur les nurs, faisait remonter l'origine de la chapelle primitive au neu-

(4) CoremaBs,p.80w (3) Cf. 34 décembre.

(3) Cornet, p. 407,8(1.

~ 258 — viëme siècle, et attribuait sa fondation aux sœurs de Hugues, due de TAImagne et de Loraine, qui mourut glorieusement dans une bataille contre les Normands, en 895. Les sœurs de Hugues vinrent faire les obsèques de leur frère et lui érigèrent, comme mausolée, une magnifique chapelle sous Tinvocation de la Vierge.

Bientôt des miracles illustrèrent la chapelle, et le nombre des pèlerins augmentant de jour en jour, on songea & rebâtir le sanctuaire dans de plus vastes proportions.

La légende raconte que la mère du Christ indiqua elle-même par un fil de soie le plan de Tédifice et que, les constructions achevées, Jésus-Christ descendit du ciel, le jour des Pâques fleuries, pour bénir le nouveau temple.

Le fil, auquel on attribue la faculté de faciliter les accouchements, se conserve encore à Laeken, mais les anciens bas-reliefs qui ornaient le jubé et qui retraçaient la légende, ont été détruits pendant les guerres de religion. Pour les remplacer, Tarchiduc Albert fit exécuter le beau vitrail que Ton admire encore aujourd'hui.

C'est sous le gouvernement d'Albert et d'Isabelle que l'église fut restaurée. En 1623, l'infante s'y rendit en pèlerinage, accompagnée des dames de la cour et de plus de quatre cents béguines. Les musiciens de la chapelle chantèrent pendant la grand'messe, et un dîner fut ensuite servi dans les prairies avoisinantes. Trois tables y étaient dressées : une pour la princesse et sa cour, une seconde pour les béguines, une troisième pour les musiciens. Après avoir entendu les vêpres, le cortège revint processionnellement à Bruxelles.

Deux ans après, en 1625, Isabelle, à la demande du Père Récollet André A Soto, fit entourer la source des cinq plaies, qui coule à quelque distance de l'église et dont les eaux ont, dit-on, une vertu efficace contre la fièvre, d'un bassin de pierres de taille, qui a été restauré en 1841.

Les troubles de la guerre forcèrent plus d'une fois les habitants de Laeken à transporter à Bruxelles la statue miraculeuse de Notre

Dame, qui était particulièrement honorée sous le titre de u Consolatrice des affligés. » Car c*était surtout dans les calamités publiques que Ton invoquait son intercession. En temps de sécheresse ou de fortes pluies, les habitafuts de Bruxelles et des environs y entreprenaient des pèlerinages ou y faisaient des processions solennelles pendant trois jours consécutifs.

Aussi la procession annuelle de TÉglise était-elle jadis fort renommée. La mise à exécution de Tédit de Joseph II, du 10 mai 1786, qui défendait de porter dans les processions les images des saints, provoqua à Laeken des désordres très-graves (1).

A Malines, d*après un décret du magistrat, daté du 10 février 1493, le serment de la jeune arbalète ou la confrérie de saint George recevait une mesure de vin, chaque dimanche où elle tenait ses tirs, depuis Pâques jusqu*au dernier dimanche de septembre.

Dans la quinzaine de la reprise des exercices, les chefs et les juré» de la confrérie étaient tenus de rendre compte de leur gestion pendant le courant de Tannée (2).

19 avrn. — {Nareissus moMMu«0 Saint Ursmar; b. Idesbalde; sainte Aye.

Sainte Aye, proche parente de sainte Waudru et femme de saint Hydalphe, fit don de ses biens au chapitre de chanoinesses, fondé à Mons par sa pieuse parente et ne retint pour elle-même que le strict nécessaire.

(4) H.d.E.d.B., t. II, 347-358.

{t] Joanial de MaliDes, 24avril 484S.

Plusieurs années après sa mort, quelques-uns de ses héritiers usurpèrent les alleux que la sainte avait donnés au chapitre, en prétendant que celui-ci n*y avait aucun droit. Après un long procès, on convint, de part et d'autre, de s'en rapporter à sainte Aye elle-même; on invoqua son témoignage à haute voix, et du fond de son tombeau elle répondit, de manière à être entendue des deux parties, que le chapitre était propriétaire légitime des biens contestés. C'est k cause de ce miracle que les fidèles qui souffrent ou qui craignent de souffrir des injustices dans les procès, se mettent sous le patronage de sainte Aye.

