‹ Calendrier belgeChapitre 4 sur 38 · OH · texte numérisé non relu

OH

.d.l. V. d. B., I, 30sq.;K. e. L. 4 842, p. 6; Volksleesboek p. 26 sq.

Le prince trouva ce trait si ingénieux qu'il rendit la liberté aux habitants et leva le siège (1).

Il n existe presque pas de jour illustré tant de fois par les poètes de la Belgique que la Veillée des Dames.

M. E. Hus, directeur du conservatoire de danse du Théâtre Royal de Bruxelles, en a fait une pièce dramatique intitulée. « La fête des DameSy ou la journée dû 19 janvier^ fait historique en un acte, mêlé de chants et de danse, dédié aux dames de Bruxelles, » qui , le 19 janvier 1818, fut représentée pour la première fois sur le Théâtre Royal de Bruxelles.

A Ypres, le couvent de Victorines établi dans cette ville sous le nom de « Nouvelle Plantation de Marie, » en 1240, célébrait, ce jour-là, l'anniversaire de sa pieuse fondatrice Elisabeth de Pont- Rohand. Elle avait été aidée pour la fondation et la dotation de cette maison par son époux Guillaume de Bélhunes, seigneur de Molembègue gu Meulebeke (2).

5SK>Jani^ier« — [Lamum garganium,) Saint Sébastien et saint Fabien ; sainte Ghélidoine.

Bien qu'en Belgique il n'y ait que onze églises dédiées à saint Sébastien, le protecteur puissant contre la peste, il n'est pas de saint dont la fête se célèbre plus généralement que le saint patron des archers.

Dans presque toutes les villes, voire même dans presque tous les

(4) Chroniques des rues de BruxeHes, par Colin de Plancy, 1. 11,89. Wolf, N. S. p. 439-472; Mercure belge, t. Vin, 284 . (2) B. M., p. 44.

villages de la Belgique flamande, il existait jadis une société de tireurs se servant de l'arc proprement dit (handboge). L'usage de cette arme se propagea surtout au XIV* siècle, lorsque les Gallois la firent connaître aux Belges qui combattaient dans les armées des rois d'Angleterre, soit comme mercenaires, soit comme alliés, tandis que la chevalerie française apprenait à sesdépens combien elle était redoutable. C'est à cette époque, et pendant la première moitié du XV* siècle, que se formèrent en Belgique la plupart des gildes d'archers. Celle dTfpres remonte, dit-on, à l'année 4302 ; celle de Gand fut reconnue vers 1322 par le comte Louis de Crécy et confirmée plUs tard par Louis de Maie ; celle de Louvain, qui jouissait de temps immémorial d'une juridiction incontestée sur toutes les autres sociétés de même nature existant en Brabant, fut organisée le 18 février 1343; les deux gildes de Mons datent, la première de 1384, la seconde, de 1411 ; à Bruges, la confrérie de saint Sébastien, dont le beau local fait encore l'admiration de tous les étrangers, et qui a obtenu, en 1835, le titre de société Royale, possédait déjà, en 1396, une chapelle particulière, dans le couvent des frères mineurs. L'érection en serment de la société des archers de Namur, date du 18 août 1418; celle des archers d'Alost du 7 juin 1421, et celle des archers de Malines de 1432. Ce dernier chifTre, toutefois, pourrait être contesté, ou au moins, devrait-on admettre que longtemps auparavant les amateurs du tir à l'arc à Malines s'étaient formés en corporation, car, dès l'année 1353, ils donnèrent un concours. A Ostende, les statuts de la gilde de saint Sébastien ayant été perdus, furent renouvelés en 1620.

A Bruxelles, les archers n'apparaissent, formés en corps, que sous le règne de laduchessJeeanne.On vit naître bientôt plusieurs sociétés de ce genre, mais en 1389, on les réduisit à une seule, qui avait pour patron saint Antoine, pour oratoire un autel de l'église du Sablon, et pour chef un capitaine que lui donnait tous les ans le grand serment de l'arbalète.

La gilde du bourg de Merchten, dite « la vieille gilde » ou « la gilde de Notre-Dame, » était une des plus anciennes du pays; et si Ton en croit Sanderus, il se donna, en 1300, dans cette bourgade, un tir où la Société gantoise de saint Sébastien gagna sept grands vases en argent.

