‹ Calendrier belgeChapitre 10 sur 38 · DÉCRET DE SUPPRESSION DE LA PROCESSION Â BRUGES · texte numérisé non relu

DÉCRET DE SUPPRESSION DE LA PROCESSION Â BRUGES

Gbers Et Bien Aimés, étant informée que, depuis Tan 4 667 il s*est introduit dans la procession qui s'exécute tous les ans dans votre ville de Bruges, le dimanche des Rameaux, un nombre considérable de soi-disans pénitens qui accompagnent, les uns en traînant après eux des grandes boules de fer, attachées à des chaînes, les autres étant chargés de grandes croix de bois, et d'autres enQn étant vêtus de cilices, on ayant la tète couverte de sacs de différentes couleurs, que quelquesuns de ces soi-disans pénitens, habillés à la romaine, portent des casques, des grouppes et des grandes figures sur la tète, que plusieurs d'eux, travestis en génie, chantent des psaumes de la pénitence et déclament des vers flamands, que d'autres portent des falots en guise de brasiers, que quelques-uns battent la caisse, que Philippe-le-Bel est représenté en habit espagnol, que cette marche se termine par une nombreuse cavalcade de gens habillés à la romaine qui représentent la garde de Pilate,

Nous vous faisons la présente pour vous dire, que nous avons supprimé, comme nous supprimons cette partie de procession dont il s'agit, que notre intention est que personne ne l'accompagne en habit ou ajustement quelconque déguisé et non ordinaire, que l'on n'y porte ou fasse porter aucune image, instru-

A la procession qui sortait le môme jour de Téglise Saînt- Pierre à Louvain, on traînait une grande figure de bois représentant Jésus entrant à Jérusalem sur un âne (4). Le peuple qui croyait qu'il y avait des indulgences à gagner en s'attelant à celle machine, s'empressait d'en saisir les cordes par une extrémité; ce qui occasionnait souvent des querelles suivies de voies de fait. Il n'y avait point d'année qu'il n'y eût quelque accident à déplorer (2).

A Tirlemonl la procession du dimanche des Rameaux commençait par les douze apôtres vêtus en scaramouches, la tête affublée d'une énorme perruque noire, le visage barbouillé de suie et le menton couvert d'une barbe de bouc. Le traître Judas seul portail une perruque rousse. Puis venait une statue du Christ, montée sur un âne et tenant en main une branche de palmier chargée de figues, de raisins et d'oubliés que les enfants s'efforçaient d'arracher pen-

ment ou représentation sous quelque dénominatioa qu*elle puisse tomber, è la réserve de l'image de Nolre-Dame-des-Sept-Douleurs et qu'en un mot les choses soient réduites à leur institution primitive, et sur le pied où elles étaient en 4667. En conséquence nos roiales intentions sont, qu'à la réception de cette, vous émaniés et publiés en due forme une ordonnance, qui fasse connaître au public la suppression que nous venons de faire, et enjoigne à tous et un chacun de s'y conformer, sans pouvoir s'en écarter en manière quelconque, ni sous quelque prétexte que ce puisse être, le tout sous des peines convenables à cornmines.

A tant, cbers et bien Aimés, Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles, le n mars 4 778 (').

(4) Schayes, p. 458-9; E. Van Even, monographie de l'église de St-Pierre à Louvain. Louvain, 4 858, p- 9.

[i] Dans la même ville on avait coutume de promener autour de Téglisel ' St-Jacques une énorme statue représentant le Seigneur assis sur un âne. Cette statue, qui s'avançait sur des roulettes, avait été exécutée en 4497, par Jean Van Bullestraten, de Louvain. (E. Van Even, l'Église de St-Jacques, p. 224.)

(*; Clément, II, î6ii-6.

danl le trajet. Le clergé précédait le saint Sacrement, et se rendait dans un jardin qu'on supposait être t:elui des Oliviers. Là on chantait des hymnes gothiques, et on représentait dramatiquement quelques traits des événements qui précédèrent la passion du Sauveur.

Pendant la procession dite des Rameaux qui se fait de nos jours, on s'arrête à la porte extérieure de Téglise. Une partie des chantres entrent dans l'édifice, en ferment la porte et entonnent le célèbre cantique : « Gloria, laus et honor tibi sit, etc. » (Gloire, honneur et louanges vous soient rendus, ô Christ Rédempteur), composé par l'évêque Théodulfe d'Orléans, un des savants de la cour de Charlemagne (1). Le prêtre et les assistants qui sont dehors, répètent à tous les deux premiers versets. Puis le sous-diacre frappe avec le bois de la croix à la porte de l'église, celle-ci s'ouvre et la procession rentre.

En quelques endroits, il est d'usage que les enfants de chœur déposent leur surplis, et se couchent à terre en chantant : « Hic est qui venturus est » (Voilà celui qui doit venir), pour rappeler la circonstance que les Juifs étendirent leurs vêtements sur la route par laquelle devait passer le Sauveur (3).

