‹ Calendrier belgeChapitre 31 sur 38 · DECEMBRE · texte numérisé non relu

DECEMBRE

Le dernier mois de l'année qui, de même que les trois mois précédents, a conservé son ancienne dénomination, bien qu'il ne soit plus le « dixième mois » dans le calendrier, s'appelle en flamand <( wintermaend, » mois^d'hiver, ou <c kerstmaend, kersmaend, » mois de Noël.

Les Anglo-Saxons désignaient ce mois du nom de « giuli n on forma Geola « mois de Joui ou avant Joui, m d'après le nom de la fête qui amenait chez eux le solstice d'hiver. Dans la suite ils le nommaient « midwinter, » mois de mi-hiver.

La dénomination de « heilogmanoth, » mois sacré que Charlemagne donna à ce mois, ainsi que celle de « windelmaend, » mois des maillots» se rattache à la Nativité de Jésus-Christ.

Il en est de même du nom de « deloir, » ou a mois de Toir, » qui se trouve souvent dans les documents romans du moyen ige. C'est le mois de l'héritier du Seigneur ou le mois consacré par la naissance de Notre Sauteur.

Les noms de « wolvenmaend, n mois des loups, et de o slachtmaend, » mois de tuerie, sont faciles à expliquer.

l<r décembre. - {StapeliapuUa.) Saiot Éloi.

Saint ÉIoî, en Thonneur duquel vingt-trois églises sont consacrées en Belgique, fut appelé au siège de Noyon et Tournai, après la mort de saint Âchaire en 639. Il mit d'abord tout en œuvre pour extirper la simonie et rétablir dans le clergé une -exacte discipline. Depuis 646, il parcourut la côte, en prêchant à Bruges, à Anvers, en Zélande et évangélisa les peuples flamands. Agé de plus de soixantedix ans, il expira paisiblement et en louant Dieu, le l*"' décembre 659. Son ami, saint Ouen, nous a laissé Thistoire de sa vie (1).

Son jour de fête est très-chômé en Belgique. Les charrons, chaudronniers, ferblantiers, horlogers, maréchaux, orfèvres, serruriers, en général tous les artisans se servant du marteau et appelés au pays wallon « fèvres, » puis les cochers, domestiques et fermiers, honorent saint Ëloi comme leur patron et célèbrent sa fête.

A Anvers, où avant d*avoir construit la chapelle de Saint-Ëloi, Marché aux chevaux, le métier des orfèvres et joaillers avait sa chapelle dans la Burgtkerk ; il se célébrait le jour du saint, une messe solennelle à laquelle les « ondermans » ou doyens du métier étaient tenus d'assister pour exciter les maîtres, les compagnons et les apprentis, à accompagner les doyens au service, le métier frappa depuis 1S68 des pièces de monnaie ( « penningen » ) d'une valeur

(0 DeSmet. M. d.M.,pp. 176-8.

suflBsante pour procurer un plat de riz-au-Iait ou a rystpap, » et il les distribuait aux assistants.

Aussi lit-on dans les comptes de ce métier, qui se trouvent encore aux archives de la ville, que les orfèvres, à l'occasion de leur fête patronale, ne dépensaient pas moins de 3 1. 36 sch. S4 gr. pour les monnaies, le riz-au-lait et le cuisinier (t).

A Bruges, où le métier des forgerons compte parmi les gildes les plus anciennes de la ville, les pauvres avaient ce jour-là, en vertu d*une fondation du !«' décembre 1462, une table de trente couverts, à 4 gros, destinés à ceux qui avarient assisté à la messe solennelle que les forgerons faisaient célébrer dans leur chapelle en l'honneur de leur patron (2).

A Gand, où les forgerons célébraient les deux fêles de Saint-Éloi, la personne établie pour prendre soin de leur chapelle dite a Sint- Éloys capelle » et pour Tentretenir dans un état convenable, profitait des offrandes que Ton y faisait, excepté aux deux jours de fête de Saint-Éloi et au vendredi-saint, où les offrandes appartenaient au métiçr, en vertu d'un accord fait en 1411 (3).

A Liège, le métier des fèvres éiait le plus ancien de tous les métiers. Il avait le pas dans toutes les cérémonies, et un îlot voisin du Pont-d'IIe, quartier considérable près de la maison communale, étaient entièrement occupé par les fèvres (4).

A Malines, les apprentis des maréchaux ont conservé la coutume qu^avaient autrefois les apprentis de presque tous les métiers, particulièrement ceux des cordonniers, des charpentiers, des menuisiers, des tailleurs et des tanneurs, d'aller de maître en maître ou de chaland en chaland quêter un pour-boire en chantant une chanson, quelquefois sans rime ni raison, relative à la fêle du patron de leur

(1) De Vlaemsche Rederyker, tydschrift, 4853, t. XIX, pp. 27-28.