Les reliques de cette sainte furent vénérées pendant des siècles dans la ville de Mons; mais les villes d'Anvers et de Bruxelles, ainsi que le béguinage de Notre-Dame à Gand, en obtinrent une partie ; depuis lors ce béguinage célèbre la fête de sainte Aye avec neuvaine» le dimanche de l'octave de l'Ascension (1).

Le bienheureux Idesbalde, de la famille des Yan der Gracht, abbé des Dunes, mourut le même jour, en 1167, et ses reliques, que le ciel a honorées par plusieurs miracles, reposent à Bruges dans l'hospice de Notre-Dame de la Poterie (2).

Saint Ursmar, dont la fête se célèbre également le 18 avril, et auquel onze églises sont consacrées, était né près d*Avesnes en Hainaut. Saint Landelin ayant fondé l'abbaye de Lobbes, sur la Sambre, Ursmar y prit l'habit religiefdl. Il fut élevé à la dignité abbatiale, lorsque saint Landelin se retira dans la solitude de Crépîn. A la prière de Pépin de Héristal, il se rendit à Rome, vers l'an 690, et fut sacré évêque régionnaire par le pape Sergius L Après avoir évangélisé le Hainaut, la Ménapie et la Flandre, il mourut le 18 avril 713, et fut inhumé dans l'église de Sainte-Marie, qu'il avait construite près de l'enceinte de son monastère. Il s'y opéra bientât

(4) De Smet, M. d. M. p. 490-493.

(2) Loc.cit,p. 29a-a.

ua tel nombre de miracles, qu*il fallut la transformer en collégiale. C*est là qu*au dixième siècle, les moines de Lobbes soutinrent le siège remarquable dont il est parlé dans toutes les histoires de la Belgique (1).

A Mons, le lundi après les Pâques closes, se tenait autrefois une foire qui durait quinze jours.

Jean II d'Avesnes, comte de Hainaut, accorda en 1290 à la ville de Mons deux foires, à la Pentecôte et à la Toussaint; la première de ces foires fut transférée, en 1609, au lumli qui suit les Pâques closes (2).

lO avril.— {Allium ursinum.) Sainte Emma; saiot Gérald; sainte LéoDie; saiQt Léoo IX, pape.

Saint Léon, pape, mort en 10S4, est patron de }a commune de Meulebeke près de Thiell, dans la Flandre Occidentale. Une égli.se paroissiale du diocèse de Liège, lui est également consacrée. Issu de la famille des comtes de Hainaut, il vint visiter sa nièce Richilde, dans l'abbaye de Notre-Dame de Hautmont. Ce fut ce zélé pontife qui, d'après la chronique belge, approuva le premier, au con#iIe de Mayence, la fête de l'Immaculée Conception de Marie (3).

Dans l'ancienne abbaye de Forêt-lez-Bruxelles on célébrait la fête obîtuaire de Berthilde, qui fut la prieure de ce monastère, et qui mourut en 1139. En partant pour la croisade, en 1096, Gilbert d'Alost,

(0 De Smet, M. d. M. p. 2Î9-23!; B. M. p. 78. (î) De Boussu , p. Î47-76.

châtelain de Gand, avait fait don à Tabbaye d'Afïlighem, d'un de ses plus riches alleux, à charge d'établir en l'honneur de Marie un couvent de femmes, où devaient se retirer son épouse Ode et sa fille Lutgarde. L'abbé Fulgence leur assigna un emplacement près de l'église de Forêt, où reposait le corps de sainte Alêne. Le monastère, qui n'était d'abord qu'un prieuré dépendant d'Afflighem, fut converti eu abbaye, en 1239; le 9 octobre de cette année, Guy, évoque de Cambrai, consacra Pétronille Siger, première abbesse de Forêt. Berthilde, la première prieure, était, à ce que disent les annales d'Afflighem, une noble demoiselle, qui fut dès sa plus tendre enfance fort dévotieuse envers la Vierge. Lorsque son père partit pour la croisade, elle fut remise aux soins de la pieuse princesse Adèle, qui vivait dans la solitude, près de l'abbaye d'Afflighem (1).

