FÉVRIER
Lorsque Numa Pompilius ajouta ce mois au calendrier romain, il le consacra, diaprés les ans, aux sacrifices expiatoires oa aux Instrations, « februa », que tout le peuple romain pratiquait pendant ce dernier mois, pour se laver des fautes commises dans le cours de Tannée, et, d*après les autres, au dieu Februus ou à la déesse Febraa qui présidait ces lustrations. Le nom flamand de « reinifing'-maend n (mensis pui^torius), mois de purification, est la traduction du nom romain.
Pour un motif analogue, les Anglo-Saxons donnèrent an mois de février le nom de « solmonath, » mois des gâteaux, ou a mensis placentarum », conmie dit Beda. C'était dans ce mois qu*on sacrifiait au soleil des gâteaux (1) (a sol, soûl » en vieux anglais) ou « sollen, sul-
(I) Les vestiges de cette aDcienne coutume se retrouvent encore angourd'hui dans la « Fête des Omelettes,» célébrée chaque année le 4 8 février aux Andrieux en France, et dans les usages qui tous les ans le 22 février ont lieu sur 111e de Sylt.
En Angleterre, où dans le moyen ftge le mois de février s'appelait souvent ■ pancake^moiiUi, » Fantique fête parait avoir été transférée au mardi gras, que Ton désigne maintenant encore du nom de « pan-cakes-day ».
En Belgique, plusieurs jours de février exceUent par la grande consommation de « pannekodcen » qu'on y fait, entre autres le 2 février et le mardi gras, de sorte que février y justiBe encore aujourd'hui son ancien nom de « solmaend ». I. 7
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len, » comme on nomme encore aujourd'hui les omelettes à Ypres, et la dénomination saxonne s*est conservée en flamand sous les formes de « salmaend, selmaend, sulmaend, selle, sille. »
La dénomination de « scbrikkelmaend, » mois bissextil, n*a pas besoin d'explication ; mais sur le nom actuel de « sprokkelmaend » ou tt sporkelmaend » il n'y a pas moins d'incertitude que sur celui de « lauwmaend », du premier mois de l'année.
L'ancienne forme de ce nom : « sporkel, sporkelle » nous rappelle l'article troisième du concile de Leptines a De spurcalibus in februario », qui défend les fêtes païennes célébrées au mois de février, et plusieurs auteurs sont d'avis que ces « spurcalia » que M. Rapsaet croit plus ou moins analogues avec les((februalia » des Romains,ont donné leur nom au mois, oîi elles avaient lieu. Mais comme les Romains ne connaissent pas de fête sous ce nom, et que les mots a spurcalia, spurcamina, spurcitise » se retrouvent à plusieurs reprises employés en bas-lalin dans la signification de fêtes ou coutumes païennes, il est à supposer que ce n'est pas le mois qui tire son nom de la fête, mais que c'est au contraire la fête que l'Église a appelée d'après le mois, en lui donnant à dessein le nom équivoque de a spurcalia 9 (salisseries, cochonneries, de a spurcus, » sale) pour la tourner en dérision. Bientôt ce nom appliqué dans le principe à la fête païenne du mois de février devint terme générique pour désigner les cérémonies du paganisme.
On ne connaît pas la nature de cette fête du mois de sporkel, mais tout porte à croire que c'était la même fête à laquelle le mois de février doit son autre nom de « solmaend » ou « sulmaend » (1).
Quelques savants expliquent le nom de sporkel ou sprokkel par le vieux mot a sprokkelen » qui en Gueldre est encore en usage dans la
(4) « Sellaa, syUaa » en dialecte anglo-saxon, « salja » en langue gothique signifiait offrir, sacrifier.
signification de cueillir du bois sec ou des branches sèches, appelées en vieuK flamand « sporkels » ou « sprokkels. » D*autres le mettent en rapport avec le mot anglo-saxon a spearca, » étincelle (en anglais « spark, sparkie, » en flamand, « spark, sparkel). » D^autres encore le dérivent de a sprout-kele, » nom dont les Anglo-Saxons désignaient également leur solmonath, et qui se rattachait à la nourriture principale de cette saison, consistant en potages aux choux, appelés « kele » ou a kell. »
Dans le dialecte de Louvain le mot « sporkel, » ou a sprokkel » signifie « très-mauvais n par rapport au temps, et on s*y sert le plus souvent de la phrase a het is sporkel wèer, » quand il neige et pleut tout à la fois. Mais nous ignorons si « sprokkelmaend n a tiré son nom de ce mot ou si la phrase de « sprokkel weder » ne doit pas sa signification au mois de sporkel.
Gbarlemagne a donné au mois de février le nom de a Hornung, » mot qui n*est pas moins difficile à expliquer que celui de (f sporkel. »
La dénomination de « Blydemaend » mois joyeux, qui désigne aussi le mois de février, nous rappelle celle de « blidemaaned » en danois.
Selon H. Théophile Lansens, le mois de février s'appelle encore quelquefois à Ypres, « kattemaend, » mois des chats, par rapport à la fête nommée « Ypersche katten-feest. »
1 TéT^rier. — {ForUinalis minor.) Saint Ignace, évèqueet martyr. La veille de la Purification de Notre-Dame.
A Lierre les membres du tribuual de la Halle-aux-Draps ou a de Lakenballe, » appelés vulgairement les « petits écbevins », visitaient cbaque année à Tépoque de la Chandeleur toutes les boutiques de la ville, afin d'examiner les poids et les mesures et de punir les contraventions aux règlements, conformément à la loi.
Ce tribunal composé de deux doyens ou « overdekens » et de sept jurés ou o oudermannen » qui annuellement étaient renouvelés ou confirmés, avait à juger toutes les causes ayant rapport aux métiers (1).