(2) GaUlard,p.443.

(3) Dierickx, t. II, pp. 606-6.

métier. L'an d*eatre eux est toujours habillé en évêque, avec mitre et chape faites de papier 'de différentes couleurs et porte les enseignes du métier sur le dos. Les autres se sont noircis le visage et les mains ou portent au moins des barbes ou moustaches postiches. Devant chaque maison d'un maître ou d'un chaland ils s'arrêtent et chantent en chœur la chanson suivante :

Sa meester ende gasten,

Degeen die zyn van stiel,

Ik koom het u belasten,

Met reden g'heel, habiel,

Dat gy niet moogt mankeren,

Van morgen voor de fooi (4).

Te samen compareren,

By den heiligea Eloy,

Een mis tôt zynder eeren,

Die zal worden gedaen,

Die t'Hansewyck verkeeren.

Die zullen wel versjL^en,

Als dat zy al te gader,

Mogen nemen plaisir,

Met sint Eloy hunnen vader,

In wyn en in goed hier.

Meesler en gasten !

Ik heb de eer u te salueren.

Sint Eloy is gearriveerd van Lyons tôt Parys,

Van Parys tôt Brussel, van Brussel tôt Mechelen.

Hy is gelogeerd in de Kraen,

Wilt ge my niet gelooven ge kunt er henen gaen,

Uy eet aen Neckerspoelpoort

*K heb liever *nen stuiver dan een oord,

*K heb liever 'nen pot dan een pint

Als het geld maer klinkt.

Ten tien uren de mis.

En al die et niet en is,

Eenen scbelling de boet;

Wilt ge 't op drinken, 't is ook goed,

Ge ziel het aen mynen knevel,

Dat ik mag bier en genevel,

Ge ziet het aen mynen baerd

Dat-ik kom, van... uit de... straet.

A Vilvorde on comprenait parmi les forgerons, los maréchaux ferrants, les menuisiers (witwerkers), les poëliers, les éperonniers, les harnacheurs, les chaudronniers, les armuriers, les potiers d'étain et les couteliers (1).

A la campagne il est généralement d'usage que les paysans et fermiers vont régler, le jour de Sainl-Éloi, les comptes qu ils tiennent pendant toute Tannée chez les maréchaux ferrants et les charrons, et ceux-ci régalent leurs chalands d'une petite collation consistant en jambon ou viande salée et en quantité de petits verres.

Dans les environs de Contich les paysans appellent cette collation « fooi, » en Flandre « smids fooye » ou « karweye (2). »

Dans le pays de Liège on invoque saint Éloi contre les épizooties, en Flandre surtout contre les maladies de la race chevaline. C'est pourquoi on avait autrefois Thabitude de faire bénir les chevaux ce jour-là.

A Audenarde les paysans venaient en foule avec leurs chevaux et faisaient toucher à ces bêtes les reliques de Saint-Eloi.

A Bruges c'était le « proost » ou prévôt de la gilde des forgerons qui, avec un marteau d'argent dans lequel se trouvait une relique de Saint-Éloi, frappait à la tète les chevaux qui allaient ensuite au trot

(4) H.d. Ë.d.B.,t. It, p. 464.

(2) Schayes, pp. 204-6,

par la « Smedestraet » et <( de vesting » à la chapelle du saint. Ce n'est qu'en 1782 que cette cérémonie fut abolie.

L'évêque donnait la même bénédiction à la porte de l'église de Saint-Sauveur, et les cochers, montés k cheval, après avoir fait trois fois le tour de l'église allaient faire un carrousel en l'honneur de leur saint patron (1).

A Ypres l'évêque se rendait en ce jour à l'église de Saint-Pierre, y célébrait une grand'messe et allait ensuite frapper à la tête* avec un marteau d'argent une triple ou quadruple rangée de chevaux de labour que les cultivateurs des environs avaient placés à cet effet autour de l'église.

A Louvain, l'université catholique fête ce jour-là l'anniversaire de son installation qui eut lieu le l""^ décembre 183S.

5^ décembre* — [Geodorum citrinum.) Sainte Bibienne.

Le dimanche le plus proche de la Saint-André, commence l'Avent ou le temps destiné à nous servir de préparation à la naissance de Jésus-Christ ou à son a avènement » sur la terre.

Dans les premiers siècles 'de l'Église, on jeûnait pendant l'Avent trois fois par semaine. Ensuite on jeûna tous les jours et ce jeûne commençait à la fête de Saint-Martin; c'est pour cela qu'on l'appelait le a carême de Saint-Martin. »

Aujourd'hui, dans toute l'Église romaine, l'Avent n'a que quatre dimanches, dont le premier est en môme temps le premier jour d*» l'année ecclésiastique (2).

(0 GaiUard.pp. 442H43.

(2) Cornet, pp. 4^-20 ; D. d. 0., 1. 1, 79.