Avant de commencer le service divin le prêtre bénit les rameaux qui sont déposés aux pieds de l'autel. C'est pourquoi à Lierre on voit, dès le point du jour, les campagnards et les jardiniers, leurs femmes et leurs enfants, cheminer vers l'église, portant sous le bras de

{i] Cet Ulustre prélat ayant été faussement accusé de conspiration, Louis-le~ Débonnaire le fit arrêter et mettre en prison. Durant sa captivité, il composa c«t hymne, qui contient soixante-dix-huit vers. Le jour des Rameaux, Louis-Ie- Débonnaire se trouvant à Angers, passa devant la prison de TÉvêque. Celui-ci se mit à la fenêtre, et à travers les barreaux, chanta son joyeux cantique. Le roi eu fut si charmé, qu'il rendit la liberté au prélat et le rétablit sur son siège. C'est de là qu'on prit occasion de chanter ce cantique pendant la procession des Rameaux.

(î) Cornet, p. 64-56.

grosses touffes de buis ou « palmlakken, » dans le but de les faire participer à la bénédiction des rameaux. Après la messe on donne ou on vend aux habitants de la ville quelques branches de ce buis bénit et on remporte le reste à la ferme ou à la métairie (1).

A Bruges les enfants de chœur vont, après la messe, de porte en porte pour offrir des rameaux bénits moyennant quelque argent.

A Bruxelles, ce sont les mendiants et les enfants pauvres qui, au sortir de la messe, stationnent aux portes des églises et vendent à ceux qui en sortent le buis bénit.

A Huy, les enfants pauvres vont porter les palmes bénites dans les maisons pour y recevoir quelque aumône.

A Ath, les petites filles des classes inférieures vont de famille en famille offrir les rameaux bénits.

En d*autres villes ce sont les sacristains qui vendent les palmes.

A la campagne une personne au moins de chaque famille apporte du buis à Téglise pour le faire bénir; car on y attribue de grandes vertus aux palmes bénites et on en fait beaucoup d*usage. En Flandre les hommes en mettent secrètement une feuille sous le ruban de leur chapeau ; quelquefois même ils le font ostensiblement et attachent un petit rameau à ce ruban.

Partout, même dans les villes, on en met de petites branches sous le toit et dans toutes les places de la maison, y compris lesétables et les granges, pour les garantir de la foudre. Du temps où les vitres des fenêtres de presque toutes les habitations étaient encore assujetties dans des châssis de fer ou de plomb, on aimait à y entrelacer également quelques petites branches de buis bénit. En outre, on place un petit rameau bénit dans le vase destiné à contenir Teau bénite et on s*en sert en guise d'aspersoir. Quand un orage approche, un habitant du logis va parcourir les divers appartements pour les asperger d'eau bénite avec cette branche de buis. On s*en sert de

(4) ÀTODtroodt, Mss., p. 24.

même quand une personne est décéJée. On place alors le vase contenant l'eau bénite près de la bière, et celui qui vient réciter un « paternoster » pour le repos de Tâme du défunt, ne manque pas de jeter sur le cadavre quelques gouttes d'eau bénite (1).

Dans les campagnes du Limbourg, au-dessus de chaque lit est suspendu un petit bénitier de pierre; lesenfantsy mettentde petites palmes bénites « palmtakjen » et en offrent à chaque personne qui entre dans la chambre, afin qu'elle s'en serve pour s'asperger d'eau bénite (3).

Les campagnards fichent aussi des rameaux bénits aux quatre coins de chaque pièce de terre ensemencée de blé dans le double but de la préserver de la grêle et d'empêcher les sorciers de jeter quelque maléfice sur les fruits. Ils ont la ferme persuasion que les terres produisent alors davantage (3). Ils mettent également du buis bénit sur leurs fourrages pour les préserver des vers qui les gâtent, et ils eu trempent cinq feuilles, le jour des Rameaux, dans le breuvage des vaches afin de les purger (4).

Dans le pays wrallon, on croit que les rameaux bénits sont un préservatif contre les taches de rousseur appelées en wallon « brens de Judas » (5).

(4) AvoDtroodt, Ms9., p. 24.

(2) Yolksleesboek, p. 45.

(3) Ed fichant les palmes bénites dans la terre, les paysans de la Flandre Occidentale récitent les paroles suivantes :

Ik zegen hier myn koom

Tegen dea bliksem en tegen den oorin,

Tegen de meissens en tegen de knechten,

Opdat ze myn koorn niet ommevecbten,

En tegen dat duivelsch zwynges

Dat zoo kwaed om pikken es

(De Toekomst, 1. 1, 867).

(4) LiebrecbU, 0. 1., p. 227-229-239.

(5) Goremans, p. 78.

L'usage de jeter quelques branches de buis bénit dans le feu, quand le tonnerre gronde fortement et qu'il est de longue durée, s*est conservé dans les villes aussi bien que dans les campagnes ; pour empêcher que Ton ne marche sur les cendres du buis bénit, on a coutume, à Dinant, de les jeter dans un trou creusé à cette fin dans la terre du jardin ou de la cour.