1t février* — {Galanthus nivalis.) Fête de la Présentation de Notre-Seigneur an templQ et de la Purification de la sainte Vierge.
C'est la première fête de Notre-Dame après la nativité de Jésus- Christ. Elle fut instituée en 544, lorsque sous Tempire de Justinien une épidémie terrible régna à Constantinople, emportant souvent
{{) Lom,p. 422.
dix mille habitants par jour (1). Le pape Serge y ajouta, en 701, la bénédiction des cierges, dont la fête, suivant Topinion la plus accréditée, tire son nom populaire de « Chandeleur » ou a Lichtmis, » messe de chandelles, parce qu'il se fait, ce jour-là, avant la messe une procession à laquelle tous les assistants portent des chandelles de cire ou des cierges bénits allumés, comme des symboles de la véritable lumière qui venait éclairer les Gentils.
S*appuyant sur un sermon du pape Innocent III, quelques auteurs prétendent que la fête de la Chandeleur a été substituée à celle des Romains dite « festus Lucérnse » ou a luminum, » qui se célébrait vers la même époque en mémoire de ce que Cérès chercha sa fille Proscrpine durant la nuit avec des torches. On y faisait de grandes illuminations et parcourait les rues avec des chandelles ou torches allumées.
D'autres croient y voir un reste de l'ancienne fête des Lupercales consacrée par les païens au dieu Pan et à Februa, déesse de la purification. Cette fête consistait dans une lustration des hommes et du sol pour obtenir la rémission de tous les péchés commis dans l'année qui venait de finir, le mois de février étant alors le dernier de Tannée.
Quoi qu'il en soit, depuis les temps les plus reculés, le deuxième jour du « sprokkelmaend » est celui, où en beaucoup d'endroits, les domestiques, à la campagne, quittent leurs services, pour entrer dans d'autres ou pour se marier. Ils profitaient autrefois de cette occasion pour s'adonner ce jour à toutes sortes de récréations bruyantes, ce qui a fait dire en flamand « lichtmissen, » faire la Chandeleur, dans l'acception de faire la débauche, ou de boire copieusement et surtout dans celle de se masquer au carnaval ou de parcourir le soir les rues travesti et avec des flambeaux. La Chandeleur des Wagons, el < Chandeleur » a une signification analogue,
{i) BaroDius, Annal. ada.5U.
bien que ce mot ne se prête pas si facilement à cette interprétation, que (( lichtmissen » en flamand, qu*on peut traduire à la fois par manquerde lumière ou de raison, et par célébrer la Chandeleur (1).
Dans les villes ce jour était également un jour de débauche, et à Fumes on le désigne encore aujourd'hui par le nom de c Onze Lieve Vrouw roert de pan, » Notre-Dame remue la poêle, parce que dans chaque famille on prépare des gaufres ou d*autres friandises. Nous ignorons si l'usage existant jadis en France, de frire des crêpes pendant la messe de la Chandeleur, afin de ne point manquer d'argent toute l'année, soit aussi connu en Belgique (2).
Par contre nous y trouvons beaucoup d'autres idées populaires qui se rattachent à ce jour et surtout aux cierges bénits.
Avant l'invasion française tous les dignitaires tant civils qu'ecclésiastiques assistaient à la bénédiction des cierges et portaient en main une de ces chandelles bénites à la procession dans l'intérieur de l'église. Après la messe le clerc de l'église rapportait à l'habitation de chacun d'eux une de ces chandelles. Cet usage n'existe plus que dans quelques localités, mais chaque ménage se pourvoit encore maintenant d'un cierge bénit, qui y est d'utilité en mainte circonstance. On l'allume et le laisse brûler pendant l'orage, et quand une personne de la maison est sur le point de mourir, on lui place la chandelle bénite entre les mains, mais on l'éteint aussitôt que l'agonisant a rendu le dernier soupir (3).
Dans les diocèses de Liège et de Namur on avait autrefois l'habitude de détacher quelques grains de cire d'un cierge bénit pour en former de petites croix, que l'on attachait au sommet du tuyau de la cheminée et aux endroits les plus visibles de la maison dans l'intention de la garantir de tout malheur.
(4) Coremaos, p. 43,427.
(2) LiebrechtO, I.,p. 237.
(3) Avoniroodt, Ms9. p. 29.
Les paysans des environs de Conlich et de Lierre ne manquent jamais de laisser tomber une ou deux gouttes de cire d*un cierge bénit dans le fond de leurs casquettes ou de leurs chapeaux, aussi bien que sur leurs bestiaux, sur les fenêtres et les portes de leurs maisons et sur leurs chariots, leurs charrettes et leurs outils de labourage, afin de se préserver de tout malheur.
Cet usage se retrouve aussi dans la Gampine, où le fermier, à peine rétourné de Téglise dans son habitation, allume la chandelle bénite et assisté de ceux qui ont soin de Técurie et de Tétahle, laisse tomber trois gouttes de cire derrière et sur la partie extérieure de Toreille de chaque bœuf, cheval, vache, etc., pour les préserver de maladie et de tout effet du sortilège (1).
A Bruges on croit pouvoir prédire la fertilité ou la stérilité de Tannée en faisant dégoutter le cierge bénit dans un vase d*eau. Si la cire forme de petites étoiles, il y aura beaucoup de grains.
On peut dire qu'en général le 2 février est regardé comme jour très-important pour prédire le temps et les récoltes.