!^d avril. — {Hyacinthus non scriptus ) Saint George ou sint Joris.

Saint George, le patron des guerriers parce qu'il fut lui-même un chevalier et un héros, est compté en Belgique parmi les saints les plus vénérés. Bien qu'il n'y ait que trente-neuf églises qui lui soient consacrées (dont trois ont donné aux localités où elles sont situées le nom de Saint-George) (2) , il n'est point de ville, il n'est presque aucun village, qui ne possède une chapelle ou un autel dédié à ce saint, en même temps qu'une société qui Thonore comme patron.

(OB. M., p. 79-205.

(2) Saint-George près de Bruges, Saint-George près de Fumes et Saint- George dans la province de Liège.

Dans la plupart des localités, le serment de Saint George ou « Sint Jorisgild » était la plus ancienne et la plus considérée de toutes les compagnies locales, ayant pour but le maniement des armes.

Ainsi, à Alost, la gilde des arbalétriers, sous le patronage de saint George, est la plus ancienne de la ville. Philippe-le-Bon en renouvela les statuts et privilèges le 16 octobre 1431 (1).

Les arbalétriers d'Anvors ne sont mentionnés pour la première fois qu'en 1326.

A Bruges, la société de Saint George apparaît dans les premières années du quatoraème siècle, alors qu'une dame accorda aux arbalétriers sa chapelle de Saint Pierre, pour y faire célébrer Toffice divin (2).

A Courtrai, Louis de Nevers donna en 1323 des privilèges au serment des arbalétriers ; gracieuseté que les confrères se hâtèrent de justifier, en remportant le premier prix d'adresse dans plusieurs concours : à Bapaume, en 1326; à Ardenbourg, en 1331; à Ath, en 1332 (3).

A Diest, le serment de Saint George ou le grand serment (Sint loris of groote gilde), appelé autrefois « Gezelschap van den roodcn Valk, j) Société du Faucon rouge, passait pour être très-ancien, et comptait plusieurs seigneurs parmi ses membres. En 1387 il fut invité au grand concours que donnèrent les arbalétriers de Mons. Jean de Hiensberg, évêque de Liège, lui accorda le 12 octobre 1450, la chapelle de Toussaint, et au « landjuweel » de Malines en 1488, les arbalétriers de Diest remportèrent le premier prix. En 1796, le germent fut supprimé ; rétabli le jour de saint George i811, il continua d'être une des sociétés les plus considérables de la ville. Il brasse encore annuellement sa célèbre bière nommée « gilden-

(0 DeSmet, p. 43.

(î) Wauters, Not. hist. s. l. anc. serra, de Brux., p. 2.

(3) Wauters, loc. cit.

hier, » et accompagne avec sa torche et son « braek » (collier) élégant la procession de la Fêle-Dieu (1).

La confrérie de Saint George, à Dixmude, qui s*exerçait à Tarbalëte et dont les membres portaient pour uniforme un habit écarlate avec veste, culottes et bas blancs, ouvrit en 1472 un concours pour toutes les sociétés du pays et de Tétranger (2).

A Gand, la « gilde van Sint Joris » ou serment de Tarbalète (schut-* ters met den stalen boog of kruisboog) fut érigée, d'après Topinion la plus accréditée, au temps de Jacques d'Artevelde, vers 1342, mais il est plus que probable que son origine remonte au xi« siècle.

Les deux serments de Saint George qui existaient autrefois, furent réunis au xvi« siècle (3).

A Hamme, village situé sur la rivière de Durme près de Termonde, le serment de Saint Georges a Schutters guide Sint Joris j) jouissait des mêmes droits que celui de la ville. Il fut cofifirmé dans ses privilèges, par des chartes de Charles de Bourgogne, de Maximilien et de Charles V (4).

A Lierre, la gilde de l'arbalète ou de Saint George , a guide van den voetboog » ou « Sint Joris guide, » la plus ancienne des trois gildes de la ville, recevait chaque année, le jour de son patron, deux paternoster de la commune (8).