Les statuts de ces gildes de Tare dont la plupart existent encore, sont plus ou moins semblables à ceux des archers de Bruxelles que M. A. Wauters a publiés dans son excellente a Notice historique sur les anciens serments de Bruxelles, » ouvrage, auquel nous avons aussi emprunté les renseignements donnés (1).

Tous les serments qui honoraient saint Sébastien comme patron, célébraient son jour de fête.

A Assche les confrères de la gilde des archers assistaient en corps au service divin (2).

Dans le village de Beersel, près de Bruxelles, la fête de saint Se-

(4) Wauters, L. a. S., p. 21-23 ; De Smet, p. 43 ; Bowens, 1. 1, 406.

(2) Cette gilde dont on ne sait pas Tépoque d'institutiOD, se rendit à plusieurs grands concours, tels que celui de Tournai, en 4455, et celui de Louvain du 3 mai 4533, où elle remporta le premier prix consistant en 5 assiettes d'argent.

Elle alla aussi au baegspel ou tir des haies de Bruxelles, en 4 565, où elle vainquit 60 autres sociétés villageoises, et donna à son tour un landjuweel ou Ur national en 4539.

Les confrères accompagnaient toutes les processions, une flèche à la main, sous peine d'une amende d'un sou au profit de la gilde. Ils se rendaient aussi aux fêtes patronales de Molhem, de Maxenzeel, et de Merchten. L'archer qui, trois ans de suite, abattait l'oiseau, était proclamé empereur et rec^vaiten récompense un hyou formé de trois oiseaux dorés, valant, avec la main-d'œuvre, 25 florins du Rhin; aussi était-il, à partir de cette époque pour toujours exempt des frais de banquet. Celui qui se rendait coupable de meurtre par maladresse ou inadvertance, devait quitter la gilde, et lui abandonner son arc. Le fait de bl&mer une sentence de ce genre était puni d'un pèlerinage à Cologne. Les archers prêtaient serment lors de leur admission, sur le cimetière (^].

bastien, en 1715, donna lieu à de graves désordres. Il s'y forma, vers Tannée 1715, une gilde de ce saint, qui se composait d'hommes mariés et de célibataires, au mépris des édits du 15 mai 1701 et du 10 juillet 1711. Les confrères se rendirent en corps à l'église, pour la première fois, le jour de la saint Sébastien, en 1715, mais sans en avoir demandé la permission au curé. Lorsque Talferis ou officier de la gilde, Martin Martens, se présenta chez ce dernier pour obtenir l'autorisation de tirer l'oiseau sur le clocher, le curé ne donna pas de réponse positive; cependantla gilde passa outre. L'année suivante, le serment renouvela sa demande ; mais, cette fois, elle essuya un refus positif, basé sur ce qu'elle n'avait pas payé les dégâts que le tir avait causés à la toiture de l'église. Néanmoins, Martens parvint à s'emparer des clefs de l'église et monta au clocher, où il fixa une perche pour le tir, qui eut lieu le lendemain. Le curé se vit alors en proie à mille vexations. On envoya un troupeau de moutons dans son champ de froment; on coupa et on enleva ses trèfles; on vola ses légumes ; une nuit on brisa la barrière placée devant le presbytère, enfin, pendant que quelques paysans jouaient devant sa porte de la basse et du violon, d'autres emmenèrent sa charrette et la mirent en pièces. Ces excès forcèrent le curé à en appeler au conseil de Brabant qui lai donna gain de cause (1).

 Bruges la fête de saint Sébastien est célébrée dans la chapelle de la société par une messe à laquelle tous les membres sont tenus d'être présents, sous peine d'un franc d'amende.

La même chose a lieu à Diest où la gilde de l'arc (sint Sebastiaens ou handbooggilde), instituée en 1549 et rétablie peu de temps après sa suppression en 1796, est à présent une des sociétés les plus considérables de la ville.

Gomme les autres serments, les confrères de saint Sébastien accompagnent la procession annuelle du Saint-Sacrement, à laquelle

(l)H.d.E.d. B.,1II,683.

autrefois, d*aprës un décret du magistrat eo date du 3S février lS4d, tous les membres des trois gildes devaient assister vêtus d'un uniforme ou assister habillés de rouge (1).

