‹ Calendrier belgeChapitre 9 sur 38 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Le mois d*avril, appelé en flamand « grasmaend » mois de Therbe ou du gazon, et « paeschmaend » mois de Pâques, était consacré, chez les Anglo-Saxons, à la déesse Ostara.

C'était en l'honneur d'Oslara, la brillante déesse de l'aurore et du printemps, que l'on célébrait la fêle de «riostur» ou « Eoslur, » fêle qui valut au mois d'avril le nom anglo-saxon « d'Ëosturmonaih, » et à la fête chrétienne de Pâques , la dénomination allemande « d'Ostern, » qui s'est maintenue en Allemagne jusqu'à nos jours.

Dans les documents flamands du moyen-âge, la désignation a d'aprel, aprille » l'a emporté sur les autres. On y trouve môme « aberest » au lieu du nom latin.

Charlemagne consei*va à ce mois le vieux nom « d'Ostarmanot. »

La dénomination de « Fatermanath » paraît être empruntée aux peuples du Nord : les Suédois appellent le mois d'avril u vârant, » de « vâr, 0 printemps ; les Danois le nomment « faaremaaned, » mois des brebis.

Le nom a d'eijermaend, » mois des œufs, se rattache à la saison et se retrouve ailleurs appliqué au mois de mai.

l*' avril. {Mercarialis annua.) Saint iïugues ; saint Gilbert.

Le premier jour d'avril, que les Flamands appellent « verzendekens-dag, » est consacré en Belgique, comme dans le reste de l'Europe romane et teulonique, à des mystifications que Ton nomme poissons d'avril ou « aprilvisschcn. »

On fait accroire à quelqu'un une fausse nouvelle, on l'engage h faire quelque démarche inutile , pour avoir lieu de se moquer de lui. Les enfants et les domestiques surtout sont exposés à ces plaisanteries. On leur donne des commissions impossibles, on les envoie n'importe où pour acheter de l'huile de cailloux , du sable filé, du baume de fer, etc. ; on leur attache furtivement sur le dos des écritaux, des queues ou des figures de papier, ou bien on les rend ridicules en leur barbouillant le visage à leur insu de taches blanches ou noires.

Un proverbe flamand dit : « Op den eersten april zendt men de zotten waer men wil, » le premier avril on envoie les sots où l'on veut.

Quelle est l'origine de cettecoulume? Il existe à ce sujet une grande diversité d'opinions. Les uns pensent que cet usage bizarre remonte à un prince de Lorraine que Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy. Ce prince trouva moyen d'échapper à la vis

Digitiz

lance de ses gardes, et se sauva, le premier jour d'avril, en traversant la Meurthe à la nage; ce qui fit dire aux Lorrains : « C'était un poisson qu'on avait donné à garder aux Français. »

Gilbert Cousin fait observer que de son temps on appelait en France poisson d'avril celui qui faisait le métier infâme de débaucher les jeunes filles, parce que le poisson dont il porte le nom chez le bas peuple (le maquereau), est excellent à manger dans ce mois-là.

D'autres prétendent que le poisson d'avril est une commémoration des courses dérisoires que les Juifs firent faire à Jésus-Christ, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate.

Fleury de Bellingen, dans l'explication qu'il donne de cette locution, a émis la même opinion en y aj^tant qu'au lieu de poisson on disait primitivement a passion, » parce que la passion du Sauveur a commencé vers cette époque.

D'autres enfin présument, que la fraie des poissons commençant vers les derniers jours du mois de mars, la pêche était autrefois interdite à cette époque, et que par suite tous ceux qu'on envoyait le premier avril au marché aux poissons devaient revenir sans avoir fait leur commission (1).

Dans le pays wallon on mettait autrefois, le premier jour d'avril, du sel aux quatre coins des herbages ou pâturages, afin de préserver les bestiaux des maléfices (3).

Le vendredi qui précède la semaine-sainte, on célèbre la fête de « la Compassion » ou de « Notre-Dame des Douleurs o (festus dolorum seu compassionis B. Mari» Virginis seu festus Nostr» Domina « de Pietate »).