Les deux serments de Louvain, le grand serment ou serment de Notre-Dame, et le petit serment ou serment de Saint George, datent de 1313 (6).

« De adele oude kruys-boog guide » ou le noble el ancien serment de l'arbalète, qui existe encore à Malines, donna en 1404 son pre-

(0 Geschiedenis van Diest, I, 233-6.

(2) Aon. de la Société d*Émul. de Bruge-s t. III, 277.

(3) Wegwyzer der stad Gant. Cent 4859, p. 338.

(4) Maestertius, p. 425.

(5) VanLom.p.429.

(6) Piot,p. 46t.

micr grand concours. A cause de son ancienneté, il passait pour le premier serment de la ville. Son local de réunion était situé sur le marché aux grains. Charles de Bourgogne lui donna en 1474 des privilèges, que le roi Philippe II d'Espagne confirma en 1S75.

Le serment dit « den jongen Boog » ou la gilde de la jeune arbalète, dont le règlement date du 10 février 1493, tira pendant longtemps son perroquet sur la tour de Téglise de Saint-Nicolas. À rinstar de chacun des cinq serments de Malines, il était composé de soixante membres ou « Guldebroeders » qui, depuis la saint George jusqu*à la saint Bavon, s'exerçaient chaque dimanche à tirer de l'arbalète. D'après leur règlement, les sociétaires de ce serment qui ne se présentaient i)as la veille et le jour de la fête de saint George pour porter la statue du saint, étaient punis, pour le premier fait d'une amende d'une demi-livre de cire, et pour le second, d'une amende d'une livre. Pour assister à la procession des Pâques, le serment recevait chaque année 24 escalins. La fête patronale se célébrait le dimanche après la saint George par une messe solennelle à l'église de Saint-Rombaut (1).

Le serment de Saint George de Monsdate de 1316; celui de Namur fut institué en 1266, ou plutôt en 1276, par le comte Guy (2).

A Termonde,la gilde de Saint George (Sint Jorisgilde) ou de l'arbalète (voetbooge), est le plus ancien et le plus honoré de tous les serments de la ville. Philippe-le-Bon le confirma et lui donna de . nouveaux privilèges par une charte de 1451, où il est dit que les arbalétriers ont bien mérité de ses aïeux et de leur propre ville,<( dat zy aen zyn voorvaderen dickwils met lof hebben dienstich geweest ende aen dese stadt tôt bescherminge. »

En 1455, ces arbalétriers remportèrent le prix au grand concours de Tournai, où il y avait 59 serments et 523 tireurs

(1) Wautera, loic. cit. p. 2.

(2) Maestertius, p. 37, 83.

A Vilvorde, la gilde des arbalétriers, donl saint George était le patron, se réunissait annuellement le jour de la fête de ce saint, dans sa chambre (op ter schu tiers camere) à Thôtel de ville, et se rendait de là à l'église, pour y entendre la messe.

Cette gilde, dite la grande gilde, n'ayant pas encore de statuts, les magistrats lui en donnèrent le 12 décembre 1416, et le duc Jean IV, en approuvant ces statuts, le 8 décembre 1417, déclara absoudre d'avance le tireur qui, pendant un tir, commettrait un homicide sans qu'il y eût de sa faute.

Le 5 avril 1830, le maire et les échevins remirent en vigueur le règlement de la gilde, et Charles-Quint l'approuva, le 18 janvier " suivant.

Les confrères de cette gilde figurèrent dans la plupart des grands concours du pays, et particulièrement à Maliues, en 1393 et 1404, à Tournai, en 1394, à Bruxelles en 1468, 1868, etc. ils donnèrent eux-mêmes des tirs en 1442, 1487, etc.

Depuis le dimanche après la saint George jusqu'au dimanche avant la grande kermesse, la gilde donnait tous les mois un tir, « maenscheut n (1).

Tous ces serments sont organisés de la même manière. A peu d'exceptions près, leurs statuts sont semblables; ils ont été publiés en partie par M. Alphonse Wauters, archiviste de Bruxelles, dans son excellente monographie des anciens serments de cette ville.