La société de saint Sébastien à Diimude, qui remporta, en 1394, au concours de Tournai, le troisième prix et qui avait pour uniforme un habit vert, culottes et vestes jaunes avec bas blancs, célébrait la fête de son patron très-solennellement (2).

A Goyck, village près de Bruxelles, les membres du serment des archers, dont les patrons étaient saint Sébastien et saint Nicolas, se réunissaient autrefois tous les ans, en séance solennelle et c'était alors que Ton rendait le compte annuel de gestion.

Cette ancienne confrérie qui assistait, suivant une ordonnance du chef-homme (hoofdman) et des doyens (en date du 26 mai 1665), à la procession du Saint-Sacrement à Goyck, et à celle de la kermesse k Lennick-Saint-Quentin, à Lombeck- Notre-Dame et à Goyck, étant tout à fait tombée, on eu a reconstitué, le 19 septembre 1816, une nouvelle, dont les membres sont obligés de demeurer à Goyck el d'assister, un flambeau à la main aux processions du Saint-Sacrement et de la kermesse (3).

À Lierre la gilde de l'arc recevait de la ville, a Toccasion de sa fête patronale, deux paternoster, tandis que chacune des autres gildes en recevait un (4).

A Malines la fête de saint Sébastien se célébrait le dimanche suivant dans l'église de Saint-Rombaud.

Les serments de saint Sébastien à SteenockerEeel (5), à Tii-

(0 Diest, 1, 237-9.

(2) A. d. TE., t. m, 277.

(3)H.d.E.d.B.,tl.263.

(^)Lom«p. 429.

(5) A Steenockerzeel existait de temps immémorial une aDcienne gilde de Tare ou de Saint-Sébastieo, dont le règlement fut sanctionné par la gilde du grand arc de Louvain. l^ membres escortaient le Saint-Sacrement dans toutes les

vorde (1), à Waelhem (2), à Zeliick (3) et d'autres dans les environs de Bruxelles célébraient la fête de leur patron au jour même du saint.

A Linkenbeek, village à 2 lieues de Bruxelles, Féglise dédiée à saint Sébastien était autrefois un but de pèlerinage pour les archers qui avaient commis quelque délit. Hais aussi beaucoup d'autres personnes la fréquentaient et môme le duc Charles le Téméraire s'y rendit en pèlerinage, le 12 décembre 1469, pour remercier le saint

processioDs et se coDsidéraient comme formant la garde des seigneurs de leur ▼iUage, qui, à leur tour, se regardaient comme leurs chefs et leurs protecleors (*).

(4) A Vilvorde, les archers en vertu d'un octroi de Philippe le Bon, en date du 20 septembre U5I , portaient des habits dont les manches étaient ornées de broderies avec Tembléme du fusil (van den stale]. Le même décret leur permit aussi d*aller armés de longs couteaux, malgré la défense publiée peu de temps auparavant, et ordonna que si Tun d'entre eux, en tirant, tuait ou blessait quelqu'un, sans le vouloir, aucune poursuite ne serait exercée contre lui.

Une petite gilde de Tare reçut des statuts le 6 octobre 4490 {f^].

{î) A Waelhem, la gilde de Tare ouvrit en 4432, en 4464 et en 4540 des landjuweel de Tare et assista, en 4 557, au concours de Louvain.

Il y avait aussi des arbalétriers à Waelhem qui parurent, en 4466, au tir de Lierre et en 4534 à celui de Malines. Ils y figurèrent entièrement vêtus de teney^ ten avec des chapeaux blancs et des bas bleus, et accompagnés d*un grand nombre de chariots. Le prix de la plus belle entrée, pour les gildes des franchises, leur fut décerné, et ils obtinrent, en outre, le troisième prix du tir et le deuxième prix du jeu (***).

(3) A Zeliick, village à \ 3/4 lieues de Bruxelles, la gilde de Tare érigée sous le patronage de saint Sébastien, eut pour premier chef, en 1653, le curé Lamberti (****).

(••) Ibid., t. II, 468-9.

(— ) Ibid., t. Il, 667.

f****) Ibid.. 1. 1,377,

martyr soit de ce que, au tir de Bruxelles, il avait abattu Toiseau, soit parce qu'il avait été délivré de la peste par Tintercession du saint.