L'ancienne habitude qui était assez généralement répandue en Belgique, de ne pas manger de viande le jour des Rameaux, n'existe plus, mais on en trouve encore des vestiges dans plusieurs villes. A Eecloo, par exemple, la mère ou la grand'mère fait ce jour-là des gaufres pour toute la famille.

Un usage assez curieux était pratiqué jadis à Bouvignes, près de Dinant :

(( Chaque année, au dimanche des Rameaux, tous les prêtres de Bouvignes, cierges allumés, excommunieront ceux qui par paroles ou de fait, auront voulu enfreindre la loi ou violer la liberté de la ville. » Ce fut la comtesse Yolende et son mari Pierre de Courtenay qui établirent cette clause lorsque, le 15 août 1213, ils renouvelèrent les franchises de Bouvignes et jurèrent de les maintenir; ils ordonnèrent que tous leurs successeurs prêteraient le même serment (1).

Si le jour des Rameaux ou « Palmdag » est beau et clair, dit un proverbe flamand, l'année sera bonne et fertile (2).

(() La Meuse Belge, p. 42.

(2) Tuinman, Voerteekenen, p. 5.

-t avril. (FrUiUaria mperialis.) Saint Isidore de Séville ; saiot Hildeberi.

Ce qu^on sème pendant les premiers jours de la semaine sainte vient bien (1).

tt avril. [FrUillcuria imperialis.) Saint Ambroise ; sainte Jalienne ; saint Vincent-Ferrier.

A Ben-Ahin, dans le doyenné de Huy, on chôme le 5 avril la fête de sainte Julienne, vierge célèbre par le zèle qu'elle déploya pour rinstitution de la Fête-Dieu. Née à Rétinne et abbesse du couvent de Mon t-Gorni lion » près de Liège, elle mérita par sa piété, son humilité, son amour du recueillement et de la pénitence que le Seigneur daignât lui révéler que l'Église devait instituer une fête particulière et solennelle en l'honneur du Sacrement de l'Eucharistie. Elle communiqua la révélation à des hommes savants et pieux, et voyant qu'après mûr examen ils y ajoutaient foi , elle-même les exhorta vivement à solliciter de l'évêque de Liège l'établissement de la Fête-Dieu. Le prélat y consentit et l'institua dans son diocèse.

Les dernières années de sainte Julienne furent marquées par des humiliations et des soufiTrances. Chassée de son monastère par des factions, elle erra de retraite en retraite jusqu'au jour de sa mort. Arrivée à Fosses, dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, elle y tomba malade, et comprenant que sa fin était proche, elle se fit transporter dans

0) Coremans, p. 79.

Téglise collégiale et y reçut avec une ferveur admirable le saint viatique.

Elle mourut le 5 avril 1258 (1).

O avril — [Hyacinthus racemosus.) Saiat Célestin I, p.; saint Sixte 1; sainte Gélestine.

Le mercredi de la semaine sainte s'appelle « krommen woensdag » mercredi tortu, ou « schorsselen-woensdag , schortelenwoensdag , schorteklokswoensdag » mercredi qui suspend les cloches, c'est-àdire la sonnerie des cloches (du mot flamand « schorsen, schorten, » suspendre). Ce dernier nom lui vient de ce que les cloches cessent de sonner le mercredi saint « pour aller à Rome, » à ce que Ton dit (als de kiokken naer Roomé gaen).

La première dénomination s'explique par la circonstance que, d'après l'Évangile, les juges de Jésus prononcèrent ce jour-là leur inique sentence en torturant le bon droit. « Het regt krommen, » recourber, tordre le droit, se dit encore aujourd'hui dans la signification de falsifier le droit (2).

La croyance populaire s'oppose à ce qu'on file, depuis ce jour jusqu'au jour de Pâques, de peur qu'on ne file des cordes pour lier le Seigneur (3).

(4) DeSmet.M. d. M., p. 453-455.

{%) Goremans, p. 54, 442.

(3) Liebrecht, 0. 1.,p. 233.

7 wki^riU — [Anémone nemorosa.) Saint Aibert; saioi Clotaire; bienheureux Hermao Joseph.

Saint Aibert, reclus de Tordre de saint Benoît au diocèse de Tournai, mourut en H40, après plus de cinquante années passées dans la pénitence et la solitude. La Vierge, dit son biographe, daigna le nourrir de ses propres mains (1).

Le jeudi saint (2), appelé en Allemagne le jeudi vert « grûndon-

[i) Le jeudi saint, qu'on appelait aussi jeudi absolu à cause de Tabsolution qu'on donnait alors aux pénitents, nous rappelle, outre l'institution du sacerdoce indiquée par la bénédiction du saint chrême et le lavement des pieds, « Tinstitution de la sainte Eucharistie. » CTest la célébration de ce mystère qui est Tobjet principal de la fête du jeudi saint. Pendant longtemps cette fête dont le pape Léon décréta la solennisation en 692, fut obligatoire, et on adoucissait le jeûne à cause de la grande solennité de ce jour. Anciennement il était même d'usage que tons les fidèles communiassent ; ceux qui jeûnaient, recevaient la communion le soir, et ceux qui ne pouvaient jeûner la recevaient le matin. Mais, dans la suite, l'Église jugea à propos de transférer la fête particulière du Saint-Sacrement au jeudi après Toctave de la Pentecôte, et le concile de Trente, assemblé en 4549, réduisit le jeudi saint au rang des douze fêles livrées à la dévotion des fidèles. L'Église ne laisse pas cependant d'honorer encore aujourd'hui la sainte Eucharistie dans les offices de ce jour.