Si, ce jour, le temps est beau et clair. Tannée sera bonne. Mais s'il tombe de la pluie ou de la neige, les vivres seront chers ; s'il y a du brouillard, on a à craindre des épidémies; s'il y a du vent, des troubles politiques ou des guerres suivront. Si le soleil brille, le lin réussira (2). De même si le temps est beau, il tombera encore autant de neige, qu'il en est tombé avant la Chandeleur (3).
L'alouette chantera autant de joursaprès cette fête, qu'elle acnanté auparavant (Zoo veel dagen de leeuwerik voor Vrouwen lichtmis zingt, zoo veel dagen zingt hy daer na) (4).
(4) ÀTontroodt, Mss.
(2) Le dicton populaire dit : Si les femmes dansent au soleil à la Chandeleur, le lin réussira.
(3) Les Français disent : Si le soleil se montre et lait à la Chandeleur, croyez qn'eDCOre un hiver vous aurez.
(4) Tuinman Voorteekeneu, p. \.
Aussi observai t*on avec une grande attention Tombre de la deuxième chandelle qui annonçait divers événements plus ou moins rapprochés. Car la lumière ne devait pas s*éteindre pendant la nuit de la Chandeleur, qui comme toutes les nuits saintes se partageait en trois chandelles ou « kaersen. »
On était fermement persuadé que les personnes qui paraissaient pâles à la lumière de la Chandeleur ne vivraient plus longtemps et si lej^er de bois ronge pendant la nuit de la Chandeleur aux meubles, on dit encore aujourd'hui : « c'est l'horloge de la mort qui va » (1).
L'usage de purifier ce jour les étables en y brûlant des baies et des branches de genièvre, qui, en divers endroits, s'est maintenu jusqu'à nos jours remonte à la plus haute antiquité. Il date selon toute probabilité du temps où les festivités de Joui ne se terminaient qu'à la veille de la Chandeleur. On dépouillait alors le jour suivant la maison de son appareil de fête, on la déblayait minutieusement de tout ce qui rappelait les solennités passées et on purifiait l'habitation entière jusqu'aux coins les plus retirés (2). Lorsque dans la suite la durée de la fête de Noël fut restreinte, on transféra en quelques endroits cette purification à la fin de la fête, en d'autres on conservait l'ancienne coutume qui s'adoptait à merveille à la signification de la fête de la Purification.
Peut-être fut-il en mémoire de l'étendue antérieure de la fête de Noël que le pape AdrienVi, natif d'Utrecht, comme on sait, accorda aux habitants des Pays-Bas la permission légale de manger gras tous les samedis depuis Noël jusqu'à la Chandeleur, comme ils avaient déjà auparavant l'habitude de le faire. D'après l'opinion populaire cela se fait en souvenir des couches de Notre-Dame, où la Mère de Dieu à l'égal des autres femmes eut besoin d'une nourriture plus fortifiante. En réalité, c'est en vertu du privilège, susdit, qui, quoi qu'il fût contesté plus d'une fois, a été môme soutenu par le célèbre
(4) Coremaos, p. 13, 44, 76, (2) Hone, 1,204-5.
archevêque de Malioes, Mathias Uûvius, et a donné Torigine aux a vette zaturdagen, » aux samedis gras, qui surtout à Anvers s'observent encore de nos jours depuis Noël jusqu'à la Chandeleur (1).
Dans la plupart des villes belges les chandeliers ou keersgieters célèbrent leur fête patronale à la Chandeleur. L*usage qu'ils avaient autrefois d'envoyer, ce jour-là, un cierge en présent à leurs chalands, s*est conservé en quelques endroits jusqu'aujourd'hui (2), bien qu'à Bruges le métier des ciriers le défendît déjà en 15S2, sous peine de 6 livres parisis.
Dans plusieurs localités de la province de Namur, les cierges que les enfants apportent à l'église pour les faire bénir, y restent comme offrandes de leur part.
Dans les environs de Diest on présente des cierges bénits au bourgmestre, au marguillier et aux conseillers communaux du village; à Malines, où autrefois dans Téglise de Saint-Rombaut tous les membres du magistrat devaient accompagner la procession de la Chandeleur, des cierges allumés à la main, on en offre un au marguillier.
L'ancienne abbaye de Forêt, près de Bruxelles, donnait tous les ans, le jour d^ la Purification, au mattre de la vénerie de Brabant, deux paires de souliers, l'une grande, l'autre petite, et un gâteau dit lyfcoeke ; au drossard, au maire et au lieutenant du veneur, à chacun, une paire de souliers courts et un gâteau. De plus, le maire et les échevins de Forêt étaient gratifiés, comme à Pâque, d'un pot de vin, et le maire d'Anderlecht et tes messieurs de l'abbaye à Anderlecht, à Ruysbroeck, à Leeuw, à Uccle, à Linkenbeek et à Beersel recevaient de la boisson et de la viande. Aussi pouvaient-ils prendre à la cave trois pains^ chacun (3).
(4) Molanus, p. 79, 80.
[t] GaiUard, p. 423-6.
(3)H.d.E.d.B,t.lïI,577.
À Ânderlecht dans le béguinage ou plutôt dans Thospice qui s*y établit en 1350 et qui portait autrefois le nom de a t* Glaphuys, » maison du bavardage, chaque béguine recevait à la Chandeleur et au carnaval 2 placques, le jeudi saint 18 mites, à Pâques, à la Pentecôte, k la mi-août, à la Toussaint 2 placques. Les béguines ou béguttes (d*où le mot bigotes) qui se reconnaissaient à leurs vêlements de couleur bleue, sont à présent remplacées par de vieilles femmes (1).
A Dinant commençaient à la Chandeleur les exercices des arbalétriers, qui avaient lieu chaque dimanche jusqu*à la Toussaint Chaque membre devait, d*après les statuts, y aller au moins neuf fois (2).