Cette fête, établie en 1423 par le concile de Cologne, était destinée à honorer Marie dans les sept grandes douleurs qu'elle eut à supporter

(4} Een Aprilviscli. Zedeschets, door Willems. De Vlaemsche Stem, t. V, 169-70; Croon, p. 480-2; D. d. 0. 1. 1, 80-81 ; ^Illustration belge. Almanach national, ^855, Bruxelles, p. 57-58.

(2) Liebrecht, 0. 3., p. 228-231.

pendant sa vie et qu'on représente par sept glaives qui lui transpercent le cœur. Elle s'étendit bientôt sur le monde catholique tout entier, et accrut considérablement la dévotion à Notre-Dame des Douleurs, qui déjà avant cette époque était honorée en divers lieux.

Il existe aujourd'hui, dans presque chaque ville de la Belgique, une église où l'on invoque la mère du Christ sous le nom de Notre-Dame des Douleurs. Plusieurs statues honorées à ce titre sont même célèbres dans le pays. On cite entre autres l'image qui se trouve à Bruxelles dans l'église des Riches-Claires, celle que l'on vénère à Bf alines dans l'église de Notre-Dame au-delà de la Dyle, celle enGn de Notre-Dame des sept Douleurs à Zèle.

Marguerite d'Autriche fonda, en 1818, sous l'invocation de la Vierge des Sept-Douleurs,un couvent de sœurs rouges, non loin de Bruges, et à Saint-Sauveur, à Bruges, on établit pour honorer les douleurs de la Vierge, une messe quotidienne où des enfants de chœur seuls étaient chargés du chant.

La confraternité de Notre-Dame des Sept- Douleurs, que Léon X approuva solennellement le 28 avril 1819, fit des progrès rapides. Presque toutes les villes belges eurent bientôt des confréries sous ce litre.

A Bruges, Tarchi-confrérie royale de Notre-Dame des Sept-Douleurs fut instituée à l'église de Saint-Sauveur par Philippe I", roi d'Espagne, en 1482.

A Bruxelles, la confrérie fut érigée, en 1498, dans l'église de Saint-Géry, et renouvelée en 1848, aux Riches-Claires.

A Gand, l'évêque Antoine Triest érigea ou plutôt renouvela, en 1628, la confrérie des Sept-Douleurs dans l'église des Annonciades.

AMalines l'archiduc Philippe, père de Charles V, érigea la confrérie appelée depuis « Royale » en souvenir du grand nombre de tètes couronnées qui figurent sur les registres de la célèbre association.

A Anvers, une confrérie de Notre-Dame des Douleurs fui érigéf en 1629, dans l'église de Saint-Willebrord.

Il n'y a pas longtemps qu'une pieuse association de dames sV-si formée à Liège sous lé môme litre.

Pie VII jendil l'office de Notre-Dame des Sepl-Douleurs commun à toute l'église, et en fixa la fôte au troisième dimanche de septembre (1).

A Malines, la fôte de la Compassion se célèbre très-solennellement dans Téglise de Notre-Dame au-delà de la Dyle. Une. procession circule dans Tintérieur de l'église et la statue miraculeuse de la Vierge reste exposée au milieu de l'église durant l'octave de la fôte.

En flamand le vendredi avant le dimanche des rameaux s'appelle « Joodenraed-vrydag » (vendredi du conseil des Juifs), parce que l'évangile du jour rapporte que les prêtres et les docteurs résolurent dans un conseil de s'emparer de la personne du Christ et de le mettre à mort.

Au moyen-âge, les Juifs ne pouvaient se hasarder ce jour dans les rues sans s'exposer aux plus graves insultes; plusieurs massacres de Juifs se rapportent à cette date, comme en général à l'époque des Pâques (2).

Durant l'espace de temps compris entre le 1*^^ avril et le 30 septembre, il était interdit autrefois aux poulaillers et à tous ceux qui vendaienten détail du beurre, du lard, des œufs, etc., de faire quelque achat aux marchés du pays de Waes avant huit heures du matin, sous peine de trois livres parisis d'amende et de confiscation des marchandises. Ce n'était qu'à Lokeren qu'ils avaient le droit d'acheter dès 7 heures.