Dans la messe qui se célèbre avec toute la pompe que permet le deuil de la Passion, on ne donne point la paix, comme dans les autres fêtes, par horreur pour le baiser sacrilège que le traître Judas donna à son maître. Si tous les prêtres, excepté le célébrant, s'abstiennent de dire la messe ce jour-là, ce n'est pas par des motifs de deuil comme le vendredi et le samedi saints: c'est pour imiter de plus près la cène, où le Seigneur, instituant l'Eucharistie, fit pour la première fois les fonctions de sacrificateur et fut le seul célébrant {*).

(•) Cornet, p. 70.

nerstag, » est nommé en flamand « witte, booge, groote donderdag )» (jeudi blanc, jeudi haut, jeudi grand).'

Pour expliquer les dénominations vulgaires de « blanc » et de « vert, » on a eu recours à la fois au paganisme et au christianisme. On attribue généralement le nom de jeudi blanc, soit à la circonstance qu'en ce jour on distribuait autrefois des pains blancs au peuple, soit à la coutume qui fait tendre les églises de draps mortuaires, pour les cérémonies du vendredi saint.

Cependant le grand nombre de pratiques et d'idées superstitieuses se rattachant au jeudi saint, ont inspiré à quelques savants la présomption, assez fondée du reste, que le jour de Thor avant TEostur était une fête spéciale pour les anciens Germains, et que ceux-ci, convei*tis au christianisme, tout en célébrant la fête chrétienne du jeudi saint, lui ont conservé les dénominations de leur ancienne fête païenne.

A Anvers on appelle le jeudi saint « soppendonderdag, » à Termonde « dopperkensdag, » parce que dans ces villes il est encore d'usage de prendre en famille de Thydromel ou « môe, » et d'y tremper (« soppen » ou « doppen ») une espèce de pistolets (« wekken })) ou des gâteaux.

A Termonde, où dans tous les ménages on mange ce jour de petits pains chauds (heet brood), de même que le jeudi qui précède la Mi-Carême, les orphelins de l'établissement de bienfaisance recevaient une collation consistant en hydromel et en gâteaux.

Le même régal se faisait dans les cinq maisons de bienfaisance à Anvers, et la maîtresse de l'hospice dit « Infirmerye, » aujourd'hui hospice de Saint-Biaise (Blasiusgodsfauis), y recevait également chaque année deux florins pour acheter « mêe en weggen » (1).

Dans l'abbaye de Grand-Bigard, près de Bruxelles, on cuisait ce jour-là vingt-quatre seliers de froment que l'on mêlait à

(\) Mertens, t. IV, p 250-251.

douze seliers de froment blanc pour les distribuer aux pauvres (1).

Dans celle de Postel, près de Turnhout, on distribuait le jeudi saint autant de pains dits « prove, » que le jeudi gras (2j.

Dans la plupart des hospices consacrés à saint Julien, il existait des fondations, en vertu desquelles un nombre plus ou moins grand de pauvres ou de pèlerins étaient gratifiés le jeudi saint d'un bon repas.

A Anvers, dans Tfaospice appelé « Sint Julianus gasthuys » douze pauvres qui ont visité Rome ou la terre sainte, sont encore aujourd'hui admis à un grand buffet garni des plats les plus friands, des vins les plus fins, de sucreries et de confitures de toute espèce (3).

A Matines, on offrait autrefois à douze pauvres, en vertu d'une fondation de Simon Van den Steen dit Schoonjans, datée de Tan 1444, un bon dtner avec du vin. Ce repas se faisait dans la maison du charitable fondateur, située sur le « Borgersleyn boven den Pas; » la collation terminée, on leur baisait la main droite (4).

La coutume de distribuer des pains et de l'argent aux deux pauvres qui ont été choisis pour la cérémonie du a Mandat » ou du lavement des pieds, s'est conservé dans toutes les églises où le Mandat existe. A Malines le cardinal-archevêque leur fait distribuer à chacun un pain et une pièce de cinq francs.

A Courtrai, dans la chapelle Sainte-Anne de l'église de Saint- Martin, après le lavement des pieds, le curé faisait un sermon auquel assistait tout le clergé, le magistrat et les notables de la ville. Après le sermon, on distribuait du sucre, un verre de vin de France et un verre de vin d'Espagne aux auditeurs. Le curé avait pour sa part deux pots de vin d'Espagne ou d'un autre vin de liqueur; le

(i) Cf. 42 février.

(3) DeVIaemscheschooI, t II,î5?q.