Dans quelques endroits des environs de Huy on allume ce jour-là les feux qui ailleurs brûlent le premier ou second dimanche du carême.
A Louvain, l'université célèbre, le jour de la Purification de la Vierge, sa fête patronale par une messe solennelle à Saint-Pierre, aux assistants de laquelle une indulgence plénière a été accordée.
A Tongre, situé à une demi-lieue de Chièvres et à une lieue d'Ath, dans le Hainaut, ce jour est Tanniversaire de la translation miraculeuse de la statue de Notre-Dame, qui y attire chaque fois un grand concours de fidèles.
Vers la fin du xi"" siècle, dit la légende, vivait au château de Tongre le seigneur Hector, cousin du comte de Flandre et neveu du comte de Namur, forcé qu'il était de quitter le monde k la suite d'une cécité complète, dont il avait été subitement frappé. Or, en 1081, pendant la nuit du 1*' au 2 février une lumière éclatante se répandit autour du château d'Hector ; une musique harmonieuse se fit entendre, des anges descendirent dans le jardin et y déposèrent
{% Arch. de Dinact, Beg. 4, fol. 463.
ane statue de la Vierge, autour de laquelle les habitants du hameau se réunirent avec empressement. Hector s'étant fait conduire auprès de cette image, la fit placer d*abord dans ses appartements, où il passa la nuit en prières avec les témoins de ce miracle, et, le jour venu, il la fit porter processionnellement à Téglise de la paroisse, où elle fut déposée sur le grand autel dédié à saint Martin.
Hais le soir même, vers onze heures, la statue fut rapportée par les anges, de Téglise dans le jardin avec la même magnificence que la veille, et quoique le seigneur la ftt réintégrer, le lendemain, sur l'autel de Téglise, elle reparut, le soir du 3 février, vers onze heures, encore une fois dans le jardin du château, de sorte que Hector fut convaincu que la sainte Vierge voulait être honorée dans le jardin.
Il en avertit révoque du diocèse de Cambrai, dont la paroisse de Tongre dépendait, et celui-ci commit quatre députés avec mission de vérifier l'exactitude des faits. Les envoyés de Tévêque voulant s'assurer une dernière fois de la volonté céleste, firent replacer la statue dans l'église et devinrent ainsi témoins du miracle qui se répéta vers onze heures tout à fait de la même manière que dans les autres nuits. Ils se hâtèrent de retourner à Cambrai et rendirent compte de leur mission à l'évêque. Gérard II, nommé « le Bon » vint à Tongre, célébra la messe sur un autel improvisé devant la stalue miraculeuse et bénit le jardin et les environs. C'est probablement la marche suivie par l'évêque, en cette circonstance, qui devint dans la suite le chemin de la procession, vulgairement nommé le tour de Notre-Dame.
De nombreux visiteurs se pressèrent dès lors devant l'image de la sainte Vierge, que le seigneur de Tongre avait d'abord couverte d'une tente, mais à laquelle il fit bientôt ériger une chapelle.
Un nouveau miracle vint augmenter le culte de Notre-Dame de Tongre. La légende rapporte qu'en 1090 le roi de France , Philippe P% étant en guerre avec les Flamands et campant aux environs de Tournai, Hector eut plusieurs visions, suivant lesquelles il courut
en aide au roi. Il arriva le 23juin, au camp français, où Philippe lui fit le meilleur accueil du monde. Le lendemain les deux armées se rangèrent en bataille. Hector se fît placer la face vers Tongre et se mit à prier, exemple, qu'imitèrent le roi et toute Tannée française. En cet instant Hector recouvra la vue. Le combat commença et les Flamands ne tardèrent pas k fuir dans toutes les directions.
Le 30 juin, Philippe vint avec sa suite rendre grâces à Notre- Dame de sa merveilleuse intercession, lui fît de riches présents, et de retour en France, il envoya de précieuses reliques pour orner le sanctuaire. Hector dota la chapelle de plusieurs propriétés et voulut y être enterré.
Peu de temps après, le pape Urbain II érigea une confrérie de Notre-Dame de Tongre, qui, en 1528, obtint une bulle de privilèges, et le comte Baudouin II rendit son comté tributaire de la chapelle. Il institua aussi la corporation des merciers, qui avaient pour patronne la mère de Dieu et qui devaient contribuer à Tentretien de son autel.
Depuis lors, ce sanctuaire a constamment été un pèlerinage des plus fréquentés. Dans plusieurs villes on éleva des autels en l'honneur de Notre-Dame de Tongre et on forma des confréries sous son invocation, qui encore de nos jours envoient chaque année des députations vers leur sainte patronne.
L'ancienne église, qui en 1825 fut séparée de celle de saint-Martin et érigée en église paroissiale, dut être reconstruite en 1777 ; on bâtit alors l'église qui subsiste aujourd'hui et dans laquelle, le 2 février 1781, fut célébré par un jubilé le sept centième anniversaire de la translation miraculeuse.
Sous la domination française le sanctuaire de Notre-Dame partagea le sort des autres édifices religieux, mais le culte rétabli, la madone fut réintégrée par le même curé qui avait eu soin de l'enlever aux agents du domaine et de la mettre à l'écart (1).
(4) De Reume, p. 405-409.
A Yssche, commune k 3 lieues de Bruxelles, où, au seizième siècle, on comptait sept échevinages, on choisissait k la Purification les sept échevins, qui composaient Tédievinage principal, et ceux d^entre eux qui sortaient de fonctions formaient le co^eil de leurs successeurs (1).
fâvrier. » {Fontinaliê antepyretica.) Saint Biaise ; sainte Berlende; saint Hadelio.