Le prince offrit à Tautel un grand cierge et un buste d'argent.

L'église actuelle est entièrement moderne et ne date que de 1773. Une confrérie du lieu se rendait tous les ans à Hal en mémoire de ce que la Vierge avait jadis sauvé les habitants d'une maladie contagieuse (1).

^1 Janvier.— {Helleborus nigew) Sainte Agnès, en ThCDDeur de laquelle deux églises sont consacrées.

Le jour de sainte Agnès s'appelle en flamand « Neeten » ou « Nietendag a et en plusieurs localités de la Belgique les dames avaient autrefois droit, ce jour-là, à des présents de la part de leurs maris ou amants (2). C'est pourquoi le mot de « nieten, neeten » signifie encore aujourd'hui « faire des présents. »

^t^ Janvier. — (Draba verna.) Saicrt Vincent; saint Ânastase; Bienheureux Gauthier.

Le B. Gauthier de Bierbeeke, noble chevalier de la famille des ducs de Brabant, célèbre par sa dévotion envers la sainte Vierge et les insignes faveurs qu'il en reçut, se fit religieux, à l'abbaye d'Hem-

(l)H.d. E.d. B.,t.III,p.687.

(î)Coreipaq»,p. 4î.

memode sainte Marie, après avoir serv^ la cause chrétienne aux croisades (1).

S*il fait beau temps à la saint Vincent, Tannée sera abondante en vin, disent les Flamands (2), tandis que le dicton français prétend :

S*ii pleut le jour de Saint-Vincent, Le vin monte dans le sarment, Mais s*il gèle, il en descend.

^^3 Janvier* — (Peziza aceiabulum.) Sainte Emérence ; saint Alphonse ; saint Raymond de Pennafort; Épousailles de Marie.

La fête des épousailles de Notre-Dame (Trouwfeest van Maria), célébrée en France dès longtemps par quelques personnes dévotes, fut approuvée par le pape Paul III en 1546 (3).

D'après d'autres on ne commença qu'en 1886 à la célébrer (4).

^S^A Janvier* — [Phascum muticum.) Saint Thimothée, év. d'Ephèse.

A Spa les jeunes filles font la neuvaine de la Chandeleur dont nous empruntons la description détaillée aux « Souvenirs de jeunesse » de M. Ch. Nodier.

(2) Tainman, Voorteekenen van bet weder, p. 4.

(3) Petros Auratus, de Imag. virt., c. 40.

La neuvaine de la Ghaadeleur est une dévotion particulière des jeunes personnes du peuple, qui a pour objet de connaître d'avance le mari qu'elles auront. On est persuadé qu'il n'y a point de dévotion plus agréable à la sainte Vierge que cette neuvaine, et qu'elle récompense par une faveur extraordinaire toute personne qui lui rend cet hommage.

On commence la neuvaine le 24 janvier à la prière de huit heures dans une chapelle de la sainte Vierge, où il faut ensuite entendre la première messe tous les jours, et assister à la prière tous les soirs jusqu'au 1" février, avec une piété qui ne se soit pas ralentie, avec une foi qui ne se soit pas ébranlée.

La veille de la Chandeleur il faut entendre toutes les messes de la chapelle, depuis la première jusqu'à la dernière, il faut entendre toutes les prières et toutes les instructions du soir sans en manquer une seule et il faut aussi se confesser, et recevoir l'absolution. Si par malheur, on n'avait pas reçu l'absolution, tout le reste serait peine perdue, car la condition essentielle du succès est de rentrer dans sa chambre en état de grâce.

Alors on recommence à prier, on s'enferme pour accomplir toute les conditions d'une retraite sévère et on jeûne. Puis on dresse une table pour deux personnes, et la garnit de deux services complets, aux couteaux près, qu'il faut éviter avec grand soin. Il s'entend que ce couvert exige un linge parfaitement blanc, aussi propre, aussi fin, aussi neuf qu'on puisse se le procurer, et que l'appartement soit arrangé de manière à pouvoir y recevoir une personne de considération.