(4) Azeveilo.

sacristain et les autres assistants recevaient chacun une pinte de vin. Mais cette fondation fut supprimée en 1736 (1),

La coutume pratiquée jadis, de représenter sur des tréteaux en plein air le jardin des Oliviers avec tous ses accessoires, fut également abolie, à cause des désordres qui accompagnaient trop souvent ce spectacle religieux (2).

Mais à Namur on a encore l'habitude d'imiter en quelque sorte la Gène. On rassemble tous les membres de la famille et tous les gens de la maison à une même table, et Ton prend en commun du café, du thé ou du chocolat avec des « lunettes. » On nomme cela a faire la (Xîne. »

Les magnifiques processions qui représentaient en majeure partie la Passion du Seigneur, ne se font plus.

A Anvers, les Capucins établirent en 1586 une procession de flagellants, qui fut reproduite Tannée suivante. Elle commençait et finissait dans Téglise des Jésuites, et tenait Tordre suivant :

D abord un Jésuite couvert d'un sac et portant une grande croix de bois, puis des chantres également couverts d'un sac et portant une grande croix de bois, ensuite les flagellants au nombre de soixantecinq, accoutrés d'une manière uniforme et se frappant le dos. Au milieu d'eux marchait un homme traînant une croix attachée à son cou par une corde. Une foule innombrable de dévots fermait la marche (3).

A Bruxelles, on vit en 1549, le soir du jeudi .saint, une procession composée d'Espagnols et d'Italiens au nombre de cent-cinquante, qui se flagellaient avec des cordes au bout desquelles étaient fixées dos étoiles d'argent (4).

En d'autres villes, particulièrement à Maestricht, des processions

(<) Schayes, p. 204.

(2) Ibid., p. 229-230.

(3) Ibid., p. «64.

(4) Ibid., p. I6i-I63.

semblables eurent Heu jusqu'au milieu du dix-septiëme siècle.

A Oslende,les Pères Capucins organisaient une procession qui représentait la Passion de Jésus-Christ. Chaque « station » portée par douze hommes, nu-pieds et couverts d'un vêtement de toile grise à long capuchon, représentait en figures de grandeur naturelle une scène de la passion, par exemple la Cène, le jardin des Oliviers, le Christ devant Anne, Cayphe ou Pilate, etc.

Une foule de gens revêtus d'habitsde toile suivaient ces représentations; quelques-uns portaient une croix de bois, d'autres tenaient à ia main des torches allumées, d*aulres enfin traînaient une bombe attachée par des chaînes de fer. La garde du corps de Pilate, à cheval et couverte de vieilles armures, était suivie par Jésus-Christ portant sa croix et terminait ce cortège qui se composait habituellement de plus de 300 pert^onnes. C'est le 7 mars 1675 que celte procession sortit pour la première fois (1).

A Gand, avait lieu la grande procession d'Akkerghem, appelée a den grooten ommegank van Eckerghem. »

A côté de réglise de Saint-Martin, presqu'en face de la congrégation des Maroles, se trouvait une croix plantée sur une éminence, que Ton appelait le mont Calvaire. A partir de cet endroit, il y avait le long du rempart jusqu'à la porte de Bruges et dans quelques rues avoisinantes plusieurs stations, devant lesquelles on faisait l'espèce de pèlerinage dit a den grooten ommegank. »

En 1797, on enleva la croix et les stations, mais en 1806 l'ommegank fut rétabli dans Tinlérieur de l'église, où sont exposés les tableaux représentant la Passion du Seigneur.

A la communion de Pâques il était d*u.sage, dans la même église d'Akkerghem, d'offrir aux communiants un verre de vin « om zich daermede te reficierene, » pour se restaurer (2).

(4) Bowens, 1. 1, U7-8.

(î) Dierickx, II, 630-4; SteyaerU, p. 197-8.

Les hommes armés de casques et de cuirasses, et portant une lance à la main, qui se tenaient le jeudi saint, dans les églises, immobiles pendant quelques heures à côté du saint Sépulcre, en signe de pénitence, et qui existaient jusqu'au commencement du 18' siècle, ne se voient plus (1). Mais en revanche les habitants des Flandres et de la Campine font souvent ce jour-là leurs prières, les bras étendus en forme de croix ; à Anvers, nombre de campagnards parcourent le jeudi et le vendredi saints les rues appelées vulgairement les quatorze stations de Jérusalem, la tête nue et en marmottant des prières.

Car la coutume de faire les stations (« kerken bezoeken ») ou de visiter les reposoirs et le saint Sépulcre dans les différentes églises, est encore fort en vogue en Belgique, et le pape Pie VII a accordé, le 7 mars 1815, une indulgence plénière à toutes les personnes qui Tobserveraient.

Autrefois les gouverneurs et gouvernantes des Pays-Bas allaient visiter, le jeudi saint, les principales églises de la capitale, accompagnés de toute la cour et delà noblesse, des archers et des hallebardiers de la garde. Jusqu'au commencement de ce siècle on avait l'habitude d'aller ce jour-là visiter les églises en habit noir (2).