Saint Biaise, à qui la commune de Mesnil-Saint-Blaise apparte- Dant au diocèse de Namur doit son nom, est patron de quatorze
Selon une vieille tradition, ce saint guérit miraculeusement un enfant réduit à l'extrémité par une arête de poisson qu*il avait avalée; elle lui était demeurée dans la. gorge et on désespérait de t'en extraire par des moyens naturels. G*est pourquoi on invoque saint Biaise spécialement pour obtenir par son intercession auprès de Dieu la guérison des maladies de la gorge, et suivant un usage assez général on bénit, le jour de saint Biaise, le cou avec des cierges bénits. Cette bénédiction qui se donne en plaçant deux cierges allumés en forme de croix sur la tête de la personne qui la demande, est aussi appelée a bénédiction de lumière » et soit pour cette raison, soit pour une autre, la croyance populaire lui attribuait autrefois la puissance d'ouvrir Tesprit à Thomme (2).
(4) H. d. E. d. B., t. III, 480.
(2) Cornet, p. 38, 39 ; Ck>remans, p. 76.
A Huy se célébrait jadis la fête en commémoration de la dédicace du <( vieux monastère dédié à saint Biaise (1).
L'église de Jette, près de Bruxelles, qui possède un bras de saint Biaise, est ce jour irès-fréquenlée de fidèles qui de tous côtés s'y rendent en pèlerinage pour les enfants atteints de la coqueluche (2).
A Liège les tisserands, les cardeurs, les peigneurs, les tailleurs de pierreset les marchands de bas célébraient autrefois, le jour de saint Biaise, leur fête patronale.
Sainte Berlende ou Bellande (sinte Berlinda) jouit, surtout en Brabant, d'une grande vénération.
Fille d'un noble personnage, appelé Odelard, qui sous le règne du roi Dagobert résidait à Meerbeek près de Ninove, et de Nonne, sœur de saint Amand, Berlende joignait à une rare beauté tous les dons du cœur et de l'esprit, mais elle eut le malheur de s'attirer l'indignation de son père. Odelard après avoir perdu et sa femme et son fils Ëligard, fut attaqué de la lèpre et menait une vie languissante, lorsqu'un jour il demanda à boire à sa fille. Celle-ci s'empressa de le servir, puis, voulant à son tour satisfaire sa soif, elle lava la coupe avant de la porter à ses lèvres. Odelard, furieux, dissimula sa colère, mais fit préparer secrètement un char et partit pour Nivelles, où il offrit à sainte Gertrude tous ses biens par le don symbolique d'un gant blanc et d'une glèbe chargée d'un rameau et d'une serpe. Avant d'accomplir sa donation, il voulut que la sainte elle-même en prit les emblèmes, il lui adressa, à trois reprises, une invocation des plus touchantes. A la troisième fois, la châsse où reposait le corps de la sainte s'ouvrit d'elle-même et se referma ensuite, après que les mains inanimées de Gertrude eurent pris les emblèmes de la donation.
La vierge déshéritée se retira alors au monastère de Moorsel près
[^) Gorris8en,p. 76.
d'AJost, où elle vécut dans la pénitence, les jeûnes et les veilles et en sanctifiant sa vie par Taumône. Une nuit elle entendit un chœur d*angesqui conduisait au ciel Tâmede son père; elle demanda aussitôt à la supérieure la permission de la quitter, et elle courut à Meerbeek. Odelard venait en effet de mourir et sa fille Tensevelit dans la petite église qu*il avait fait élever en Thonneur de saint Pierre.
Retenue de force dans la maison paternelle par ses serviteurs, Berlende resta à Meerbeek, où elle continua sa vie d'austérités et de privation et expira en Tan 690 environ, le 3 février.
Gomme on ne trouvait pas de sarcophage de pierre pour y déposer ses restes on abattit un grand chêne qui s'élevait à proximité de Téglise, on le creusa en forme de cercueil, et on y déposa son corps. Bientôt de nombreux miracles s'opérèrent près de la tombe, que Ton ouvrit sept ans après sa mort, et que Ton trouva transformée en pierre. A cette occasion, la population de la contrée environnante bâtit une église en son honneur et en celui de la mère du Christ, et trente ans plus tard, on plaça solennellement ses restes dans une châsse, le 2 mai 728. Sainte Berlende est restée en grand honneur à Meerbeek. C'est surtout contire les épizooties que Ton invoque son intercession, et suivant une ancienne coutume tous les pèlerins vont prier devant l'image sculptée en bois qui représente la sainte à côté d'une vache, et y touchent le pis de cette vache.
On voit quelquefois vingt à vingt-cinq paysans et paysannes lever tous à la fois leurs mains pour toucher le pis qui, à force de ces attouchements, est tant soit peu noir.
Jadis on faisait aussi bénir â Meerbeek le froment que l'on voulait semer, et la légende raconte que deux chevaliers, ayant enlevé à un paysan du grain bénit de la sorte, périrent frappés par la vengeance divine.
D'après un dicton populaire, sainte Bellande protège les arbres qu'on transplante son jour de fête. Autrefois, ce jour-là, le curé de
Meerbeek prêchait en Thonneur de la sainte et le sermon était suivi d*tiBe procession, qui se répétait le mardi de la Pentecôte (1).
Saint Hadelin est patron de cinq églises situées dans les diocèses de Liège et de Namur, et son jour de fête attire chaque année un grand concours de monde k Celles, village près de Ddnant, où se trouve Termitage qui a été, dit-on, la demeure de ce saint et qui est aussi ancien que Téglise de cette commune. r4ar, en 669, saint Hadelin y fonda une chapelle, appelée Celles, qui donna son nom au village et devint par la suite une collégiale; après sa mort ce saint fut enterré dans le caveau de l'ermitage et depuis ce temps, cette retraite a été constamment habitée par un ermite (3)»
4L février. ^ {Polytricum commune.) Saint André Corsini ; sainte Jeanne.