Le repas se compose de deux morceaux de pain bénit qu'on a rapportés du dernier office, et de deux doigts de vin pur répartis entre les deux couverts, qui occupent, comme de raison, les deux côtés de la table. Seulement le milieu du service est garni d'un plat de porcelaine ou d'argent, s'il est possible, qui renferme deux brins soigneusemeiît bénijs de myrte, de romarin ou de toqte «utre plainte verfc, lo

buis excepté, placés l*un à côté de l'autre, et non en croix. Car c'est encore un point qu'il est très-essentiel d'observer.

Ensuite on rouvre la porte pour faire passage au convive attendu, on prend place à table, on se recommande bien dévotement à la sainte Vierge, et on s'endort en attendant les effets de sa protection qui ne manquent jamais de se manifester, suivant la personne qui les implore. Alors commencent d'étranges et admirables visions.

Celles pour qui le Seigneur a destiné le bonheur du mariage voient apparaître l'homme qui les aimera, s'il les trouve, qui le& aurait aimées, du moins, s'il les avait trouvées, et on prétend, qu'un privi* lége particulier de la neuvaine est de procurer le même rêve au jeune homme dont on rêve, et de lui inspirer la même impatience de se rejoindre à cette moitié de lui-même qu'un songe lui a fait connaître.

Celles qui n'auront pas de maris, sont tourmentées par des pronostics effrayants. Les unes, destinées au couvent, voient, dit-on, défiler lentement une longue procession de religieuses, chantant les hymnes de l'Église; les autres, que la mort doit frapper avant le temps, assistent à leurs propres funérailles et se réveillent en sursaut à la clarté des torches funèbres et au bruit des sang^ de leur mère et de leurs amies, qui pleurent sur un cercueil drapé de blanc.

Quelquefois ce sont aussi des jeuues gens qui font la neuvaine de la Chandeleur, et à ce qu'on assure avec le même effet que les femmes (1).

(1) Souvenin de jeunesse, parCh. Nodier, Paris, 1855, p. 330-334.

5S^£S Janvier. — [Oelleborus hyemalis.) Gonv. de saiDt Paul.

Les cordiers célèbrent ce jour leur fête patronale.

Les vignerons belges considèrent le même jour comme décisif pour la vigne. Ils sont contents s*il est clair, mais très-tristes si le contraire a lieu.

A Gammerage, village près de Grammont, il était autrefois d'usage qu'un homme, accoutré d'une chemise blanche au-dessus de ses habits, parcourait à cheval les rues du village aussi bien que celles des villages voisins et jetait parmi le peuple de petites boulettes de farine de seigle au sel en prononçant les mots : « Sel, je le jette avec la main que Dieu m'a accordée. » Les paysans recueillaient avec avidité ces boulettes, et les donnaient à manger aux bestiaux, fermement persuadés qu'elles avaient la vertu de préserver le bétail de toute contagion.

Quelques jours avant cette cérémonie, qui était encore en vogue en 1794, la commune affermait, en présence du curé, le droit de représenter saint Paul. Car c'était saint Paul, que devait représenter l'homme en chemise, et la tradition populaire raconte l'origine de cette coutume de la manière suivante :

Après le pillage de la ville de Grammont, en 1382, il y avait tant de cadavres gisants çà et là épars sur les champs sans sépulture qu'il en résulta de graves maladies parmi les hommes et les bestiaux. C'était surtout parmi les bêles à cornes et à laine qui pâturaient sur les prairies environnantes qu'une épizootie terrible exerçait de grands ravages, elles pauvres villageois ne savaient plus que faire dans leur calamité, quand, le jour de la conversion de saint Paul, parut, à Gammerage, un homme d'un air très-digne, vêtu de blanc et monté sur un cheval et parcourut le village et les environs

en distribuant aux pâtres et aux bergers de petits gâteaux blancs contre la maladie. L'épizootie cessa comme par miracle, et tous les habitants étaient remplis de joie, mais aucun d'entre eux ne savait qui remercier pour cette délivrance inespérée. A la fin un berger trèsvieux et très-pieux déclara que le cavalier, que personne ne se rappelait d'avoir vu auparavant, n'avait été autre que le patron du village, saint Paul, et que pour ne pas oublier cette grâce extraordinaire, il faudrait en instituer une commémoration. « D'autant plus, » ajouta-t-il, « qu'il m'est donné de faire des boulettes pareilles, secret que je confierai à celui qui représentera saint Paul. »

C'est ainsi que la cérémonie que nous venons de décrire fut instituée el quoiqu'elle n'ait plus lieu, on sait encore la bénédiction qui donna aux boulettes la vertu de préserver le bétail de maladies.