Dans quelques villes on tient à accomplir en entier le cercle du pèlerinage urbain, à ne pas manquer de visiter une paroisse, une succursale, une chapelle, une confrérie.

A Namur on va voir sept églises, en souvenir des sept ermitages situés autour de la ville, lesquels n'existent plus.

Une cérémonie des plus bizarres à laquelle donnait lieu le jeudi saint, se pratiquait jadis à Termonde : c'était la course de l'homme sauvage, ou « wrildemans loop. »

Quiconque voulait entrer dans le métier des brasseurs ou « pyn-

(4) Schayes, p. 205.

(î) Ibid., p. 204.

dcrs, n sans appartenir k une des familles de celte corporation, devait s'engager à parcourir toute la ville en homme sauvage. Celle course se faisait chaque fois au jeudi saint.

Le jour venu, une foule immense de curieux affluait de toutes parts pour assister k ce spectacle, qu'annonçaient les cloches de la collégiale et le carillon de Thôtel de ville.

Précédés d'un charivari musical s'avançaient quelques hommes, portant sur le dos une planche de bois. L'homme sauvage, tout nu, enduit de poix et couvert de plumes, les suivait, armé d'une lourde massue, avec laquelle il frappait continuellement k droite et k gauche sur le dos des hommes qui le précédaient. Arrivé k l'habitalion d'un des notables de la ville, il s'arrêtait, et après avoir plongé ses mains dans un pot de goudron qu'on portait k côté de lui, il en laissait l'empreinte sur la porte ou sur la muraille; les habitants avaient grand soin de conserver ces souvenirs de l'homme sauvage.

La course terminée, le doyen le proclamait brasseur en lui offrant avec ses félicitations une pinte de la meilleure bière de Termonde.

Cet usage, qui s'observait k Termonde de temps immémorial, ne fut supprimé que vers le milieu du siècle passé ; mais le « wildemansdag, » jour de l'homme sauvage, est resté pour les bourgeois et surtout pour les brasseurs de Termonde un jour de fête qu'ils chôment encore k présent k la mode flamande en vidant maints pots de bière (1).

D'après la croyance populaire, les poules sorties d'œufs pondus le jeudi saint changent chaque année la couleur de leur plumage. Les œufs pondus le jeudi saint sont conservés. Bénite le saint jour de Pâques, ils garantissent contre la foudre, et jetés dans le feu ils éteignent l'incendie.

Il faut manger sept sortes de légumes verts mêlés ensemble ou

(i; Belgisch Muséum, l. IV, 382 ss.

s'attendre à ne pas échapper à la fièvre. On dit aussi que la coutume de manger des mets verts le jeudi saint, protège contre le feu céleste (i).

A Anderlecht, les maîtres d'église recueillaient deux fois par an, le jeudi saint et le jour de saint Martin, Targent qui se trouvait dans le tronc de saint Guidon. Par suite d'un usage dont on ignore Forigine et la signification, pendant tout ce temps une femme se tenait seule devant la statue du saint. Elle vendait, parait-il, de petites bannières et d'autres objets de dévotion (2).

Dans la nuit du jeudi au vendredi saint, une grande foule de pèlerins se rend annuellement à la chapelle de Notre-Dame de Chèvremont, située à une lieue et demie de Liège.

Cette chapelle, ombragée d'une double rangée de tilleuls séculaires, couronne le sommet d'une montagne très-escarpée, presqu'à pic, qui tire son nom,Mont-des-Chèvres,Capraemons, Kevermunt(3) Chèvremont, de la difficulté de son accès.

Elle occupe, dit-on, l'emplacement de l'ancienne église de Notre- Dame, laquelle partagea le sort du vieux château détruit parNotger; la petite statue noire de la Vierçe que l'on y vénère, est, si l'on en croit la tradition, celle qui fut retirée de l'ancienne église par le prélat liégeois. , Car ce fut le fameux Noiger qui délivra la ville de sa création du dangereux voisinage du château et de ses habitants dont les déprédations toujours croissantes compromettaient la sécurité et jusqu'à l'existence de la cité naissante.

On ignore quelle époque il faut assigner à la fondation du vieux château de Chèvremont. Vers 680, il était considéré comme une habitation royale dont les rois francs avaient fait une forteresse et

(1) Coremans, p. 78.

(3) Dans deux diplômes de l'empereur Othon l'^qui datent, Tun de 947, et l'autre de 972.

dont sainte Begge, à ce que d'autres prétendent, avait fait un palais. Plus tard il devint un repaire de brigands, un véritable fléau pour tout le pays, surtout depuis que, vers 970, lecomte Tmmont, Guidon ou Idriel, en fut devenu possesseur. A Tabri de toute attaque, tant par la position même du château que par les fortifications qu'il y fit ajouter et qui le rendirent presqu'imprenable, le comte Immont faisait de fréquentes sorties, pillait les voyageurs, ravageait les environs et rentrait dans son aire chargé de butin.