A Liège les laboureurs célébraient, ce jour, la fête de saint Isidore, leur patron.
A Lobbes et à Binche se chômait le même jour la fête de saint Vulgire, évëque et abbé de Tancienne abbaye de Lobbes.
La fête de saint Rembert ou Rimbert, successeur de saint Antoine sur le siège archiépiscopal de Hambourg, est également marquée au 4 février, jour où ce saint fut élu archevêque.
Né près de Bruges, selon quelques auteurs, et à Tourhout, selon d'autres, saint Rembert acheva la conversion de la Suède, du Danemarck et de la Basse-Allemagne et devint par ses travaux apos-
(4) H. d. E. d. B., 1. 1, 299-302; Gazet, pag. 327-8; SIeeckx Mss. ; €k)reman8, pag. 76.
(2) Vasse,p. 44, 2.
toliques Vnne des gloires de sa patrie. Il mourut le 11 juin 888 (1).
A Tirlemont les Sœurs Ânnonciades célèbrent Tanniversaire de fat fondation de leur ordre.
Cet ordre^ iœtitné en ItfOl par la bienheureuse Jeanne de Valois, qui mourut le 4 février 1505, comptait avant la suppression, un trèsgrand nombre de maisons en Belgique. Celle de Tirlemont, fondée en 15S8, est la seule qui existe encore, car les associations nouvdles qui ont adopté depuis le même nom, n*en suivent ni la règle, ni les constitutions. Les religieuses, expulsées de leur asile, restèreat réunies dans une maison particulière, pratiquant en secret les devoirs de leur eut, et depuis leur rétablissement leur nombre s'e^ teltanent augmenté, qu'elles ont établi une seconde maison dans la craimnne de Gheel.
Elles gardent la clôture, mais elles ont la permission d*aller dans les classes de Texternat, qu'elles tiennent pour instruire les jeunes filles de la ville et des environs et particulièrement pour leur ensei* gœr à fidre des gants (2).
Elles portent un scapulaire rouge, un habit bran, un manteau blanc, un voile nmr, une croix et une corde pour ceinture. La supérieure du couvent avait autrefois le nom de u mère Andlle » du latin ÂndUay servante.
s février. ^ {Primuta tmigaris,) Saiute Agathe; saint Bertulphe.
Sainte Agathe, à laquelle treize églises sont dédiées, est invoquée par les femmes contre toute maladie des seins.
(4) De Smet, M. d. M., p. i42-245. (t) De Reume, p. 260.
Saint Berthulphe qui jadisà Harlebeke, près de Courtrai, était honoré comme patron, est très-connu par la tradition qui s'attache à sa châsse conservée autrefois dans la célèbre abbaye de saint Pierre à Gand. C'est lui qui avertissait les Gantois de tous les périls et de chaque calamité à venir en frappant au couvercle de son cercueil (1).
Dans l'ancienne abbaye de Hocht, près de Lanaken, sur la Meuse, se célébrait autrefois la fête de sainte Agathe, sous l'invocation de laquelle le monastère était placé.
C'était d'abord un couvent de frères de l'ordre de Cileaux dont la fondation eut lieu vers l'année H60, mais Lolhaire, comte de Hochstadt, concéda aux membres de cette congrégation un autre domaine situé au pays de Limbourg pour y transférer leur couvent. Ce nouvel établissement fut nommé l'abbaye de u Val-Dieu, » ou « Godtsdale » et continua de subsister jusqu'à la Révolution française.
Cependant Hugues de Pierrepont, qui occupa le siège épiscopal de Liège depuis l'année 1200 jusqu'à l'année 1229, ne voulant pas que Hocht demeurât absolument désert, y fit venir des religieuses du même ordre de Citeaux, qu'il tira du monastère de Saint-Sauveur à Aix-la-Chapelle, et les plaça sous la direction de l'abbé du Val- Dieu.
Mais la pauvreté du lieu étant trop grande pour ne donner aux religieuses que difficilement le moyen de subvenir à leurs besoins, l'abbé du Val-Dieu engagea le comte de Moha à fonder, en faveur des religieuses de Hocht, le monastère du Val-Notre-Dame, près de Huy.
Hocht fut donc abandonné une seconde fois et demeura inhabité jusqu'au commencement du xv« siècle, quand, par la libéralité de la famille de Mérode, ayant acquis la seigneurie de Pie-
(1) Woir,N.S.,p.432.
tersheim, une nouvelle congrégation de sœurs de Tordre de Cileaux y fut établie.
Depuis ce moment, Tabbaye de Hocht n'a pas cessé de prospérer ; elle devint la retraite d*un grand nombre de filles des plus nobles femiiles du pays qui s'y sont consacrées à Dieu sous la règle de Citeaux et la direction de Tabbé du Val-Dieu, et subsista jusqu'à la Révolution française (1 ) .
B février. <~ (Byacinthus orientalis cœruleus,] Saint Âmand; sainte Dorothée; saint Vaast.
Saint Amand, Tun des principaux apôtres des Flandres, est au nombre des saints les plus vénérés de la Belgique. Quatre-vingtdouze églises sont consacrées en son honneur, la ville de Gand Ta choisi pour patron et les communes de Saint-Âmand-lez-Puers et Saint-Amand-lez-Fleurus, dont la première est située près de Bruxelles et l'autre près de Charleroi, se nomment d'après lui.
