AOUT
Presque toutes les dénominations du mois d*août se rattachent à ridée de la récolte : « Oogstmaend » (dans les documents du moyen âge a oghest, ogst, ôst, ôstmaent, oustmaent, maent van oeghst ou eohsl), » « Bouwmaend » (du vieux saxon « boo, lewod » moisson, comme en néerlandais « bouw, bouwt)» » et « Arnmaend » (du vieux teuton a aran » moisson, en gothique « asans) » n'ont pas d'autre signification que celle de « mois de la moisson. » Il en est de même du nom de « rispmoànne » (de « rispen, » récoller), qui en Frise désigne ce mois, et tout nous porte à présumer, que le nom latin (( d'augustus » que, selon Macrobe, ce mois prit de celui de César Auguste en vertu d'un édit publié par le sénat, l'an 730 de Rome, ait été la dénomination populaire du mois « sextilis. » Car le mot a augustus » dérivé aussi bien que « auctumnus, » du verbe <( augere, » augmenter, correspond entièrement au mot flamand « oogst, » qui vient du vieux verbe « oeken, » augmenter (1).
(0 Comme il D*est par rare de voir dooDor à uoe chose le nom de Tépoque avec laquelle elle colDcide communément, la moisson qui se fait le plus souvent au mois d'août, s'appelle en wallon : • faire Taoûte, aoûler, » en flamand « oogsten. »
Charlemangne conserva à ce mois le nom de « augstmonath » ou (( aranmanoth. »
Les dénominations de « Maeymaend, » mois de la fauche et de <i kokmaendy » mois de la moisson ou mois où le soleil cuit, comme on dit, les raisins, les prunes, etc., désignent également le mois d'août.
Le nom de « Yeodmonath, » mois de la sarclure (de weod, en vieux saxon « wiod, » en flamand « wede, wiede) » que les Anglo- Saxons donnèrent à ce mois, s'est conservé en flamand sous la forme de « wiedemaend. »
I» août. — {Datura ttramonium.) Saiot Pierre- ès-Lien0.
Le jour de Saint-Pierre-ès-Liens, appelé en flamand « sinte Pieters banden » ou a sinte Pieters vinkeldag » (sinte Peters ad vincula), nous rappelle la captivité et la délivrance miraculeuse de saint Pierre. Beaucoup d'églises dédiées à saint Pierre sont consacrées sous son invocation, et en plusieurs villes les serruriers célèbrent ce jour-là leur fête patronale.
À Merchtem en Brabant c'est le jour de la dédicace de TÉglise, lecp^el date d'une époque très-reculée, probablement du temps d'Emebert. Mais il n'y a pas alors de cérémonie religieuse, la véritable fête locale ayant lieu le 18 août, jour de l'Assomption. Aussi l'Église reconnaît aujourd'hui au lieu de saint Pierre la Vierge pour patronne.
Pourtant la gilde des arbalétriers de Saint-Georges continuait à tirer l'oiseau le jour de Saint-Pierre-ès-Liens ; les arbalétriers de Merchtem se distinguaient en 1476 au tir de Malines et en ISOO au grand tir donné par l'archiduc Philippe le Bel à Bruxelles. Les beaux vases d'argent, qu'ils avaient gagnés à Malines, furent donnés par la gilde le 20 juin 1479 pour la reconstruction et l'agrandissement du choeur de l'église. La fabrique les vendit 3S livres 7 escalins, et, en remercîment de ce don, fonda une messe hebdomadaire en l'honneur de«aint Georges (1).
1^ août. — {Lilium tigrinum,) Saint Alpbonse-Maria de Liguori ; aaîDt ÉtieDoe, p.; PortiuDCule ou Notre-Dame des Anges.
li y a six églises consacrées en Thonneur du saint fondateur de la congrégation des Liguoristes, bien qu*il n'y ait pas en Belgique des
embres de cette congrégation.
La fête de Notre-Dame des Anges, remarquable par la grande indulgence de la Portiuncule, se célèbre surtout dans les églises des franciscains d'une manière très-solennelle (1).
A Uccle, près de Bruxelles, où se vénère une statue de la Vierge, sous le titre de Notre-Dame des Anges, il y a, ce jour-là, grand concours de fidèles des villages environnants. Hais la célèbre confrérie des « Amateurs zélés pour honorer Notre-Dame, reine des Anges, » à laquelle appartenait cette statue, n'y existe plus. Établie en 1634, par le provincial des frères mineurs, nommé Égide Houtman», et confirmée par Tarchevèque de Malines, Jacques Boonen, elle obtint du pape Urbain YIII un très-grand nombre d'indulgences ainsi qu'une statue de la Vierge, que le saint-père bénit lui-même, et que le prince-cardinal, Ferdinand d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, fit placer solennellement dans l'église des frères mineurs de Boetendal. Ce même prince inscrivit le premier son nom sur les registres de la confrérie, qui bientôt compta beaucoup de princes, de princesses et de prélats parmi ses membres. Jusqu'à Innocent XIII, les nobles seuls pouvaient faire partie de cette pieuse association, mais à la demande du supérieur du couvent de Boetendal, ce pape permit d'admettre indistinctement tous les fidèles, de sorte que la confrérie compta souvent plusieurs milliers de membres.
L'invasion française supprima et le couvent et la confrérie, et à
(0 DeReume, p. 965.
répoque du rétablissement du culte, la statue de la Vierge fut transférée de Boetendal à l'église d'Uccle, où elle se trouve encore (1).
Les Rédemptoristes, qui honorent saint Liguori, fondateur de leur ordre, possèdent cinq établissements en Belgique, appartenant tous à la province belge de la congrégation, établie en 1842 (2).
A Louvain se fêtait autrefois en ce jour l'anniversaire de la délivrance de la ville du siège de 1543-
Lors des incursions que le fameux général gueldrois, Marten Van Rossum, fit dans le Brabant en 1543, il arriva jusque près de Louvain. Il plaça son quartier à Bethléem, couvent près d'Herent, d'où il demanda que la ville lui fût livrée au nom du roi de France. Le magistrat qui eut peur, tricha d'entamer une négociation avec Van Rossum. Celui-ci exigea que, dans les trois jours, la ville lui payât trois mois de solde pour ses soldats, qu'elle lui livrât Tartillerie et toutes les armes qui se trouvaient en ville, et qu'elle lui accordât en outre le libre passage, et la nourriture pour ses troupes. Finalement il fit accord avec le magistrat pour dix-sept mille couronnes d'or, quarante pièces de vin et cent tonneaux de bière. Pendant le transport des tonneaux vers la porte de Bruxelles, l'ennemi s'approcha davantage de la ville. La plupart des bourgeois prirent la fuite; les étudiants, au contraire, aidés de quelques bourgeois, arrêtèrent le* charrettes avec le vin, coururent aux remparts et tirèrent quelques coups de mitraille sur l'ennemi. Les femmes apportèrent des munitions, et les étudiants se défendirent si vaillamment que l'ennemi dût reculer.
Pour conserver la mémoire de cet heureux événement, que l'on attribuait à l'intercession de la Vierge, on institua une procession annuelle, précédée d'une messe du Saint-Esprit, qui fut chantée dans l'église de Saint-Pierre et à laquelle assistaient le magistrat et l'Université.
(4) De Reume, p. 70-7t.