Partout les arbalétriers reconnaissent saint George pour protecteur; même si, en quelques villes, les serments de l'arbalète vénèrent particulièrement la mère du Christ ou quelqu'aulre saint, saint George est toujours associé au culte qu'on leur rend, et sa fête est célébrée aussi solennellement que celle du patron dont le serment porte le nom (2).

(1) H.d.E.d.B.,t.II, 467-8.

{î) Wauters, loc. cit., p. 3.

A Aavers se faisait chaque année une procession en souvenir de la victoire que les Anversois remportèrent sur les Flamands, le 23 avril 1485.

On y portait solennellement la statue de saint George, puis on se livrait à diverses réjouissances. C*est l'origine de la kermesse, dite St-Joris kermis, qui dans la suite fut transférée au dimanche après la saint Jean, et a cessé d'avoir lieu depuis 1846 (1).

D'après la croyance populaire, il est bon de semer le jour de saint George, si la lune n'est pas défavorable (2).

^-4 avril. — (Prunus spinosa.) Saint Fidèle de Sigmariugen ; saint Léger.

Le deuxième dimanche après Pâques s*appelle, dans la Flandre Occidentale, « Oude queinen-zondag » ou « Oude wyvekensdag, » dimanche des vieilles matrones (3).

A Liège, il est d'usage que les enfants qui ont fait leur première communion aillent en pèlerinage à Notre-Dame de Chièvremont.

A Bruges, on célébrait ce jour les tournois très-renommés de l'Ours blanc.

La statue de l'Ours blanc, placée dans une niche au coin de l'Académie des Beaux-Arts, est le dernier souvenir de la société chevaleresque de rOurs blanc, qui date de l'an 1320. En cette année, Jean Metteneye fut fait forestier de la société du tournoi de l'Ours blanc. C'était là le titre que l'on donnait au chef, dont les fonctions duraient

(1) Merteos, t. lU, Î92-3.

(2) Gorenfians, p. 79.

(3) Coremans, p. 44.

un an. 11 acquérait ce titre en remportant dans la joute le prix de la lance (spiet). Les autres prix, accordés annuellement tant aux chevaliers étrangers qu'à ceux de Bruges, consistaient en un ours et un cornet de chasse en argent.

Le deuxième dimanche après Pâques le forestier, accompagné des autres chevaliers qui avaient tous une suite brillante, se rendait en grand cortège de Tabbaye d'Eekhoulte, lieu ordinaire de la réunion, à la grand'place. Là il faisait le tour de Tarène, recevait les compliments des étrangers et donnait le signal des joutes. Un public nombreux encombrait le peu d'espace laissé libre autour de l'arène, et occupait toutes les croisées des maisons de la place.

LeS'tournois les plus brillants de Bruges furent ceux que donna en 1392, Jean de Bruges, seigneur de Gruthuyse, et qui sont décrits dans deux manuscrits de la bibliothèque de Paris, ceux de 1468 et ceux de 1479, où l'archiduc Maximilien se distingua, costumé en bourgeois de Bruges.

Les membres de l'Épinette de Lille venaient disputer le prix à ceux de Bruges; en revanche, les Brugeois se rendaient tous les ans aux fêtes de l'Épinette, lesquelles, depuis 1470, par ordre de Charles, duc de Bourgogne, avaient lieu le dimanche avant carême.

Arnould Breydel, qui embrassa le parti de Maximilien, et porta les armes contre sa ville natale, fut le dernier forestier. Il paya sa conduite de sa tète, en 1489 (1).

Le même jour a lieu à Gand la kermesse qu'on nomme a Zomerlief » ou « 0. L. V. lert-den-teen. »

Une auberge appelée « Slaekske » et située hors de la porte de Bruges, à une demi-lieue de la ville, est le rendez-vous d'une foule innombrable de promeneurs qui y affluent pour s'amuser à boire de la bière, à manger du jambon (eene musch hesp) et à danser.

L'usage de se choisir ce jour-là une danseuse pour l'été en lui mar-

(1) Ann. de la Société d'Ëmul. de Bruges, 1. 1, 29 sq.

chant sur le pied, valut à cette fête le nom populaire de « Zomerlief » ou « 0.î,L. V. tert-den-teen, »

9tt avril» — [Tulipa prœcox.) Saint Marc, auquel deux églises sont consacrées.