Fils d'un duc d'Aquitaine, il renonça aux biens du monde pour demeurer dans un monast'ëre de l'île d'Yen, et élevé plus tard aux saints Ordres il continua longtemps encore sa vie retirée de pénitence, sous les yeux de saint Austrégisile, métropolitain deBourges. Mais étant allé en pèlerinage à Rome, saint Pierre, dans une vision céleste, lui donna l'ordre d'annoncer l'Évangile dans les Gaules. Le saint obéit et , sacré évêque , il vint prêcher la foi chrétienne dans la Gaule Belgique. Après des peines incroyables
Cl) Notice historique sur les anciens seigneurs de Steyo et de Pietersheim, par M. J. W., Gand, 4854, p. 460*464.
il convettit les habitants du territoire de Gand et bâtit dans la ville deux moaastères en Thonneur de saint Pierre et de saint Paul, dûAt Tun fut noTOtné peu après « Abbaye de Saint-Bavon. » Il en fonda un trbisième à Tronchiennes c[u*il dédia à la sainte Vierge. A Bruges, saint Éloi contertit la maison dans laquelle saint Amand avait demeuré, en chapelle, et la place où cette chapelle était érigée, s'appelle encore aujourd'hui « Place de Saint-Amand. »
Devenu évèque de Tongres, saint Amand y remplit saintement tous les devoirs d'un bon pasteur, mais l'indocilité d'une partie du clergé lui fit quitter l'épiscopat, et parvenu à un âge très-avancé, il se retira dans son abbaye d*£lnonne, nommée depuis de Saint-Amand, où il mourut en 662, nonagénaire (I).
A Strombeek, village près de Bruxelles, l'église paroissiale, dont saint Amand est le patron, attire ce jour-là un grand concours de fidèles qui y invoquent l'intercession du saint pour les enfants souffreteux (3),
A Bruges tes ciriers célébraient ce jour la fête de saint Amand, leur patron ; à Liège les jardiniers et fleuristes, celle de sainte Dorothée comme patronne.
En beaucoup d'endroits de la Belgique on a coutume de décorer, ce jouMà, les églises de fleurs en l'honneur de sainte Dorothée.
Le jour de cette sainte était autrefois aussi la fête de plusieurs chambres de rhétorique.
A Termonde c'était la Rose ou a De Roos » qui avait choisi sainte Dorothée pour patronne.
Cette chambre de rhétorique obtint en 1478 déjà des privilèges du magistrat; mais elle ne fut a baptisée, » comme disaient les Rosiers, c'est-à-dire elle ne reçut la permission et liberté de paraître aux concours des villes, qu'en 1S65 en vertu d'un diplôme
(4) De Smet, M. d. M., p. 67-69 ; B. Gaillard, Kronyke van Bragge, p. 45. (2)H.d,E.d.B.,t.II,p.220.
doDBé par le président et le conseil des Fontainistes k Gand (1).
A Louvain la chambre de la Rose faisait dire une messe solennelle en l'honneur de sainte Dorothée, sa patronne.
Cette célèbre chambre de rhétorique qui se nommait « de Camere van der Roose, de Rooskamere, de Roos, den Rooselaer, » avait la devise : a Minne is *t fondament. )» Bien qu'on n'en trouve la première mention qu'en 1468, il paraît qu'elle était d'une date antérieure, puisqu'elle avait la surveillance sur toutes les chambres de rhétorique du pays de Brabant ec qu'elle s'intitulait a boofdkamer. »
Gomme chacune de ces chambres, elle avait une administration particulière composée d'un a hoofdman » (président ou chef-homme) et de jurés, et lors de l'élection du président, pris le plus souvent parmi les nobles qui en faisaient partie, les canons du rempart ronflaient, le carillon se faisait entendre, les timbaliers et trompettes allaient donner une sérénade devant la maison du nouvel élu et le soir toute la ville était illuminée.
La Rose joua à Malines en 1474 et en 1560 un jeu ayant été proposé par « de Goudbloem, » chambre de Vilvorde ; elle y remporta le prix du prologue et celui du meilleur fou, car chaque chambre avait son fol. Au grand concours qui eut lieu à Anvers, en 1561, la Rose de Louvain fit son entrée avec 40 hommes à cheval, portant des habits couleur de chair, bordés de blanc, des chapeaux noirs avec plumets noirs et blancs, des écharpes rouges, des vestes et bas noirs. Ils étaient accompagnés de cinq chars sur lesquels se trouvaient des confrères des serments portant des flambeaux ardents et derrière les chars se trouvaient des falots. Arrivait ensuite le fou monté sur un àne et poussant devant lui une brouette en criant :« comment sépareront-ils cela ! »
L'allégorie que la Rose représenta à ce concours pour répondre à
(4) Maestertius, p. 38.
la question : « Wat den mensch aldermeest tôt conste verwect » (qu'est-ce qui excite le mieux rhomme à cultiver les sciences?) mérita le premier prix.
Comme toutes les chambres du pays, la Rose se ressentit des troubles du seizième siècle. La ville par ses encouragements et par les privilèges qu'elle lui accorda tâcha de la relever, elle défendit même en 1679 à toute troupe d'acteurs de donner des représentations sur le théâtre de THôlel-de-Ville; mais tout cela ne produisit que peu d'influence : tout se bornait à la fln à quelques représentations de pièces qui n'appartenaient que rarement aux confrères de la chambre de rhétorique, à quelques bals, et puis les confrères figuraient avec des torches ardentes dans les joyeuses entrées des ducs. La dernière pièce connue et due aux confrères de la Rose a môme été composée en français. Ce sont : « Vers à MM. du magistrat de Louvain, à l'occasion de la représentation de la Rosière, opéra exécuté par les confrères de la chambre de laRose à Louvain, le 25 novembre 1784.» Quelques années auparavant, en 1777, la Rose se rendit àun concours qui eut lieu dans la villede Saint-Nicolas.