La voici :

0 Ce fut par un lundi au matin, que le Sauveur du monde passa, la sainte Vierge après lui, monsieur saint Jean, son pastoreau, son ami, qui cherche son divin troupeau, qui est entiché de ce malin claviau; de quoi il n'en peut plus à cause des trois pasteurs qui ont été adorer mon sauveur rédempteur Jésus-Christ en Bethléem, et qui ont adoré la voix de l'enfant. »

Puis on dit cinq pater et cinq ave et continue : « Mon troupeau sera saint et joli, qui est sujet à moi et aux miens. Je prie Madame sainte Gertrude et madame sainte Geneviève, qu'elles me puissent servir d'amies dans ce malin claviau ici. Claviau banni de Dieu, renié de Jésus-Christ, je te commande de la part du grand Dieu, que tu aies â sortir d'ici, et que tu aies à fondre et confondre devant le sel et devant moi, comme fond la rosée devant le soleil. Très-glorieuse vierge Marie ettrès-saint-Esprit! Claviau, sors d'ici, car Dieu te le commande aussi vrai, comme Joseph Nicodème d'Arimathie a descendu le précieux corps de mon sauveur et rédempteur Jésus-

(i) Wolf.,N.S.,p.208-9.

Ghri^ de Tarbre de la croix : de par le Père, de par le Fils, de par le Saint Esprit.

a Digne troupeau des bètesà laine, approchez'-voQs d*ici, de Dieu et de ]iK)i : Voici la divine offrande de sel, que je te présente au^ jourd'hui : comme sans le sel rien n*a été fait et par le sel tout a été fait, comme je le crois de par le Père, de par le Fils, de par le Saint- Esprit.

» 0 sel, je te conjure de par la part du grand Dieu vivant, que tu me puisses servir à ce que je prétends, que tu nous puisses préserver et garder nos troupeaux de claviau, rogne, gale, pousse, de pousset, des gobes et de mauvaises eaux. Je te commande comme Jésus- Christ mon sauveur a commandé dans la nacelle, lorsque ses disciples lui dirent : « Seigneur, réveillez-vous, car la mer nous effraye. » Aussitôt le Seigneur s'éveilla, commanda à la mer de s'arrêter; aussitôt la mer devint calme. Commandé de par le Père, de par le Fils, de par le Saint-Esprit. Amen.

5^0 Jantrier. — [TMsilago aWa.) Saint Polycarpe ; saint Poppon.

Saint Poppon, flamand de race illustre, qui quitta le heaume de chevalier pour se faire moine et devint ensuite le réformateur de la discipline monastique en Belgique, mourut en 1048. Sa conversion avait commencé par un pèlerinage en Terre Sainte, d'où il rapporta de précieuses reliques qu'il déposa dans le sanctuaire de Notre- Dame à Deynze, sa patrie. Sa châsse, couservée à Stavelot, le représente en buste (1).

W Woif., N. S., p. 683.

5^T Janvier. — {Phascum cuspidatum.) Saint Jean-Chrysostome, évoque; saint Sulpice; sainte Julienne.

Saint Sulpice ou Souply, en Thonneur duquel neuf églises sont consacrées, était évèque de Bayonne d*où son corps fut apporté dans l'abbaye de Sainl-Ghislain par le même comte de Haynaut qui y rapporta aussi deTEspagne les reliques de sainte Léocadie (1).

A Diest se célébrait autrefois, ce jour, une fête annuelle, instituée, d'après la tradition, en souvenir de rentrée solennelle du comte Philippe-Guillaume de Buren qui. Tan 1897, après avoir été pendant vingt-huit ans prisonnier en Espagne, retourna ce jour à Diest dont il était seigneur.

Le 22 décembre 1844 une société dramatique représenta à Diest cette entrée qu'on appelle : « De eerste kermis van Diest, » la première kermesse de Diest, et qui, d'après la relation que Gillis Die Yoecht nous en a donné, a eu lieu le 27 et 28 mai 1602.

Le nom de a sint Jansmet den gulden mond, » saint Jean à la bouche d'or, dont on trouve souvent désigné ce jour, se rapporte à la fête de saint Jean-Chrysostome (2).