La « Saint-Marc » est une locution qui revient souvent dans la bouche des campagnards. Comme en général le 2S de chaque mois, le 25 avril était un jour férié, et compte parmi les jours de sort. Un grand nombre d'idées populaires s'y rattachent.

« Zoo lang de vorschen voor sint Markus quaeken, moeten zy na sint Markus zwygen, » les grenouilles se tairont autant de jours après la saint Marc qu'elles auront coassé auparavant, dit un proverbe flamand (1).

Réciter les prières de saint Marc est un antique devoir du cultivateur.

Il ne faut pas manger de viande ce jour, si Ton ne veut pas récolter la grêle ou la mauvaise herbe.

La semaine de saint Marc est bonne pour les semences, quand la lune est favorable.

On dit que celui qukse rend, la nuit de saint Marc, sur le portail d'une église, entre minuit et une heure, voit les esprits de ceux de ses voisins qui mourront pendant l'année. C'est ce qu'on nomme i quaed zien » (2).

Dans les contrées où l'on a un soin spécial de la culture du lin,

(1) Tuinman, Voorteekenen, p. 6.

(2) Coremans, p. 20, 79, 80.

que l'on sème vers cette époque , on appelle communément ce jour « Mârcus de vlaszaeijer, » saint Marc le semeur de lin ; et comme de temps immémorial cette culture est en grande considération en Belgique, il n'est pas étonnant que la procession, en tout semblable à celle des Rogations, qui se fait le jour de saint Marc, passe pour une institution destinée à obtenir du ciel une bonne récolte de lin et de chanvre (1).

A Liège les vitriers chômaient la fête de saint Marc, leur patron.

A Lobbes on célébrait le même jour la fête de saint Ermin, abbé de Lobbes, mort en 737 (2).

5^0 avril. — {Erysimum barbarea.) Saint Ctet ; saint Floribert ; saint Gaston;

saint Marceilin.

II n'y a que trois églises dédiées aux saints Glet et Marceilin.

A Malines le métier des « oude schoenmaeckers » ou savetiers célébrait à l'église de Notre-Dame au-delà de la Dyle la fête de saint Anien, son patron.

(0 Avontroodt, Mss., p. 30.

La procession de la saint Marc, appelée généralement la « Grande Litanie, » a été établie, dit-on, par le pape saint Grégoire, en 590. En novembre 589, le Tibre avait débordé d'ane manière effrayante, et, en se retirant, il avait laissé dans les campagnes nne telle infection, que celui qui éternuait ou qui bâillait, était atteint de la peste. Le pape Pelage II venait d'être emporté par cette maladie. Son successeur, saint Grégoire le Grand, ordonna des supplications et des jeûnes extraordinaires pour obtenir de la grâce de Dieu la cessation du fléau. Ses vœux furent exaucés, et en mémoire de ce bienfait, Grégoire institua la procession annuelle {*).

(•) Cornet, p 109-110,

U9 avril. — {Géranium Robertianum.) Saint Antoine ; saint Libert ; saint Pierre de Milan.

Le samedi avant le 1*^' mai le serment des archers à Bruxelles tirait l'oiseau , que Ton plaçait au sommet de la grosse tour, au Pré-aux-Laines, sur le rempart situé entre les portes de Namur et de Hal. Tous les confrères devaient y assister, sous peine pour chaque contrevenant d*une amende de dix placques. Le vainqueur donnait caution pour le collier dont on le ceignait, et comme indemnité des dépenses que lui causait son triomphe, on lui remettait un florin d*or ou soixante placques.

Le lendemain se faisait une procession dans laquelle on portait la statue de saint Antoine; ensuite avait lieu un grand repas commun, auquel tous les membres étaient tenus d'assister (1).

SO avril. — (Primula veris») Saint Eatrope ; sainte Catherine de Sienne.

Saint Eutrope, auquel deux églises sont dédiées en Belgique, est appelé vulgairement saint Itrope et invoqué par le peuple contre les hydropisies.

Dans la célèbre abbaye d*Afflighem en Flandre, on fête la mémoire du bienheureux Radulphe ou Raoul, prêtre et moine de celte abbaye, lequel garda un silence absolu durant sept années, et éteignit un jour un violent incendie, par le seul signe de la croix (2).