Depuis longtemps les Liégeois avaient tenté en vain de s'opposer à ses violences. Le seigneur de Chèvremont ne faisait que rire des efforts impuissants dirigés contre lui et n'en continuait pas moins sa vie de rapine.

Enfin il se présenta une occasion favorable pour obtenir par la ruse ce qui était impossible à la forc^. Désirant débarrasser à tout prix le pays de son redoutable oppresseur, Notger saisit celte occasion sans s'arrêter k l'illégalité du moyen. En 979 ou 980, le comte Immoot eut de sa femme Isabelle un fils qu'il voulut faire baptiser par l'évèque de Liège en personne. Notger promit de venir, et sous prétexte de donner à la cérémonie la plus grande pompe possible, il se rendit, le 20 août, au château, accompagné d'une suite de plus de deux cents personnes vêtues de longues chapes comme clercs en voyage. Mais à peine l'évèque eut-il passé le pont-Ievis avec tout son monde, qu'à un signal donné, ces prétendus prêtres» qui n'étaient que des soldats travestis et portaient des armes sous leurs aubes, quittèrent chapes et surplis et commencèrent un massacre général qui ne cessa qu'avec la dernière victime. Dans son désespoir, le châtelain s'élança du haut d'une tour dans la Vcsdre, qui coule au pied delà montagne; Isabelle non moins résolue, se précipita, son fils dans les bras, dans le puits du château.

Après avoir fait retirer des édifices sacrés de Chèvremont tout ce qu'ils contenaient de précieux, Notger livra le château au pillage et à l'incendie. Puis, il revint triomphant à Liège, où il mourut le

10 avril 1007, et où son nom est encore de nos jours fort populaire.

La chapelle qui a remplacé l'ancien chàleau, fut rebâtie en Tannée 1697 et réparée en 1717. Bien qu'elle soit d'une grande simplicité, elle n'en jouit pas moins d'une immense célébrité et les innombrables ex-volo, qui recouvrent lilléraleroent ses murs, prouvent assez combien de guérisons on attribue à la statue miraculeuse de Notre-Dame de Chèvremont.

En suivant le chemin escarpé qui est pratiqué )e long d'un des côtés du rocher, on rencontre sept petits oratoires en pierre qui servent de stations aux pèlerins qui gravissent la montagne (1).

® avril. — (Glechoma hederacea.) ^mwi Albert; saint Deoys; saint Perpète;

saiute Perpétue.

Le vendredi saint se nomme en flamand « Goedcn Vrydag » bon vendredi, ou « Witlen Vrydag, » vendredi blanc. Ce jour est « saint » par excellence, parce que c'est alors que le Sauveur s'est offert en holocauste ; il est « bon, » puisque des grâces infinies ont été obtenues sur la croix. La dénomination de « Witten Vrydag » vient des draps mortuaires dont les églises étaient tendues ce jour-là.

Toutes les cérémonies de TÉglise, symboliques jusque dans les moindres détails, nous rappellent la mort du Christ et expriment le

("1) Bovy. Promenades historiques dans le pays de Liège, t. II, 48-32; De Reume, p. 53-58 ; La Meuse belge, p. 467-8.

deuil dans lequel TÉglise est plongée. Môoie la messe proprement dite, y est remplacée par la messe vulgairement appelée « messe en désordre, » ou dans le langage de TÉglise « messe des Pré-sanctitiés, r> c'est-à-dire messe où Ton consomme les dons consacrés la veille (1).

Le « tombeau » ou le « saint Sépulcre » qu'on arrange dans les églises, a donné naissance à Tusage qu'ont les enfants, à Dinant et en d'autres endroits, d'ériger dans les rues une espèce d'autel, et de demander aux passants quelque monnaie pour leur monument.

Les processions de la Passion, qui signalaient autrefois cette journée, ne sortent plus aujourd'hui.

Celle qui avait lieu à Anvers, fut abolie par les Français. Elle était suivie d'une multitude de gens du peuple, traînant de grosses chaînes et des boulets attachés à la jambe. D'autres portaient sur les épaules des marteaux, des blocs de bois et tout ce qu'ils trouvaient de plus pesant (2).

A Bruxelles, la confrérie du Rosaire, k la chapelle des Espagnols dans l'église des Dominicains, avait coutume, jusqu'en 1695, de faire sortir une procession, dont Rombaut a laissé la description dans son livre intitulé : Bruxelles illustrée (t. Il, 328).

Elle était suivie d'une grande quantité de nobles et attirait un concours infini de peuple, qui afiBuait des villes voisines.

La chapelle du Rosaire était ornée d'une magnifique décoration funèbre. On y construisait, près du jubé, un autel tendu de drap noir, parsemé d'emblèmes de la Passion, brodés en or et en argent, et garni d'un grand nombre de chandeliers d'argent, hauts de six à sept pieds, en comprenant les cierges qui étaient allumés. On plaçait au milieu un crucifix, à droite « la Vierge des Douleurs » sur un piédestal portatif, et à gauche un cercueil recouvert

(4) Coroet.

(2) Schayes p. <00-t6l.

d'un drap de soie noire brodé d'or, où l'on plaçait un Christ.