(4) Cornet,p. 217; B. M , p. 55, 84, ^66, 183, 197; De Reume, p. 178-181 . ?53-4.

(2) Coremans, p. 63-04.

Pendant le même intervalle les marchands de grains, les brasseurs, les boulangers, les marchands d^huile, les distillateurs, les meuniers ou leurs agents et serviteurs ne pouvaient pas faire d'achats aux marchés du pays de Waes avant 9 heures du matin, sous peine de 10 livres parisîs et de confiscation des marchandises (1).

U avrtlo {Viola alba.) Saint François de Paule; sainte Geneviève.

L'ordre des Minimes, dont saint François de Paule fut le fondateur, n'existe plus jen Belgique; il y comptait jadis un grand nombre de couvents.

La bienheureuse Geneviève ou Genoveva de Brabant est l'héroïne d'une tradition fort populaire en Belgique aussi bien qu en Allemagne. Les savants auteurs des Acta Sanctomm vont pourtant jusqu'à révoquer en doute la légende tout entière de l'infortunée princesse (2).

Le 2 avril est aussi l'anniversaire de la mort du vénérable Arnould de Louvain, que Marie elle-même daigna appeler à faire partie de sa maison chérie de Villers (3).

« Pendant la première semaine d'avril, on sème plus de mauvaise herbe que de bonne, » d'après la croyance populaire.

Le samedi, veille du dimanche des rameaux, il est d'usage dans la plupart des paroisses du pays de Limbourg, de renouveler 1rs

(I) Costumen van den Land van Waes, 17, UO, 1 . (î) B.M.,p. 65.

(3) Coremans, p. 19.

tertres des cimetièros ; le dimanche suivant, on y fiche des palmes bénites (palmtakken ou palmbossen) (1).

8 avril* [Anchusa sempervivua,) Saint Àgape ; saint Richard, évéque de Cbicester ; saint Vulpien.

Le dernier dimanche du carême, celui qui précède Pâques, s'appelle « dimanche des Rameaux, » a jour des Rameaux, » a dimanche des Palmes, » en flamand a Palmzondag. » On le nomme ainsi parce que les fidèles y portent des « palmes » ou des a rameaux n bénits en commémoration de Feutrée triomphale de Jésus-Ghrist à Jérusalem. Gomme on bénit les rameaux ce jour, et que beaucoup de gens joignent aux branches de buis, de saule, etc., des fleurs et des baies selon ce que la saison peut fournir, on a donné aussi à ce dimanche les noms de <c Pâques fleuries » et de « dimanche des Baies. »

A Ath et dans les environs de cette ville, on a coutume de le désigner du nom de « petite Pâque, » parce qu'il commence la semaine sainte, appelée en flamand « goede week » bonne semaine, a hooge week » haute semaine, et a pynweek » semaine de la Passion.

A Huy la dénomination en usage est celle de a dimanche du grand Carême » Ce jour y donnait autrefois lieu à de pieuses fondations.

Les onze hommes devaient acheter chaque année une tonne de harengs et la partager entre les paroisses de la ville. Chaque paroisse distribuait sa part à ses pauvres respectifs, le dimanche du « grand

{<) Écrevisse, p. 390.

Carême. » Celle dislribulion fui fondée en 1483 par Jehan Baillet.

Le même jour on faisail, en verlu d'une fondation de Maroie de Fanchon, en dale de Tan 1463, une réparlilion de pains qui devait être annoncée la veille par toute la ville (1).

Le nom « d'Ezelfeest » que les Flamands ont également donné au dimanche des Rameaux, se rapporte à Tévangile du jour. « Il y a trente ans, dit M. Coremans, les gamins de Bruxelles se tourmentaient en se disant :'Vous êtes de Schaerbeek (commune renommée pour ses ânes), votre fêle tombe huit jours avant Pâques. On costumait ce jour les ânes de différentes manières et ou organisait des « courses d'ânes (2). »

Dans la plupart des villes belges on représentait autrefois dans la procession de ce jour rentrée de Jésus-Christ à Jérusalem.

Les chanoines, prêtres et diacres des églises décoraient pontiiicalement un âne qu'ils conduisaient en procession par les rues et que les sous-diacres et enfants de chœur allaient recevoir à la porte de l'église en chantant des cantiques sur les vertus de l'âne.