Les capitulaires de Gharlemagne nous apprennent qu*on faisait an jeûne de quarante jours avant Noël dans le neuvième siècle. Les clercs y ayant été obligés, les personnes pieuses entre les laïques les imitèrent. La coutume s'en introduisit, et l'usage et la pratique en firent une loi.

En 1270, Urbain V, au commencement de son pontificat, en fil une pratique de rigueur pour les clercs de la cour de Rome.

SI décembre* •— {Euphorbia TircualU.) Sami François-Xavier; saint Éloque.

' Les frères Xavériens qui célèbrent ce jour la fête de leur patron, n'ont en Belgique qu'une seule maison qui se trouve â Bruges.

4 déeembre. — [Cactus Pereêkia,] Sainte Barbe.

Cette sainte, à laquelle douze églises sont dédiées, est invoquée contre la mort subite. C'est pour cela que les artilleurs, charbonniers, mineurs et pompiers l'ont choisie pour patronne. En quelques villes, entre autres à Dinant et à Huy, elle est aussi patronne des charpentiers, maçons et menuisiers, peut-être parce qu'on la représente toujours portant une tour. A Liège, les chapelains se sont également mis sous son patronage.

La fête de Sainte-Barbe donne lieu i beaucoup de festivités. Les

artilleurs et oanonniers> soit de rarmée, soit de la garde civique, après avoir assisté i une messe solennelle en Thonneor de leur sainte patronne, se réunissent en chaque ville pour célébrer ce jour par un grand banquet.

A Anvers où la maison des orphelins ou o het knechtjenshuis » est placée sous la protection de Sainte-Barbe. Les aumôniers étaient autrefois tenus de donner en ce jour aux orphelins un repas somptueux.

Cet établissement qui, le 4 décembre 1888 a célébré Tanniversaire de sa fondation, datant de 1SS8, contient à présent quatre-vingt-dix orphelins, de préférence enfants trouvés, de treize à quinze ans (1).

A Diest le serment des arquebusiers ou de Sainte-Barbe (kolvcniers of Sinte-Barbaragilde) célèbre le jour de sa patronne par un repas magnifique.

Ce serment qui, quoique à tort, disputait autrefois au serment de Saint-Georges le rang d^ancienneté, fut aboli en 1796, mais réubli en 1806. La chapelle dédiée à Sainfie-Barbe, fut érigée en 1419 et est maintenant Téglise des chevaliers de la croix (kruisheerenkerk).

Gomme les autres serments de la ville, la gilde de Sainte-Barbe accompagne la procession du Saint-Sacrement le jour de la Fête- Dieu (2).

A Dixmude la chambre de rhétorique qui a pour devise : « Nn, morgen niet » célèbre la fête de Sainte-Barbe, sa patronne.

Cette chambre de rhétorique, de même que Tautre existant encore et ayant pour devise : « Heilig krois» scherp daer » est mentionnée déjà au quatorzième siècle. Elle gagna, en 1394, le second prix au concours de Tournai et en 1404 le premier prix à Audenarde. Le

(4) « Het ÀDtwerpsche Knechtjenshuis, » door J. Staes. Het Handelsblad van Antwerpea, 3 dec. 4858.

(t) Diest, t. {, pp. 336-837.

concours que cette chambre donna, le 15 juin 1823, fut un des plus brillants que Ion ait eus en Flandre (1).

Une autre célèbre chambre de rhétorique, qui avait Sainte-Barbe pour patronne, était à Alost. Elle a été dotée par les papes, les comtes et les évèques de plusieurs autres privilèges et ses statuts furent approuvés, en 1475, par Tévêque de Cambrai (2).

A LefPe, faubourg de Dinant, la confrérie de Sainte-Barbe, érigée en réglise paroissiale de Saint-Georges, en Tan 1658, avec Tautorisation de Tévêque de Liège, Maximilien-Henri de Bavière, et enrichie d*indulgences plénières par le pape Alexandre VII, célèbre chaque année la fête de Sainte-Barbe d*une manière très-solennelle.

Cette confrérie, qui a été établie pour obtenir la grâce d'être préservé de mort subite, est très-nombreuse, et tous les jours, pendant Toctave, mais surtout le jour de la fête, après la messe, suivant Tancien usage, des personnes pieuses s'y font inscrire.

A Malines, le peuple dit qu'on meurt subitement, quand on tombe malade pendant l'octave de Sainte-Barbe.

tt décembre* — [Bibiscus pedunculatwt.) Sainte Anastasie ; saint Sabbas; sainte Crispine.

Les diverses cérémonies qui ont lieu ce jour-là en Belgique, se rattachent toutes à la veille de la Saint-Nicolas.

0) A. d. TE., t. III. p. 278; N. L., Gent, 4834, pp. M7-42Î. (3)DeSmet,p. 44.

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