(4) Wauters, Not. bist. s. 1. anc. serm. de Bruxelles, p. 23. (2) Gazet, p. 330.

A Walencourt, vulgairement appelé Waulsor près de Dinanl, la fête de saint Forannan attire chaque année un grand concours de pèlerins, qui y affluent de toutes parts pour honorer les reliques de ce saint, et pour invoquer son intercession contre les maux de dents.

Issu d'une noble famille d'Ecosse, saint Forannan occupait un siège archiépiscopal dans sa patrie, quand il eut une révélation qui lui ordonna de se rendre au pays de Namur, à Beauval ou Valencourt (Vallis décora) pour y assister un comte qui voulait ériger un monastère. Il choisit douze compagnons, passa la mer d'une manière miraculeuse, et arriva à Tendroit indiqué où il raconta au comte sa révélation. Puis il alla à Rome pour demander la confirmation du monoblère. Benoit VII b lui accorda sous la condition expresse qu'il retînt la dignité épiscopale et qu'il fût le premier abbé. De retour à Waulsor, il y mourut le 30 avril 982, après avoir vécu en grande sainteté. Nombre de miracles opérés à son tombeau illustrèrent Téglise où Ton honore ses reliques. On y conserve également l'étole avec laquelle le saint guérissait de la morsure d'un chien enragé, et par laquelle plusieurs personnes ont été délivrées depuis du même mal (1).

A Malines les fripiers ou « oude kleerkoopers » célébraient autrefois la fêle de saint Quirin, leur patron, par une messe solennelle dans l'église Saint-Rombaud.

Le dimanche après la saint Marc la gilde de l'arc qui existait à Watermael près de Bruxelles, sous le patronage de la Vierge et de saint Clément, tirait annuellement l'oiseau. Le vainqueur était proclamé roi ; s'il remportait le prix trois fois de suite,, il prenait le titre d'empereur; après le tir il y avait un banquet suivi de la reddition des comptes et de la réélection des dignitaires.

Les statuts de cette gilde furent approuvés et confirmés par la gilde de l'arc de Bruxelles. Lorsque celle-ci avait résolu d'aller à un

(1) Gazel, p. 29«-9.

tir, elle se réservait le droit d'y envoyer un ou deux très-adroits tireurs, choisis dans la gilde de Watermael, comme dans les autres petites gildesdeson ressort, mais en les indemnisant de leurs dépenses.

D'après les statuts, chaque confrère devait se faire confectionner un nouvel habit tous les deux ans, pour le jour de la fête du Saint- Sacrement ou celui de la kermesse, et devait payer une amende de six placques, s'il n'assistait pas au tir. S'il blasphémait ou commettait quelque autre délit, il devait donner dix-huit mites.

Au grand tir qui eut lieu à Bruxelles le H juin 4531, les archers de Watermael gagnèrent une assiette d'argent (1).

Le troisième dimanche après Pâques, on célèbre k Vilvorde la procession solennelle de la confrérie de Notre-Dame de la Consolation. Celte procession sortit pour la première fois en 1875.

C'est aux religieuses Carmélites qu'est due l'extension du culte que l'on rend à Vilvorde à l'image de Notre-Dame de la Consolation. A leur prière l'évèque Robert de Croy érigea la confrérie de ce nom (21 août 1838), que plus tard l'archevêque Vanhove annexa à celle du Scapulaire, et qui compte encore un grand nombre de membres. Jusqu'en 1632 les religieuses accompagnaient la procession, tenant un cierge à la main; alors s'introduisit l'usage de faire porter par de petits enfants, les emblèmes des mystères de la vie de la Vierge ou les tableaux des miracles obtenus par son intercession.

Les temps de calamité forcèrent à plusieurs reprises les Carmélites de s'enfuir et de rebâtir leur chapelle. En 1831, la communauté reprit l'observance rigoureuse des statuts de l'ordre. L'église a été achevée en 1665 et consacrée le 6 septembre 1671 (2).

(0 H. d. E. d. B., t. III, 340.

(2) H.d. E. d. B.,t.n,508sq.

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