A Anvers, la procession dite « Palmprocessie » sortait à huit heures du matin après la distribution des palmes.

Le magistrat accompagnait cette procession qui partait de la cathédrale et passait par l'église du Burgt. L'âne ou Tânesse en bois n'était conduit que par des gens qui avaient fait le voyage de Jérusalem : ainsi l'ordonnait expressément un décret de 1487. Mais en 1566, les iconoclastes ayant détruit cette figure, la cérémonie n'eut plus lieu les années suivantes. Ce n'est qu'en 1570 que la procession fut rétablie ; elle fut escortée depuis par les chevaliers de Jérusalem, qui conduisaient le seigneur monté sur son âne et entouré des douze apQtres.

(1) GorrÎBsen, p. 356.

(2) Coremans, p. H 0-4 44.

Dans la suite, Tâne ne figura plus dans le cortège, mais les chevaliers de Jérusalem ainsi que tous les pèlerins qui avaient visité la terre sainte ou le tombeau des apôtres, continuèrent à suivre la procession ; la cérémonie terminée, ils prenaient part à un repa» substantiel composé de mets froids (1).

A Bruges les PP. Capucins se rendaient à Téglise de Saint-Sauveur pour y prendre la croix miraculeuse dite « la croix rouge, » ei pour la reconduire processionnellement à leur couvent. Dans la procession qui sortait annuellement à cette occasion, on représentait la vie et la passion du Sauveur, les sept douleurs de la Mère du Christ, et les trois punitions divines. On y voyait Adam et Eve, le roi David, des anges, des Romains, des soldats couverts d'une armure complète pt un grand nombre de pénitents portant des croix, des torches, des tètes de mort, ou traînant de grosses chaînes auxquelles étaient suspendus des boulets du poids de seize livres. Les vingt-deux tableaux ou « mysterien » étaient portés chacun par huit hommes et accompagnés de deux porte-flambeau, de quatre porte-croix, de deux gardes à cheval et d'un pénitent armé de pied en cap. A la suite venait le roi Philippe I d'Espagne, qui avait institué Tarchi-confrérie de Notre-Dame des Douleurs dans l'église de Saint-Sauveur. Le roi, avec la reine et sa suite, était précédé d'un ambassadeur qui racontait l'origine de la confrérie, et suivi des PP. Capucins avec l'image miraculeuse de Notre-Dame. Le clergé, escortant le saint Sacrement entouré de porte-flambeau, fermait le cortège qu'accompagnaient tous les ordres religieux de la ville (2).

Cette procession doit son origine au Père Melchior de Menin,

H) Merteos, t. 111,448-449.

(2) Rym-sprakeo op bet leveo, lyden en dood ons Heere Jesu Christ ende de weedommen van d'AIIerheyligste Mageten Moeder Gods Maria, met een kort begryp en uytieggioge der Mystenen, de welke jaerlycks op den Palmeo-Sondag vertoont worden in de processie der Eerw. PP. Capucinen binoen Brugge. Brugge, 4735.

de Tordre des Capucins. En 166S, comme la peste sévissait depuis plusieurs moisà Bruges, ce religieux s'avisa le jour des Rameaux, de parcourir les rues de la ville, monté sur un âne et tenant en main la croix rouge. Il se rendit ainsi à Téglise de Saint-Sauveur pour y implorer la cessation du fléau par Tintercession de Notre-Dame des Sept- Douleurs. Son vœu fut exaucé en 1666, et en reconnaissance de ce bienfait, Melchior offrit la croix rouge en ex-voto à Timage miraculeuse de la Vierge. Mais les Capucins ne voulurent pas se priver pour toujours de leur trésor. Ils résolurent de porter annuellement, le jour de la fête de Notre-Dame des Douleurs, la croix rouge à l'église de Saint-Sauveur, où elle i*esterait exposée à la vénération publique jusqu'au dimanche des Rameaux. Cet usage subsiste encore de nos jours, mais le cortège qui illustrait autrefois la procession du jour des Rameaux, a été aboli par un décret du 23 mars 1778 (1).

Page 1