La cérémonie commençait dans l'après-midi, par un sermon en langue espagnole sur les souffrances et la mort de Jésus-Christ, sermon qui était suivi du « Miserere. »

A rissue du sermon, tous les religieux du couvent entraient nupieds, vêtus d'une étole noire également brodée d'or et d'argent. Ils descendaient le Christ de la croix et le mettaient dans le cercueil.

La procession commençait, à cinq heures du soir, par un chevalier portant une croix. Il était suivi de plusieurs trompettes et d'un timbalier vêtus de noir, qui sonnaient des airs lugubres. A leur suite marchaient plusieurs personnes qui portaient les instruments de la Passion. Chaque instrument était précédé d'un gentilhomme avec ses pages ou domestiques. Venait ensuite Notre-Dame des Douleurs, vêtue d'une étoffe noire brodée d'or et d'argent, et portée par seize religieux. Enfin le cercueil suivait, porté par huit religieux et escorté de plusieurs soldats armés.

On dirigeait la marche de cette procession vers la rue de la Madeleine, jusqu'à la place nommée actuellement « Place Royale, » où l'on trouvait un reposoir élevé vis-à-vis de l'ancienne cour, et où l'on posait le cercueil et la Vierge.

Après quelques prières, on continuait la procession qui ne rentrait que fort tard (1).

Dans l'église des Augustins, à Bruxelles, on célébrait le vendredi saint en faisant le simulacre du crucifiment d'un criminel condamné à mort, à qui l'on accordait sa grâce en Thonneur du personnage qu'il représentait.

On construisait au pied de l'autel un vaste échafaud sur lequel était dressée une croix très-élevée. De côté et d'autre étaient construites des espèces de loges pour les dames, les gens de qualité et pour les premiers de la ville, le reste de l'église ne suffisait pas à contenir la

(1) Schayes, p. 159H60.

foule de peuple, que se pressait de toutes parts pour assister à la représentation. Une procession circulait par toute la ville, au son lugubre de plusieurs instruments. D'abord marchaient les confrères « de la Miséricorde, » le visage masqué, les pieds nus et dans le costume de la confrérie, puis des prisonniers traînant à leurs pieds de gros boulets de canon, attachés avec des chaînes de fer; enfin des religieux Augustins travestis en bourreaux, armés de clous, de marteaux et des autres instruments de la Passion, conduisaient le criminel à Téchafaud et y montaient avec lui. Aussitôt ils le dépouillaient jusqu'à la chemise, tiraient au sort ses vêlements et rétendaient sar la croix; puis ils lui attachaient les mains et les pieds avec des courroies qui recouvraient de petites vessies pleines de sang, lesquelles, percées par les clous, faisaient croire aux assistants qu'on avait réellement cloué les mains et les pieds du crucifié. Â cette vue le peuple se sentait ému ; on laissait couler des larmes, et quelques-uns des plus dévots se frappaient la poitrine et se meurtrissaient à force de coups.

A Courtrai, la ville payait 28 livres à un pauvre pour représenter la Passion du Sauveur. On le menait en procession dans toutes les rues, vêtu d'une robe violette, la tête couronnée d'épines, et portant une lourde croix sur les épaules : douze religieux, six Capucins d'un côté, six Récollets de l'autre, faisant l'office de bourreaux, le tiraillaient, à droite et à gauche, par autant de grosses cordes attachées autour de son corps. Les tourments qu'on lui infligeait, étaient tels qu*il aurait succombé à la fatigue, si un personnage, représentant Simon le Cyrénéen, n'était venu à temps pour l'aider à porter la croix. Il arrivait enfin à l'église, à demi-mort. Au milieu de toutes ses souffrances, il ne laissait échapper ni plainte ni murmure, et se croyait assuré de son salut, s'il pouvait expirer sous les coups(]).

A Menin, à la procession où Ton représentait la Passion, on

(1) Clément, t. II, 345-6.

crucifiait également un Christ; mais comme celui qui remplissait ce rôle en était presque toujours victime, on supprima la procession (1).

A Liège avait lieu chaque année, jusqu'en 1794, une procession en mémoire de la révolution qui délivra la ville du terrorisme de Ghuy de Canne, seigneur de Spawen. A la tête d'un corps d'Allemands, cet homme insolent s'était arrogé, en 1485, une autorité presque dictatoriale et en abusait sans aucune retenue. La jeunesse liégeoise, frémissant d'indignation, prit les armes, s'empara de la citadelle, repoussa les troupes que Ghuy de Canne envoya contre elle, et tua le tyran au moment où il se plaçait sur les degrés de St-Lambert pour haranguer le peuple soulevé. Le lendemain de cet événement, on célébra en actions de grâce une messe solennelle dans la cathédrale, et on fit une procession, en décrétant que cette cérémonie aurait lieu chaque année, le vendredi de la semaine sainte. Pour éterniser en outre le souvenir du meurtre de Ghuy, le vers suivant fut gravé sur une pierre du portique des degrés de la cathédrale :

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