La Révolution française mit fin à la chambre de la Rose comme à toutes les autres chambres de la ville de Louvain (1).
> février. — {Cyclamen coum.) Saint Romuald; saint Richard ; saint
Théodore.
ABinche et à Lobbes se chôme la fôte de saint Amolvin, évèque et abbé de l'abbaye de Lobbes.
(4) Piot, p. 236-243. - N. L., p. 240-260,
A Comines se célèbre la fête de saint Chrysole, patron de Téglise, k qai Ton attribue la fondation du premier sanctuaire de Marie dans les Flandres.
Ce saint, natif d*Ârménîe, accompagna saint Piat et saint Quentin dans leur mission apostolique en France et en Belgique. De Tournai il se rendit dans la Flandre pour y prêcher TËvangile, mais les païens lui ayant coupé le sommet de la tête en dérision de sa tonsure il mourut à Vrelenghem, d*où il marcha, tout mort qu*il était, jusqu'au bourg de Comines, situé à deux lieues de là sur la rivière de la Lys. Son corpsy fut élevé par saint Éloi,et y est honoré encorede nos jours dans l'église collégiale, érigée primitivement sous Tinvocation de Notre-Dame (1).
9 rêvrier. ~ (ifntum androgynum.) Saint Jean de Matba ; saint Mengoid.
Saint Mengold, second patron de la ville de Huy, oti une église est érigée sous son invocation, était comte de Huy et fut massacré en 902, par les seigneurs de la cour, dont il avait entrepris de réprimer les vices. Ses reliques se conservent ainsi que celles de plusieurs autres saints Huttois dans la belle église de Notre-Dame (2).
La fête de saint Jean de Matha a donné naissance à Thabitude d'appeler les beaux jours qui en Belgique ordinairement ont lieu vers cette époque, « l'Été de Saint-Jean. »
(<) Gazet, p. 247 ; B. M , p. 28.
(2) DeReume,p.280.
9 février. — (Narcissus romanus] Sainte Appolioe, patroQDe co&ire le mal aux dents (4).
Quoiqu'il n'y ait que huit ^lises dafis toute la Belgique^ dédiéee à sainte Appoline ou Apolonie, il existe peu de villes qui ne possèdent au moins un autel consacré en Thonneur de cette sainte, et sa fête donne lieu à plus d*nn usage particulier k la Belgique.
A Anvers on vend dans Téglise des Prédicateurs de petits cor*dons ou fils de soie rouge» que Ton attache au cou pouf se garantir des maux de dents.
A Bruxelles se conservait autrefois, dans Téglise des Augustins, une dent de sainte Appoline qui, d'après la croyance populaire, avait la vertu de guérir du mal de dents en s'en frottant la bouche, et qui durant l'octave de la fête de cette sainte attirait une grande foule de fidèles en cette église (2).
A Louvain, où des reliques de sainte Appoline se conservent dans la belle église du grand Béguinage, la même cérémonie a encore lieu de nos jours, et la fête de la sainte est un véritable jour de Jubilation pour les habitants de la ville. On l'appelle « Pottekensmarkt, » foire aux pots, parce qu'au Béguinage et dans les rues adjacentes on voit de longues files de )>outiques où ne se vendent que des pots et des joujoux d'enfants en argile (3).
(1) En France, on dit pour se guérir du mal aux dents :
Sainte AppoUne étant assise sur la pierre de marbre, notre Seignéar passant par là lui dit : Appoline, que fais-tu là? — Je suis ici pour mon chef, pour mon sang et pour mon mal de dent. — Appoline, retourne-toi : si c'est une goutte de sang, elle tombera ; si c'est un ver, il mourra (*).
(2) Schayes, p. 206-7.
(3) Piot,p. 403-7.
(♦) Wolf, 1, 260.
A Tarnhout Tancienne chambre de rhétorique a De Heybloom» » la Bruyère, célébrait la fête de sainte Appoline, sa patronne.
Cette chambre de rhétorique, qui s'appelait aussi « Sainte Appolonia-gilde o se distinguait par son zèle pour TÉglise. Personne ne pouvait en faire partie qui ne fût pas connu pour bon catholique. Aux processions les membres portaient de longs bâtons décorés de branches de bruyère.
Dans les diocèses de Gand et de Tournai on célèbre ce jour la fête de saint Ansbert on Aubert, archevêque de Rouen. Accusé faus^ sèment par quelques malins, il fut exilé et se retira dans le monastère de Hautmont, en Hainaut, où il mourut le 9 février 695. Son corps fui transporté à Tabbaye de Fontenel, dont il avait été Tabbé, mais plus tard, on le transporta à Boulogne et en 944, époque de rinvasiofi des Normands, au couvent de Saint-Pierre à Gand, où il est honoré encore (1).
lO février. — [Jkiphne mezereum.) Sainte ScbolasUque ; saint Jean- Gaillaume, ermite.
Ce vénérable anachorète brabançon est le fondateur de Tancienne abbaye de TOlive, dont on voit encore les restes à peu de distance des mines du château et dans le bois même de Mariemont, près de Binche, en Hainaut.
Ayant mené une vie déréglée dans sa. jeunesse, Jean-Guillaume s'était retiré, par esprit de pénitence, dans Tabbaye de Chénailles, près de Vervins; il la quitta quelque temps après, entraîné par ses passions. Hais Dieu» dit la légende, lui donna un avertissement
(4}Gazet,p.366.