5^d Janvier. — [Bellis perennis plenus.) Saint Charlemagne ; saint Julien, évoque de Cuença ; saint Cyrille.

Saint Charlemagne, qu'à Mons les étudiants honorent comme

(0 Gazette, p. 7-1.

(2]CoremaDs,p. 441.

patron, aime la vigne et les arbres fruitiers. Qui ne les a pas taillés plus tôt doit le faire ce jour-là (1).

!^9 JaiiT^ler. — {Osmunda regalis.) Saint François de Sales, év. de Genève, saint Julien iliospilalier; saint Sulpice.

Les Visitandines célébraient la fête de leur fondateur.

Cet ordre de religieuses, institué par saint François de Salesj en 1820, en Thonneur de la Visitation de la Sainte-Vierge, dans le but de soulager et de consoler les pauvres malades, compta en Belgique plusieurs maisons.

A Mons, les Visitandines vinrent s'établir le 28 juin 1680 (2).

Les « Filles de St-François de Sales, » dont il y a à présent cinq communautés en Belgique, célèbrent au même jour la fête de leur patron dont elles portent le nom.

De même les hospices de St-Julien, dont il y eut presque dans chaque ville de la Belgique, et dont quelques-uns existent encore, célébraient, ce jour-là, la fête de leur patron. Car c'est à saint Julien, dit rhospitalier, et à sainte Basilisse, sa femme, qui vivaient dans la Gaule au m' ou iv* siècle, que la tradition fait remonter la fondation des premiers hospices pour les pauvres et pour les malades.

La légende rapporte que saint Julien s'était marié loin de son pays et que ses parents, après l'avoir longtemps cherché, finirent par découvrir sa retraite. Ils arrivent chez lui pendant son absence et furent si bien accueillis par sa femme qu'elle leur céda le lit coulai Coremans, p. 76.

jagal. Julien, en rentrant, trouvant le lit occupé par deux personnes se crut trahi. Il céda à son violent caractère et perça de son coutelas de chasse ses malheureux parents. Sa femme arriva bientôt, mais il n*y avait déjà plus que deux cadavres. Julien voulut expier son crime par la pénitence, il donna une partie de son bien aux pauvres et il se rendit avec sa femme sur les bords de l'Aube, à Plancy, près delà ville d'Arcis; en cet endroit la rivière était alors fort dangereuse, il y construisit un asile pour les étrangers et y passa le reste de sa vie à transporter dans sa nacelle d'une rive à l'autre, tous ceux qui voulaient traverser l'eau.

L'exemple de saint Julien fat souvent imité. Bientôt on érigea partout des asiles pour les voyageurs. En 328, le concile de Nicée décida qu'il serait institué dans chaque ville un hospice (xenodochium) pour recevoir et secourir les étrangers. Le concile de Leptines, en 743, ordonna aux religieux bénédictins d'établir et d'entretenir des asiles pour les passants et un grand nombre de ces hospices furent érigés sous le nom et le patronage de saint Julien.

L'un des plus célèbres est incontestablement celui d'Anvers, dit « Sinte Juliaens gasthuis » qui, en 1833, fêta son jubilé de SSO ans et dont le savant curé de Saint-André, P. Visschers, à Anvers, a publié l'histoire en 1864.

SO Janvier* — (Àspleniutn Irichomanes,) Sainte Aldegoade; sainte Bathilde; saint Félix, pape; sainte Martine.

Sainte Aldegonde est la fondatrice de la célèbre maison de chanoinesses de Maubeuge.

Le même jour, on célébrait, chez les cisterciens, la mémoire du I. fi

fameux Alain de Lille, dit le « docteur universel, » qui fleurit au deuxième siècle (1).

31 iwtn-vler» — {A splenium scolopendium.) Salnie Eudoxie; sainte Louise ; saint Pierre Noiasque.

D'après une ancienne superstition, il y a trois jours de Tannée, savoir : le dernier de janvier, et les deux premiers de février, où il ne vient point de filles au monde. Quant aux garçons qui naissent ces trois jours-là, les corps ne se corromperont point en terre avant 1(» dernier jugement (2).

(2)LiebrechtO., I. p. 234-5.

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